‹ Les Indiens de la Baie d'Hudson [microforme]Chapitre 30 sur 43 · L. 1e 0 RE 1 A et rt A OR MEN IE · texte numérisé non relu

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sa vengeance. À peine est-il frappé par son premier agresseur, que l’Indien ne peut plus ni lâcher sa lance ni la retirer. Les deux autres frères rencontrèrent le même sort. Le veau se jeta à l’eau, en les entraînant tous trois, et nagea ainsi fort avant dans la mer. Après bien des milles de cette navigation, ils voient à l'horizon une île vers laquelle le veau se dirige. Près du rivage, ils peuvent enfin lâcher leurs lances et prendre terre. Se croyant en pays ennemi, ils vont se cacher dans des buissons. Cependant ils voient un petit canot tourner autour d’un point à l'horizon; ce canot était conduit à la rame par un très-petit homme qui, quand il arrive vis-à-vis d'eux, amarre son bateau avec une pierre attachée à une longue corde ; il ne les aperçoit pas.

ientôt il saute par-dessus le bord de son canot, plonge et reste longtemps sous l’eau. A la fin, il reparaît à la surface, apportant un grand poisson qu’il jette dans le canot; il répète cela plusieurs fois, et chaque fois il regarde dans le canot pour compter sa pèche. Les trois frères mouraient de faim; l’un d’eux s'offre pour nager : pendant que le petit homme plongera, il lui volera un de ses poissons. Il nage, arrive, prend sa proie avant le retour du pêcheur; mais le petit homme, sitôt qu’il revient à la surface, découvre le larcin, et, étendant la main, la promène lentement vers l'horizon jusqu’à ce qu’enfin sa direction indique exactement l’éndroit où les trois frères se tiennent cachés. Il lève l’ancre alors, rame vers le rivage, découvre immédiateinent les trois frères. Puis aussi fort que petit, il leur lie les mains et les pieds, puis, les jetant au fond de son canot, il y saute aussi et rame

-vers la côte d’où il venait. Après avoir doublé la pointe,

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aussi petits que leur ravisseur, les maisons, les canots, les ustensiles , le tout enfin est à proportion. Les trois frères sont pris et jetés, pieds et poings liés, dans une hutte, tandis qu’un conseil s’assemble pour décider de leur sort. Pendant ce conseil, une immense quantité d'oiseaux, ressemblant à des oïics, mais beaucoup plus grands, fondirent sur les habitants et les attaquèrent. Cesoiseaux dardaient leurs plumes aiguës, comme le porc-épic ses pointes. Quoique les petits guerriers combattent avec une grande valeur, ils sont bientôt percés de ces dards ct renversés, privés de scutiment, sur le sol. Puis les oiseaux prennent leur vol ct disparaissent.

De leur prison les trois frères avaient assisté au combat et avaient brisé leurs liens. Il se rendent sur le champ de bataille où ils commencent à arracher les plumes des corps des petits hommes morts en apparence, mais ceux-ci reviennent instantanément à la vie. Quand ils se voient rendus à la santé, ils veulent exprimer leur gratitude à leurs sauveurs, et leur offrent de leur accorder tout ce qu'ils demanderaient. Les frères demandent à retourner dansleur pays. En conséquence, le conseil s’assemble de nouveau pour prononcer sur la meilleure manière de les rapatrier ; à tout événement, on décide d'employer une baleine pour cet usage. Assis sur le dos du monstre, les frères voguèrent dans la direction de Nasqually. Cependant, à moitié chemin, la baleine commence à regretter sa complaisance et songe à les changer en marsouins et à les mettre ainsi en élat de nager eux-mêmes jusque chez eux. Car la baleine est considérée comme un Soch-a-li-tiyah ou grand esprit, quoiqu’elle ne soit pas la même chose que le Hios-soch-a-li-ti-yah ou grand esprit su-

prême, qui possède à lui seul de plus grands pouvoirs que tous les autres animaux réunis. La baleine met donc de suite son projet à exécution. Telle fut l’origine des marsouins; c’est ce qui explique pourquoi ils se battent constamment avec les veaux marins, car un veau causa toutes leurs infortunes. Après cette disparition étrange des trois frères, leur mère descendit sur le rivage et y demeura de longs jours à guetter leur retour et à se lamenter. Enfin, un jour qu’elle attendait, comme de couturne, la baleine vint à passer, et prenant pitié de son malheur, elle la changea en cette pierre.

Je ne remarquai rien de particulier à la forme de ce rocher, quand nous passâmes auprès, dans notre canot; au moins par ce que j'en pus voir, il me sembla impossible d’y distinguer rien qui ressemblât à une forme humaine, pour justifier la conclusion de la légende. Cependant ce rocher entièrement isolé et sans aucun être visible à des rnilles à la ronde, devait naturellement devenir un objet spécial d'observation pour les Indiens, et sa position solitaire explique suffisamment qu’il ait été choisi pour théâtre de quelques-unes des créations romanesques de leur superstitieuse crédulité. .

