‹ Les Indiens de la Baie d'Hudson [microforme]Chapitre 18 sur 43 · IMAGE EVALUATION TEST TARGET (MT · texte numérisé non relu

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les hommes nous attendent avec les montures. Nous campons dans ure petite prairie.

7 novembre. — Longue journée; nous franchissons des points presque inaccessibles ou bien des forêts lugubres et épaisses; en montant, la neige augmente, et nous commençons à sentir les effets du froid croissant et de la raréfaction de l'atmosphère.

8 novembre. — Nous voyons deux chèvres sauvages sur un rocher élevé et à pic, ne dépassant pas en apparence quelques pouces de largeur. Un de nos Indiens s’élance pour atteindre un rocher au-dessus des chèvres, parce-qu'on ne peut pas les tirer d’en bas à cause de leurs yeux qui plongent toujours et les préviennent longtemps d'avance. Mais ces animaux n’en apercoivent pas moins l'Indien et gagnent en quelques bonds des endroits inaccessibles.

Nous nous apercevons, le 9 novembre, non-seulement que nous sommes en retard, mais encore que nous avancerons lentement; nous commençons à craindre que la troupe venue du fort Vancouver, qui nous attend avec des provisions et des bateaux de l’autre côté des montagnes, ne renonce à nous voir et ne rentre au fort. C'est pour nous la menace des plus cruelles souffrances, sinon de notre perte, car il nous faudrait repasser les montagnes avec peu ou point de provisions. Nous dépêchons donc en avant M. Gillveray avec le guide au campement des bafeaux : pour nous, nous campons au Grand-Batteur, où nous trouvons des raquettes à neige cachées là par la caravane qui y est passée au printemps.

10 novembre. — Nous n'avons pas fait beaucoup de chemin que les chevaux sont pris dans la neige, et nous Sommes contraints de nous arrêter pour donner

aux hommes qui n’en ont pas, le temps de faire des raquettes à neige. De là nous renvoyons les chevaux avec tout ce dont nous pouvons nous passer. Nos provisions et nos couvertures suffisent à charger les hommes; quelques-uns même d’entre eux, nouveaux dans le pays, sont si fatigués de leur route depuis Montréal, qu’ils deviennent tout à fait inutiles.

11 novembre. — Nous envoyämes en avant deux hommes expérimentés pour frayer le chemin aux nouveaux arrivés, et nous reprîimes l’usage des raquettes à neige ; quelques hommes réussirent d’abord très-mal à s’en servir, et leurs raquettes faites de la veille retardèrent noe marche. Les miennes me venaient des Indiens et elles ne me gênaient nullement. Mme Lane en avait prudemment apporté une paire avéc elle, et comme elle y avait été habituée dès l'enfance sur la rivière Rouge, elle fut une de nos meilleures marcheuses. Nous nous arrêtèmes de bonne heure, faisant notre premier campement d'hiver proprement dit. On ne peut en agir ainsi, que lorsque la neige est assez épaisse pour ne pas pouvoir s’enlever jusqu’au sol. On reconnaît cette épaisseur aux troncs d’arbres coupés précédemment à son ancien niveau pour des feux d'anciens camps. À l'heure présente, ils s’élevaient à douze ou quinze pieds au-dessus de notre tête, et la neige s'élevait à neuf ou dix pieds au-dessous. Quelques-uns des vieux voyageurs s’amusaient à dire aux novices que les Indiens,-dans ces contrées, étaient des géants de trente à quarante pieds, ce qui expliquait les arbres coupés si haut.

Il faut piétiner longtemps avec les raquettes l’endroit choisi pour camper, afin de bien battre la neige. On met alors en travers cinq à six poutres de bois

vert en lignes parallèles : cela fait une plate-forme. On allume dessus le feu de bois sec, puis on répand des branches de pin de chaque côté sur lesquelles on s'étend les pieds vers le feu. Les poutres parallèles brûlent rarement en une nuit, inais les cendres et la chaleur forment de suite un trou profond dans le foyer; et dans ce trou de six ou sept pieds tomba, en dormant, un Iroquois de notre troupe qui s’était trop approché. Ses cris m'éveillèrent, et après un bon rire, nous le tirâmes sain et sauf de son tombeau.

