‹ Les Indiens de la Baie d'Hudson [microforme]Chapitre 4 sur 43 · CHAPITRE LI · texte numérisé non relu

CHAPITRE LI

Je quittai Toronto, le 17 juin 1845, sans autres compagnons que ma palette, mon fusil et des munitions, me dirigeant vers le lac Simcoc. Là, je pris le bateau à vapeur pour Orillia ; je gagnai la baie de l’Esturgeon par le lac Huron, où je louai un Indien et un canot, le vapeur étant parti pour Penetanguishene quelques heures avant mon arrivée à Cold-water (Eau froide). Après avoir ramé toute la nuit, nous atteignimes Penetanguishene, qui est placé dans une baie profonde formant un port sûr pour les navires de tout tonnage ; les Indiens ont ainsi nommé cet endroit à cause d’un grand banc de sable mouvant qui se trouve à l'entrée de la baie. Il y a là un petit dépôt naval, et un vapeur destiné . ‘inspection des bords du lac. A côté

de ce dépôt s'élève un village habité par quelques blancs et des métis.

Nous partimes de Penetanguishene, le 20, et nous

arrivàmes au détroit d'Owen le soir même. Là, je rencontrai trois hommes qui se rendaient à Saugeen (distant de 35 à 40 milles à l’ouest), pour une réunion de chefs chargés de vendre des terres au gouvernement de la province. J'engageai un Indien pour porter mon bagage et me servir de guide, et je partis à pied. Nous voyageârües péniblement à travers des bois et des marais, sous des torrents de pluie, pour faire halte le soir, sans souper et sans abri, avec nos vètements trempés. Lelendemain matin, nous partimes de bonne heure et atteignimes Saugeen vers midi. Un camp nombreux d'Indiens y était assemblé, et on entendait l'accompagnement ordinaire et bruyant de chants et de prières sous la direction de six ou sept prêtres méthodistes.

Le village indien de Saugeen (Bouche de la Rivière), contient environ deux cents habitants. C’est un ancien champ de bataille des Ojibbeways (Chippawas), et des Mohawks. Les collines environnantes l’attestent suffisamment par la profusion d’ossements humains répandus sur le sol. La terre alentour est d’excellente qualité, mais peu cultivée, les habitants vivant surtout de poissons qu'ils pèchent en abondance à l'entrée de la rivière. Ils tuent aussi beaucoup de daims en dressant une haïe de plusieurs milles d’étendue derrière laquelle ils se cachent ; lorsque les daims, dans leurs émigrations annuelles, cherchent à forcer cette haie, ils tombent sous les coups assurés üdes Peaux- Rouges. Le chef de ces Indiens se nomme Maticwaub ou V’Arc. Le troupe qr.'il commande fait partie de la grande

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nation des Ojibbeways, qui habite encore les bords des lacs Huron, Michigan et Supérieur. Une autre bande de cette tribu se tient sur le Mississipi supérieur, à quatrevingt-dix ou cent milles au-dessus des chutes de Saint- Anthony. Le langage de ces Indiens, leurs danses religieuses, appelées Matayway, et leur: iêtes sont identiques, bien qu’ils vivent loin les uns des autres. Enfin les Pilleurs, ainsi dénommés à cause de leur penchant à la rapine, se trouvent à deux ou trois cents milles plus au nord. J'ai appris par expérience, quelques années plus tard, qu'ils justifient pleinement leur : surnom. |

Je fis un croquis d’un chef appelé Maskuhnoonjee, ou le « Grand Pic ». Fier de se voir dessiné, il avait mis la médaille de chef que le gouvernement donne à ceux qu’il reconnaît pour tels. Jamais un chef ne néglige de porter cette marque de distinction dans les circonstances importantes. La fille d’un chef du lac Saint-Clair, consentit aussi, non sans difficulté, à laisser faire son portrait; sa répugnance venait de la croyance qu'elle avait qu’en y consentant, elle tomberait au pouvoir de celui qui posséderait ce que les Indiens appellent un autre soi-même. Le chef Wahpus « le Lapin blanc » m’autorisa également à reproduire ses traits. Il réside au détroit d'Owen, où il se faisait remarquer autrefois autant par sa sauvagerie et son intempérance, qu’il est connu aujourd'hui pour sa sobriété et sa douceur. L'influence des missionnaires méthodistes a opéré en lui cette métamorphose. C'est le premier Indien.que je vois dont les cheveux aient été arrachés, sauf'la mèche du scalp.

De Saugeer, je retournai au détroit d'Owen, en compagnie d'un ; jeune homme du nom de Dillon, qni

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désirait vivement se joindre à moi. Je me procurai un canot et des provisions, et m'embarquai avec mon nouveau compagnon pour Penetanguishene, dans la direction des îles Manitoulin. Le quatrième jour, nous doublâmes l'île des Chrétiens, sur laquelle s'élèvent les ruines d’un fort construit, dit-on, par deux jésuites et une bande de Hurons, à la suite d’une défaite de cette tribu par les Iroquois. Ils défendirent ce fort jusqu'à ce qu'ils fussent décimés par la faim et la maladie ; les deux missionnaires conduisirent les survivants à Québec. Le lendemain nous retournâmes chercher des provisions à Penetanguishene, après quoi nous nous engageâmes dans un archipel d'îles de toutes les grandeurs et de toutes les formes, au nombre, dit-on, de plus de trente mille. Étrangers à cette navigation, nous nous perdimes au milieu de leurs pittoresques sinuosités, charmés de leurs aspects sans cesse nouveaux. Nous chassâmes et pêchâmes là pendant quatorze jours, sans avoir la conscience d’un temps si agréablement employé. Nous ne vîimes que deux ou trois Indiens, la plus grande partie d’entre eux nous ayant précédés à Manetouawning, pour recevoir leurs présents.

Les habitations des Indiens, dans les îles du lac Huron, sont faites d’écorces de bouleau arrachées à l'arbre en longs morceaux, et cousus ensemble à l’aide de racines fibreuses ; quand ils n’ont pas de bouleau, ils font des paillassons avec des joncs pour la toiture; on les étend en rond comme le bouleau sur huit ou dix pieux réunis au sommet et piqués en terre comme pour une tente, en ménageant un‘trou destiné à la fumée. Le feu s'allume au centre de la loge ,. et les habitants dorment les pieds tournés vers le foyer.

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