‹ Les Indiens de la Baie d'Hudson [microforme]Chapitre 42 sur 43 · Ü LL · texte numérisé non relu

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Min et lui dit qu’il avait besoin de chevaux et de quelques provisions pour ï« route ;, et qu’il payerait en tabac. Mah-Min lui répondit : « Vous prêchez beaucoup de « choses aux Indiens, et vous leur dites de ne pas trom- « peret de ne pas mentir; comment peuvent-ils vous « écouter ou vous croire, vous qui êtes le père du men- « songe? Vous n’aviez pas de tabac, et à présent vous « dites que vous en avez abondamment.»

Nous ne mangeâmes que des lapins dans les montagnes Rocheuses, et même pas à notre suffisance ; la cache dans laquelle la viande desséchée se trouvait, avait été découverte par les Assiniboines, qui, s'ils n'avaient pas été assez honnêtes pour résister aux nécessités de la faim , avaient au moins essayé de l’être autant que possible, en remplaçant par des fourrures de prix la viande enlevée. C'était la seconde année que pareil fait se représentait; mais quelque avantageux que puisse être ce troc à la compagnie d’Hudson’s-Bay, il ne le fut certainement pas à ses serviteurs et à moi, car après avoir passé dix jours affamés et sans aucun signe de l'arrivée d’Indiens Pieds-Noirs, je persuadai à Jemmy- Jock de revenir avec moi à Edmonton; il y consentit et me dit qu’il savait une cache de viande sèche sur le chemin, qui nous dédommagerait abondamment ; de façon que nous nous y dirigeàmes en toute hâte.

De bonne heure, dans la matinée, nous partimes, prenant avec nous quatre chevaux en plus, pour relayer. On organise ainsi les relais : un homme est à cheval en tête, puis viennent les chevaux libres, l'autre homme les suit et les conduit ; les chevaux ne s’écartent guère, et comme ils ne portent pas de poids, ils se trouvent comparativement frais, alors que le cheval que vous montez est rendu.

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Nous galopâmes tout le jour d’un formidable train, stimulés par la faim, et nous arrivâmes vers la brune à la cache. Jemmy y courut sans retard ; elle était faite de bûches rapprochées, et construite à peu près comme une hulte, mais assez écartées. Il commença par écarter et rejeter les bûches ; il entendit alors un bruit singulier à l’intérieur, et m’appela en me disant de chercher les fusils. Quand je revins, il découvrit une partie de la toiture, et une grasse et belle louve s’en élança ; je la tuai immédiatement. Cet animal, qui était alors vraisemblablement affamé, avait pu s’introduire à travers les ouvertures des büches, attiré sans doute par l'odeur des viandes; sa maigreur lui avait permis de prendre peu de souci de l’étroitesse des interstices ; cependant, une fois entrée, et après une bonne nourriture, la louve ne put plus sortir , et l’idée de se laisser maigrir par la faim devant la viande qui restait ne la préoccupait en aucune façon. Grand désappointement pour nous! car nous ne trouvâmes que très-peu de viandes, et encore mutilées, arrachées et éparpillées dans la poussière par la louve. Nous nous arrangeâmes cependant de ses restes, et nous en mîmes de côté, mais si peu, qu'au lieu de prendre du bon temps en route, comme nous y comptions, nous dûmes galoper aussi vite que possible.

Le jour suivant fut encore plus pénible, car nous eûmes tout le long de la journée une neige épaisse qui nous frappait le visage. Nous la traversâmes bravement et finimes nos provisions entre le souper el le déjeuner du lendemain; enfin, dans l'après-midi du troisième jour, nous atteignimes Edmonton avec deux chevaux seulement ; les autres étaient crevés de fatigue ou laissés en arrière.