15 juin. — Nous arrivämes à Nasqually, où je me procurai des chevaux pour me rendre à la rivière Cowlitz. Je traversai de nouveau la prairie de Bute et la montagne de boue; dans la soirée du troisième jour, l'arrivai à la hutte de mon vieil ami Kinox; mais, à mou grand étonnement, je trouvai une froideur inaccoutumée dans son accueil et même dans celui de ses enfants qui, à mon approche, allèrent se cacher. A la fin, il me demanda si je n'avais pas fait le portrait d’une

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femme, la dernière fois que j'étais venu parmi eux. J'en convins. Un silence glacial suivit et je ne pus obtenir la moindre réponse à mes questions. En quittant la hutte, je rencontrai un métis qui me dit que Cawwacham venait de mourir et qu’on m'attribuait sa mort.

Je me procure immédiatement un canot et je pars pour le fort Vancouver, en aval de la rivière. Je rame toute la nuit, connaissant trop bien le danger que je courrais si je venais à rencontrer quelqu'un de ses parents. J'arrive sain et sauf au fort Vancouver, le 20 juin, avec mon paquet de nouvelles du monde civilisé. Je dus y rester jusqu’au 1‘ juillet pour attendre les bateaux qui journellement arrivaient de la Nouvelle- Calédonie et de la Columbia supérieure avec des fourrures et qui devaient partir de nouveau chargés d’approvisionnements d'hiver pour les postes de l’intérieur.

ter juillet. — Les neuf bateaux composant la brigade avaient complété leurs approvisionnements et se disposaient à partir pour leurs différentes destinations. M. Lewis devait les commander jusqu’à son arrivée à Colville, son propre poste; mais nous eûmes beaucoup de peine à réunir les équipages, s’élevant à soixante ou soixante-dix hommes. Les uns demandaient, avant le départ, leur allocation de rhum, ou régal; on ne le distribue aux hommes de la compagnie qu’au début d’un grand voyage; les autres, occupés à faire leurs adieux à leurs maîtresses indiennes, se trouvent difficilement; en un mot, ils hésitent tous à renoncer à la vie de paresse et d’abondance des deux ou trois dernières semaines; ils savent trop bien quelles fatigues et quelles privations les attendent.

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Cependant, vers le soir, nous parvenons à réunir les équipages, et M. Lewis leur promet le régal à la première occasion convenable. Le fort nous salue de sept coups de canon et nous lui répondons ‘1: vaisseau de la compagnie mouillé près de l’entrepôt Les habitants du fort viennent se grouper autour de nous; et enfin, au milieu des acclamations et des souhaits venus du cœur pour le succès de notre voyage, nous partons. A cause de l’heurc avancée nous n’'atteignons ce jourlà que les moulins de la compagnie, à huit milles du fort.

2 juillet. — Nous partimes le matin de très-bonne heure, et nos hommes manœuvrèrent leurs rames avec une vigueur inusitée ; ils devaient recevoir leur régal dans la soirée. A deux heures de l'après-midi nous atteignîmes la prairie du thé, à une distance de vingt-huit milles. Là, nous débarquâmes pour laisser les hommes recevoir la récompense promise. C’estune pinte derhum par tête, et ils ne peuvent la boire qu'à une distance suffisante du poste, afin que ceux qui veulent s’enivrer s’enivrent, mais ne puissent se meltre en contact avec les serviteurs de l'établissement.

Aussitôt après le débarquement, on établit de camp, on alluma le feu pour le souper; bref, on fit tous les préparatifs pour la nuït, avant la distribution de la liqueur. Cette distribution une fois faite, les hommes commencèrent toutes sortes de jeux athlétiques, courant, grimpant, luttant, etc. Nous avions dans nos équipages huit insulaires des Sandwichs qui nous procurèrent beaucoup de plaisir par leur danse, sorte de pantomime accompagnée de chant. Tout cela formait un ensemble extrèmement grotesque et comique, et provoquait les éclats de rire de l’assistance. Quand le

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rhum commença peu à peu à produire son cflet, les brigades appartenant à différents postes commencèrent à se glorifier de leurs actes de courage et d'’énergic. Cela amena graduellement à voir qui était le plus brave. Il en résulla des combats sans nombre, beaucoup d’yeux pochés et de nez ensanglantés ; mais tout finit en bonne humeur. Le jour suivant, les hommes étaient abrutis, mais en somme bien disposés; en réalité, les combats de la veille semblaient une sorte de règlement de compte pour toutes les vicilles querelles et tous les ressentiments. Nous ne partimes que vers trois heures de l'après-midi et ne fimes guère que quatorze milles ; nous campâmes au bas des cascades, à l'endroit où commence le premier portage, en remontant la Columbia.