12 novembre. — Nous atteignons l’endroit appelé l'Éminence du paÿs. 1 y a là un petit lac nommé le Bo! de punch du Comité; c'est la source de l’un des bras de la Columbia, à l’ouest des montagnes, et de l’Athabasca à l’est. Il mesure trois quarts de mille de circonférence, et il est remarquable comme origine de deux aussi puissants fleuves dont l’un se jette dans l’océan Pacifique, et l’autre dans la mer Arctique. Nous campons sur les bords du lac par un froid terrible.

13 novembre. — Le lac étant gelé à une bonne profondeur, nous le traversons à pied, et bientôt après nous commençons à descendre la grande côte, après avoir monté pendant sept jours de suite. La descente était si roide que nous mettons un jour seulement à atteindre la hauteur correspondante de Jasper-House. C’est un travail fort difficile avec les raquettes à neige, surtout pour les hommes qui perdent pied sans cesse et dont les charges glissent en bas d2 la côte. Quelques-uns prennent le parti de laisser rouler les paquets qui ne risquent rien. En bas, nous trouvons huit hommes que M. Gillveray et le guide nous envoient pour nous aider jusqu’au campement de bateau, et nous campons ensemble.

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14 novembre. — Je restai au camp afin de finir un dessin, les hommes étant partis de grand matin pour le campement de bateau où ils devaient trouver des provisions fraîches, car les nôtres étaient presque épuisées. Je les suivis, ma besogne terminée, et arrivai bientôt à une rivière large de soixante-dix yards et d’un courant très-rapide.

Je suivis les traces sur la neige jusqu'au bord de l’eau, et voyant la force du courant, je cherchai un autre passage, mais je vis bientôt sur l’autre rive les marques des pas de mes compagnons, et je dus me résoudre à Ôler mes raquettes et à opérer la traversée. L'eau me montait à la ceinture, marchant avec une rapidité terrible, et roulant des morceaux de glace qui me frappaient au point de m'entrainer : en sortant de l’eau, ma capote et mes leggings étaient complétement gelés ; ce n’élait que le commencement de mes peines, je dus traverser l’eau encore quatre fois,

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bes engouraies me refusant tout service. Je ne l’entrepris qu'après avoir couru en long et en large pour me réchauffer. J’eus à recommencer ces passages douze fois avant de rejoindre mes compagnons au campement.

15 novembre. — Cn s’imaginera facilement avec quelle peine nous qui'tâmes le feu pour nous plonger dans un des courants les plus profonds que nous eussions rencontrés, et couvert de glaces flottantes. Ici, comme dans bien d’autres traversées, nous ne pümcs tenir tête à la violence de l’eau qu’en nous appuyant épaules à épaules dans une ligne parallèle. Mme Lane, bien qu’on la portât sur les bras, ne s’en acquitia pas moins fort bien de son devoir.

Avant le déjeuner, nous passâmes la rivière vingtcinq fois, et douze fois encore avant de camper, soit trente-sept fois pendant la journée.

La Columbia fait ici de nombreux détours à travers une vallée, dans de certains endroits larges de trois milles ; derrière, s'élèvent d'immenses montagnes, dont les sommets neigeux dominent les nuages, et forment çà et là des glaciers énormes qui réfléchissent les rayons du soleil avec un vif éclat. La dernière partie de la route coupe un lac de boue gelée. La glace n’était pas assez forte. pour nous supporter, de sorte que nous eûmes à patauger jusqu'aux genoux dans une masse de neige, de glace ct de boue, sans rencontrer un point quelconque pour prendre un instant de repos; je pensai plusieurs fois y rester, tant j'étais épuisé.

Enfin, à cinq heures du soir, nous touchâmes au campement du bateau, à moitié morts de faim, n’ayant pris, depuis le déjeuner, qu’une petite soupe de pimmikon très-étendue d’eau. Nous trouvâmes un bon feu allumé et une soupe de porc et de blé venant du fort Vancouver. Je l’attaquai avec une telle avidité qu’un de nos hommes, craignant un excès de ma part à cause de mon épuisement, emporta poliment la soupière et son contenu hors de ma vue.

Nous étions attendus depuis trente-neuf jours, et les hommes seraient rentrés au fort Vancouver le lendemain, si le guide et M. Gillveray n'étaient pas arrivés à temps pour les retenir ; ils croyaient que nous avions été arrêtés par les Indiens ou que nous n'avions pu traverser la montagne. Leur départ nous perdait sans ressource. Je n’eus pas le temps de dessiner la vuc qui était splendide ; je remis cela à mon retour; aussi ne donnerai-je ici qu’un sommaire de notre descente de

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douze cents milles sur la Columbia, que nous effectuâmes en quinze jours. Je mis plus tard quatre mois pour remonter ces douze cents milles.