22 mai. — M. Low arriva du côté de l’est des montagnes Rocheuses, en compagnie de M. de Merse, évéque catholique de Vancouver et de M. Paul Frazer. Les bateaux et leurs chargements étaient préparés depuis longtemps, et nous n’attendions qu’une favorable éclaircic dans le temps, pour entreprendre notre retour au logis. |

25 mai. —- Le temps s'étant levé, nous nous embarquâmes avec M. Low pour Norway-House. Nous avions vingt-trois bateaux et cent trente hommes, sous les ordres de M. Harriett. Nous voyons grand nombre de bisons morts sur les bords de la rivière. A la suite de neiges qui avaient couvert longtemps les herbages , les eaux avaient tant monté que les bisons s'étaient noyés en essayant de traverser à la nage, comme ils le font chaque printemps dans leur migration vers le midi; ils gisaient par milliers sur les bords. A la nuit, nous descendons le courant; nos homimnes ont eu le soin d’attacher plusieurs bateaux ensemble, de façon à ce que, dirigés par un seul, les autres puissent se reposer et dormir.

26 mai. — Plusieurs grands troupeaux de bisons nagent à travers la rivière et se dirigent vers le sud.

27 mai. — Grâce au fort courant et aux hommes qui nagent tout le jour, nous arrivons de nouveau à Fort- Pitt, où notre troupe s’augmente de deux bateaux; ces, bateaux étaient chargés de fourrures et du pimmikon préparé dans le district de Saskatchawan. Ces fourrures descendent à la factorerie d’York, dans la baie d'Hudson, où elles s'embarquent alors pour l’Europe; le pimmikon va aux endroits où il est difficile de se procurer des provisions. Nous restons deux jours à Fort-

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Pitt, jusqu'à ce que les autres bateaux soient préparés ; je profite de ce retard pour faire le portrait d’un chef de Crees, en grand costume, avec une pipe de magie dans sa main.

À notre départ de Fort-Pitt, notre flotte de bateaux couvre entièrement la rivière; cela présente un aspect imposant et animé, grâce à l’encadrement sauvage des pays que nous traversons. Un grand nombre de loups s'occupent activement à dévorer les carcasses des bisons noyés, et nous nous donnons le plaisir d’une course de canots pour les poursuivre, .à la grande joie de nos hommes.

Nous continuons notre roule sans rencontrer rien qui méritàt particulièrement d’être rapporté; cette paix dure jusqu’au 1‘ juin; ce jour-là nous voyons une grande troupe de cavaliers indiens galopant en toute hâte à notre rencontre. À son approche, nous la reconnaissons pour une troupe de guerre composée d’Indiens Pieds- Noirs, Indiens-Sang, Sur-Cees, Gros-Ventres et Pay-gans. Un Indien Cree se trouve dans l’un de nos bateaux, nous sommes obligés de le fourrer sous les peaux qui couvraient les marchandises, de peur qu’il re soit découvert par les guerriers, car c’est contre sa tribu qu'ils marchaient, et nous ne pouvons le protéger. Nous débarquons immédiatement, M. Harriett et moi, pour joindre les Indiens sur le bord de la rivière, laissant à nos hommes l’ordre formel de tenir les bateaux assez près du bord pour que nous puissions nous rembarquer promptement en cas de danger. Les Indiens reçoivent M. Harriett d’une façon très-amicale ; il connaissait personnellement un très-grand nombre d’entre eux. Ils étendent immédiatement une peau de buffle pour nous servir de siége, et déposent leurs

armes, couteaux, fusils, arcs et flèches sur le sol, devant nous, comme gage d’amitié.

Il y eut cependant une exception à cette démonstration pacifique, de la part d’un Indien dont j'avais fréquemment entendu parler, nommé Omoxesisixany, « Grand- Serpent. » Ce chef se promenait autour du groupe, claquant un fouet et chantant un chant de guerre, avec le désir évident de provoquer un combat, et il refusait de déposer ses armes avec les autres, quoiqu'on lui en eût plusieurs fois fait là demande. A la fin, cependant, il les mit à terre .et s’assit avec le reste de la troupe ; puis, ayant tiré avec une répugnance visible quelques bouffées de la pipe qui faisait le tour de l’assemblée, en signe de paix, il se tourna vers M. Harriett, en lui disant que, comme il avait fumé avec le blanc , il lui ferait présent de son cheval; en même temps il fit amener un magnifique cheval brun, celui dont je l’avais vu descendre à notre arrivée, etilen tendit les rènes à M. Harriett.

