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l’eût fait sauter. On ne put obtenir un récit clair de ce triste événement, aucun blanc n'ayant survécu pour dire ce qui s'était passé.
Yellow-cum est l’homine le plus riche de sa tribu. Sa fortüne consiste principalement en esclaves et en ioquos, petites coquilles qui abondent au cap Flattery. Ces coquilles servent de monnaie, et donnent une grande activité au trafic parmi les tribus. On les pèche dans la mer à une profondeur considérable, avec une longue perche fixée dans une planche plate d’environ quinze pouces carrés. De cette planche sort un certain nombre de pointes d’os, qui entrent dans les extrémités creuses des coquilles et Les détachent du fond de l’eau pour les ramener à la surface. Blanches, minces et creuses, ces coquilles se terminent en pointe légèrement courbée, de la grosseur d’un fourneau de pipe ordinaire. On les estime en raison de leur longueur, et leur prix augmente suivant un étalon convenu : quarante coquilles représentent la longueur d’une brasse, et valent une peau de castor; mais si trente-neuf coquilles suffisent pour égaler une brasse, ce nombre payera deux peaux de castor; trente-huit coquilles payeront trois peaux, et ainsi de suite, en augmentant d’une peau de castor pour chaque coquillage au-dessous du nombre établi.
Yellow-cum me fit présent d’une paire de pendants d'oreilles faits avec ces coquilles; il y en avait à chacun soixante-dix ou quatre-vingt. Il possédait aussi des peaux deloutres de mer; cette fourrure, la plus estimée sur la côte nord de l'Amérique, d’après le tarif, représente, en valeur ordinaire, douze couvertures, un fusil, plus du tabac, des munitions et d’autres objets à proportion. La couverture est le type d’après lequel se cal-
cule la valeur de tous les articles sur la côté nordouest. Indépendamment de sa richesse, Yellow-cum exerce une immense influence sur toutes les tribus; son courage personnel et son habileté, et non un droit héréditaire, l'ont élevé au rang de chef principal. Je peux citer comme preuve de son courage et de sa confiance en lui ceci : que je le vis au fortse promener au milieu de plusicurs chefs Clallums, contre lesquels il avait soutenu souvent des luttes acharnées. Il jugeait néanmoins prudent de rester dans le fort après la tombée de la nuit.
Je visitai leshuttes des Indiens Eus-à-nich. Leur chef était très-riche, et menait huit femmes avec lui. Je Jui fis comprendre en lui montrant quelques esquisses que je désirais faire son portrait, mais je fus repoussé si violemment par ces dames, que je m'estimai heureux de me soustraire à leurs bavardages, tandis que leur mari se tenait assis comme le grand Turc, évidemment flatté de l'intérêt qu’elles inontraient pour sa santé. Peu de jours après, je rencontrai le chef seul à quelque distance de son camp, et il consentit à me. laisser faire son portrait, moyennant un morceau de tabac.
Dans une de mes excursions journalières, la laideur d'un Indien me frappa particulièrement; c'était Shawstun, principal chef des Sinahonias. Il me demanda trèssérieusement si mon travail n’entraînerait pas pour lui un danger de mort. Mais, après que j'eus achevé l’esquisse et que je lui eus donné un morceau de tabac qu’il tint un moment en l’air, il se plaignit que la récompense était mince pour un pareil danger. Il me suivit ensuite pendant deux ou trois jours, en me priant de détruire la peinture; à la fin, pour m’en dé-