4 et 5 juillet. — Nous employämes ces deux jours à transporter les ballots de marchandises à iravers le portage et à traîner les bateaux vides à l’aide de cordes. Cet endroit est une grande station de pêche; on y prend d'immenses quantités de poisson à une certaine époque de l’année, celle de notre passage. Les Indiens réunis en ce lieu nous donnaient beaucoup de tracas et d'inquiétudes, et il nous fallut faire bonne garde pour échapper à leurs rapines. Dans la soirée du 5, nous achevâmes de passer le portage, et, quoique les hommes fussent fatigués, nous remontâmes la rivière, sept milles plus loin, avant d'établir notre camp, car nous voulions au plus tôt nous délivrer des naturels du pays.

En rôdant, pendant que les hommes transportaient les marchandises aux cascades, je décourvris un grand cimetière de têtes plates et j'éprouvai le désir le plus vif de me procurer un crâne. Toutefois, pour y par-

venir, je devais prendre les plus grandes précautions, et je ne m'exposais pas à un médiocre danger, nonseulement en le prenant, mais encore en le conservant par la suite; il y a plus, les voyageurs auraient certainement refusé de faire route avec moi s'ils avaient soupçonné mon larcin, à cause de la crainte superstitieuse attachée aux cimetières. Je profitai cependant de la préoccupation de tout le monde et je parvins à m'emparer d’un crâne complet, sans exciter le moindre soupçon.

À l’endroit où nous campâmes , dans la soirée du 5, nous vimes beaucoup de troncs d'arbres dans la rivière; ils provenaient d’un éboulement récent.

Pendant la nuit, deux de nos insulaires des Sandwichs désertèrent. On déchargea un bateau qui fut immédiatement envoyé en arrière, pour intercepter leur fuite aux cascades. Ils avaient reçu pour dix livres de marchandises; cachant, en passant aux cascades, leurs sacs dans les bois, ils cspéraient pouvoir retourner sur la côte avec leur butin. On retrouva pourtant les traces, puis les sacs, mais point les hommes ; quant à eux, Tomaquin se chargea de les retrouver.

Le jour suivant, Tomaquin, avec trois hommes de sa tribu, les ramena; chaque Indien, en ramant, tenait son coutéau dans les dents, prêt à frapper si les insulaires venaient. Il paraît qu’ils avaient visité son camp pendant la nuit; il avait alors assemblé sa tribu et les avait entorrés; les insulaires, se croyant perdus, demandèrent grâce. Tomaquin reçut pour récompense quatre couvertures et quatre chemises. Il ne restait plus qu’à punir les déserteurs ; leur sentence fut aussi vite exécutée que prononcée. A leur sortie du canot, notre guide, grand et fort Iroquois, s’empara de l'un,

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tandis que M. Lewis saisissait l’autre. La punition consista simplement à les rosser d'importance. Le châtiment de ces hommes peut sembler sauvage et excessif à ceux qui vivent dans le monde civilisé; mais c’est seulement avec un traitement pareil qu’on peut maintenir dans l’ordre des hommes comme ceux-là ; surtout dans un voyage à l’intérieur, où il importe à tout prix de prévenir les désobéissances ou les déserlions.

6 juillet. — Il pleut fortement toute la journée et le vent devient si violent que nous sommes obligés d’aborder, dans un sol bas et marécageux, au milieu de myriades de moustiques. |

7 juillet. — Après avoir traversé une mission méthodiste, nous arrivâmes au portage des Dalles. Trente Indiens se mirent aux bateaux, chaque homme recevant pour ce travail cinq balles et de la poudre. Les Indiens des Dalles ne se déforment pas la tête. Le pays commence à devenir stérile et sans forêt. On prend du saumon en grande abondance dans les rapides.

8 juillet. — Arrivés aux chutes, nous ne trouvàmes aucune difficulté pour le transport de nos bateaux, grâce aux Indiens qui nous aidèrent de grand cœur. À une époque antérieure, cette tribu était plus remuante qu'aucune autre des bords de la Columbia. A ce portage, soixante hommes armés devaient protéger les marchandises. C’est à cet endroit même que fut tué l'homme à la boîte d’étain, mentionné dans l’Astoria de Washington Irving. Nous dûmes acheter du bois des Indiens pour cuire notre souper, car on ne voyait dans le voisinage ni arbre ni buisson. Ces Indiens ne peuvent avoir du bois flotté pour leur propre usage que quand la rivière est haute et qu’elle le met à leur portée; ils estiment tout naturellement le bois un très-

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