M. Harriett s’excusa de ne pouvoir accepter ce présent, sur ce qu'il lui était impossible de l'emmener avec lui dans les bateaux. — Les Indiens nous dirent qu'ils formaient une compagnie de quinze cents guerriers, venant de douze cents huttes, et qu’ils s’avançaient à petites journées vers Fort-Edmonton , ne laissant derrière eux que peu de personnes capables de porter les armes. Ils poursuivaient les Crees et les Assiniboines, qu’ils avaient menacés d'une extermination complète, se vantant d’être eux-mêmes aussi nombreax que les brins d'herbe de leurs plaines.

De toutes les tribus que j'avais vues sur le continent, ils étaient les mieux montés et les mieux vêtus; ils

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Comme M. Harriett désirait faire avec eux plus ample connaissance, il accepta l'invitation de camper près d'eux jusqu’au lendemain matin, ce qui me fut aussi très-gréable;cela me permettait de faire plusieurs croquis et d'entendre quelque chose sur leur compte.

Quand nous eûmes fumé, plusieurs des jeunes braves commencèrent une course aux chevaux, c’est leur divertissement favori, et ils engagent là de forts paris. Pour les courses, ils montent généralement à cheval, dépourvus de tout vêtement, sans selle, avec un simple lasso attaché à la mâchoire inférieure du cheval. Le frère de Grand-Serpent me raconta !’\necdote suivante de son frère, dont il paraissait très-fier; M. Harriett comprenait la langue et servait d’interprète :

« Quelque temps auparavant, le Grand-Serpent entrait dans un des forts américains situé près des montagnes Rocheuses. Comme il y montait un jour avec deux autres Indiens, on lui ferma brusquement la porte par ordre du commandant, nouvellement arrivé dans la contrée. La fierté de Grand-Serpent lui fit regarder cet acte comme une insulte; il rebroussa chemin, et bientôt il rencontra du bétail qu'il savait appartenir au fort; il commença à tirer dessus et en abattit treize têtes.

« Aussitôt que le soldat en sentinelle, auteur de l’affront fait au chef, eût entendu les coups de feu , il en devina la cause et avertit le commandant, qui rassembla immédiatement ses hommes et les conduisit, bien armés, dans la direction du feu ; Grand-Serpent se retira alors, avec ses deux compagnons, derrière une petite colline.

« La compagnie du fort craignant de rencontrer un grand nombre d’Indiens, hésitait à s'avancer à la portée des coups; mais un nègre de la troupe offrit d’aller de-

vant pour reconnaître l'état des choses. S'avançant

avec de grandes précautions et ne voyant personne, il commença à croire que les Indiens étaient partis; mais quand il fut à peu près à vingt mètres du sommet, Grand-Serpent sortit de son embuscade et tira sur lui. Le nègre tomba, et le chef, l'ayant scalpé, secoua cette dépouille d'un air dérisoire du côté des Américains.

« Peu de temps après, Grand-Serpent rencontra une grande troupe de Pieds-Noirs qui s’avançaient vers le fort pour le commerce. A son arrivée au milieu d’eux, il leur raconta ce qu'il avait fait et défia qui que ce fût de censurer sa conduite sous peine de se rendre son ennemi. La bande savait bien que ses actes équivalaient à une déclaration de guerre, et qu’ainsi toute communication avec l’étabiissement serait interceptée , à moins qu'ils ne livrassent Grand-Serpent comme prisonnier. Ils se turent tous pourtant plutôt que de s’atiirer la colère d’un homme aussi redoutable.

