‹ Les Indiens de la Baie d'Hudson [microforme]Chapitre 26 sur 43 · UN · texte numérisé non relu

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Je restai dans l’île Vancouver jusqu’au 10 juin, et peut-être serait-il à propos, avant de la quitter, de donner un résumé général des informations que, tant par mes observations personnelles que par celles des agents de la compagnie de la baie d'Hudson, je recueillis sur les traits caractéristiques des différentes tribus qui habitent ces régions.

Les Indiens au sud de la rivière Golumbia se tatouent au-dessous de la bouche, ce qui donne à leur physionomie une légère apparence bleuâtre. Ceux de l’embouchure de la Columbia, même à cent milles en remontant, aussi bien que ceux du détroit de Puget, du détroit de de Fuca et de la partie méridionale de l'ile Vancouver, s’aplatissent la tête dans l'enfance. Une tribu du nord s'appelle la tribu aux babines ou grosses lèvres. Les femmes de cette tribu ont la lèvre inférieure élargie par l'insertion d’un morceau de bois. On passe un petit fragment d'os mince dans la lèvre de l'enfant de bas en haut, et on le remplace graduellement par un plus grand, jusqu’à ce qu’un morceau de bois de trois pouces : de long et d’un pouce et demi de large amène la lèvre à un horrible développement qui augmente avec l’âge. On attache une grande importance au développement de cette lèvre, car il constitue l’espression suprême de la beauté féminine et marque aussi la différence ‘entre les femmes libres et leurs esclaves.

Quand on Ôtele morceau de bois en certaines occasions, la lèvre tombe sur le menton, ce qui présente l'aspect le plus dégoûtant qu’on puisse imaginer.

. Les hommesse passent quelquefoisau nezun anneau d'os ou de cuivre, s'ils peuvent s’en procurer, mais l’u-

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sage n’en est pas général. Ils portent un bonnet de fibres d’écorce de cèdre très-finement tissées et une couverture de laine de moutons de montagnes ; ces couvertures sont très-estimées et demandent des années de travail. Pour une que je me procurai avec beaucoup

de difficultés, j'eus à payer cinq livres de tabac, dix :

charges de poudre, une couverture, une livre de grains pour colliers, deux chemises de toile à carreaux et deux onces de vermilion.

Les tribus voisines de cette ernière, en montant toujours plus au nord, s'introduisent des grains de diverses couleurs dans toute la longueur de la lèvre supérieure, ce qui lui donne l'apparence d’un collier.

Dans l’intérieur €? la Nouvelle-Calédonie, à l'est de l’île Vancouver, et :u nord de la Columbia, dans la tribu nommée Taw-wa-tins, qui aime aussi à se faire des babines, ainsi que parmi les autres tribus voisines, prévaut la coutume de brüler les cadavres; cet usage est accompagné de circonstances d’une barbarie particulière pour les veuves des morts. On pose le corps du mari sur un grand bûcher de bois résineux ;

* sur ce corps on étend la femme qu’on couvre d’une

peau ; on allume ensuite le bûcher, et la pauvre femme est obligée de rester dans cett nosition jusqu’à ce qu’elle soit presque suffoquée; alors seulement on lui permet de descendre, comme elle peut, à travers la fumée et la flamme. À peine a-t-elle atteint le sol qu’il est de son devoir d'empêcher le corps du défunt de se contracter par l’action du feu sur les muscles et les nerfs; aussitôt que cela arrive, il faut qu'avec ses mains nues elle remette le corps en combustion dans une position convenable; pendant cette opération, elle s'expose aux effets douloureux d’une chaleur in-

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tense. Vient-elle à manquer à l'exécution obligée de ce rite bizarre, soit par faiblesse, soit par l’action de !a douleur, on la soutient jusqu’à ce que le corps soit consumé. On chante et on bat continuellement le tambour pendant la cérémonie, pour étouffer ses cris. Elle doit ensuite recueillir les fragments d’os non consumés, ainsi que les cendres, et les mettre dans un sac destiné à cet usage; elle porte ce sac sur son dos pendant trois ans, et reste tout ce temps esclave des parents de son mari; elle ne peut se laver pendant cette période, de sorte qu’elle devient bientôt un objet dégoûtant. À l'expiration des trois ans, les bourreaux donnent une fête et y invitent tous leurs amis et leurs parents, ainsi que ceux de la malheureuse. D’ahord, ils déposent avec beaucoup de cérémonie les restes du mort brülé dans une boîte qu’ils fixent au haut d’une longue perche, et ils dansent autour. On dépouille la veuve de ses vêtements, on la barbouille de la tête aux pieds d'huile de poisson; après quoi, un des assistants jette sur elle une quantité de duvet de cygne dont on la couvre en entier. Elle doit alors danser avec les autres. Cela fait, elle peut se remarier si, toutefois, elle se sent assez de courage pour s’aventurer à courir une seconde fois le risque de brûler vivante ou de subir tous ces tourments.

Il arrive souvent qu’une veuve mariée en secondes noces, dans l’espérance peut-être de ne pas survivre à son mari, se suicide à la mort de celui-ci, plutôt que de se soumettre à un second veuvage.

Je ne pus parvenir à apprendre l’origine de ces rites cruels; je ne peux les expliquer que par l’égoïisme, la paresse et la cruauté naturelle aux Indiens, qui probablement espèrent rendre par ces manœuvres

leurs femmes plus attentives à leur bien-être et à leurs commodités personnelles, c’est encore un moyen pour eux de prévenir tout assassinat qui pourrait résulter de jalousies ou de fautes.

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