16 novembre.— Nos deux bateaux étaient prèts, construits en canots, avec des quilles solidement garnies. Le paysage, près du campement des bateaux, est trèsmajestueux. Des montagnes immenses l’entourent de toutes parts. Peu de mes lecteurs, au milieu des douceurs de la vie civilisée, se rendront un compte exact de la satisfaction qu'il y a à échanger les raquettes à neige contre un bon bateau, et l'inquiétude de la faim contre un bon fonds de provisions. J'ajouterai que les rapides innombrables de la Columbia sont très-dangereux, et que nous les évitämes à force de précautions et d'énergie, mais nous avions à notre aide la santé st un grand entrain. Trois heures après notre départ, nous touchâmes à la célèbre Dalle de mort, rapide de trois milles et le plus dangereux de tous les rapides de la Columbia.

17 et 18 novembre. — Traversée des deux lacs, et obligation de travailler nuit et jour pour sortir d’un calme désespérant, malgré une neige incessante.

20 novembre, — A midi, nous passons la pelite Dalle, série de tourbillons pleins de périls, et arrivons à six heures à Colville. Colville est dans une situation splendide, à un mille au-dessus de la chute de la Chaudière. Cette chute dépasse en hauteur toutes les autres chutes de la Columbia, et prend son nom des trous ronds que fait l’eau dans les rochers et qui ressemblent à des chaudrons de différentes grandeurs. Pour éviter cette chute, il nous faut porter nos bateaux pendant deux milles et franchir ainsi une colline de deux ou trois cents pieds de hauteur : nous restons trois jours

dans cet endroit, et les hommes se refont si bien qu’on les reconnait à peine.

23 novembre. — Campement à trois milles au-dessous des chutes. Pendant la nuit, des Indiens qui rôdent aux environs nous enlèvent des vêtements, ce qui nous contrarie vivement, vu l’état mesquin de notre garde-robe.

2h novembre. — Atteint le grand Rapide, qu'il fallait faire passer aux embarcations. Moi, je préférai pour mon compte aller à terre, et je venais de faire trois milles sans voir déboucher les bateaux, quand je vis dans l’eau quelque chose que je pris d’abord pour la tète d’un Indien à la nage. Je prépare mon fusil en cas d'attaque; mais, en regardant de plus près, je reconnais le capuchon que Mme Lane portait le matin, et peu après j'aperçois les avirons de l’une des embarcations. Inquiet de mes compagnons, ‘: cours en hâte au rapide. Là je vois un des bateaux, avec M. et Mme Lane ns la situation la plus périlleuse. Le canot avait donné “sntre un rocher et était sur le côté. Les hommes avaient montré une grande présence d'esprit. Au moment du choc, ils avaient sauté sur le plat-bord, près du rocher, et avaient maintenu le bateau dans cette position. L'eau écume et se brise avec rage autour d'eux. Si le bateau glisse, il est brisé en mille morceaux sur les rochers au-dessous ; mais leur manœuvre donne le temps à l’autre canot d'arriver, de passer le rapide et de venir leur jeter une corde. Les hommes du second batean risquent fort de se jeter aussi sur le roc; mais, avec beaucoup de précautions, ils parviennent à aecostier et à sauver les naufragés; l’embarcation, une fois lâächée,. se précipite et est broyée en un instant. Nous ramassâämes ce que nous pûmes, mais

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nous perdimes là bien des objets précieux pour nous; il nous fallut envoyer chercher un autre bateau à Colville. Cela nous retint jusqu'au 26; nous poussàmes alors en avant et atteignimes Okanagan le 28 au soir : nous n'avions plus de vivres et fümes contraints de tuer un des chevaux de l'établissement que l'on mangea avec délices. Les hommes s’en donnèrent même une indigestion.

29 novembre. — En quatre jours nous fûines au fort Walla-Walla. Ici nous séjournâmes jusqu’au 4 décembre, puis nous entrâmes alors dans un pays qui est inondé pendant cinq mois d'une pluie continuelle ; ainsi jusqu'au fort Vancouver, c'est-à-dire jusqu’au 8 décembre, nous ne cessions, grâce à nos bateaux ouverts, de recevoir l’averse. M. Douglas et M. Ogden, les deux facteurs chefs du fort, qui désespéraient de nous voir, vinrent à notre rencontre et nous donnèrent alors la plus charmante hospitalité.

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