Une autre bande de la même tribu, ignorant ces événements, arriva au fort quelques jours après. Les Américains, pensant que c’était une bonne occasion de châtier leurs agresseurs, chargèrent un de leurs canons à balle, et tandis que les confiants Indiens attendaient à la porte, on mit le feu à 1 pièce. Par bonheur, le coup ne partit pas ; mais les Indiens, qui s’apercevaient d’un mouvement extraordinaire, prirent l'alarme et s'enfuirent.

On renouvela, et cette fois la fusée fit voler des pro-

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jectiles au milieu des fugitifs et tua dix personnes, parmi lesquelles des femmes et des enfants.

Quelque temps après, on rap rta à Grand-Serpent que l'un des Indiens les plus influents de la tribu l'avait accusé, dans un discours, d’avoir causé beaucoup de désagrément à la tribu et d'avoir détruit son commerce. Grand-Serpent se mit tout de suite à la recherche de l’auteur de ces paroles. Il le rencontra et se précipita sur lui pour le frapper e son couteau à scalper ; mais son pied glissa et il ne lui fit qu’une blessure au côté. Ces deux hommes restèrent ennemis pendant quelque temps. Plusieurs personnes conseillèrent à Grand-Serpent de faire la paix; il se dirigea donc un jour vers la loge de son ennemi; inais préalablement il avait dit à sa femme que si elle apercevait quelque mouvement extraordinaire, il faudrait qu’elle allât planter sa tente au sommet d’une petite colline, à quelques centaines de mètres de distance, où il pourrait plus facilement la défendre. En arrivant à la tente de son ennemi, il le trouva assis avec sa femme et ses enfants autour de lui. Grand-Serpent prend un des enfants; il commence à le caresser en lui demandant d’intercéder pour lui auprès de son père. Ce dernier ne paraît faire aucune attention à ce qui sc passe ; il reste la tête penchée d’un air sombre et sans faire la moindre réponse. Grand-Serpent demande alors de nouveau à l'enfant de le prendre en pitié; le père reste toujours silencieux. Alors le chef, irrité de voir ainsi repoussées les ouvertures de paix qu'il avait “aigné faire à un inférieur, sort de la tente, saisit son fusil; il avait eu la précaution de le piacer à portée de sa main, ct il se met à tirer au travers de la couverture en peaux de la ‘ : Il tue deux de ses habitants et en

blesse un troisième; après quoi il sn retourna à la colline où sa femme dressait la tente, et il y resta, défiant le camp tout entier d’oser le molester.

Les Pieds-Noirs, nas hôtes, pensaient rencontrer les Crees le jour suivant ; ils organisèrent donc une danse magique dans l’après-midi. Je fus solennellement invité à y assister, afin que mes pouvoirs magiques pussent servir à en augmenter l'efficacité.

Parmi toutes le8 tribus assemblées, l'alliance conclue en fumant ensemble une pipe, qui fait le tour del'assemblée, est regardée comme :: : £':nse sacrée ; et on me plaça solennellement dans i: meilenre position pour travailler à mes enchantements, c’est-à-dire pour dessiner!

Le lendemain matin, nous nous embarquâmes de nouveau après avoir offert aux chefs huit ou dix livres de tabac à distribuer à leur troupe. À peu de milles de là, il fallut retourner à terre pour satisfaire un vieux chef indien sang, qui était arrivé au camp après notre départ; il nous suivait pour obtenir une entrevue avec M. Harriett, qu’il avait connu plusieurs années anparavant et pour lequel il conservait la plus grande

amitié. Après une conversation, il se dépouilla d’une .

partie de ses vêtements pour lui en faire présent. M. Harriett répondit en l'imitant ; mais il ne gagna pas au change, car, quoique la chemise et les pantalons en pelle'eries du chef fussent tout neufs et extrèmement ornés, ils n'étaient pas précisément ce que M. Harriett aurait voulu porter; de sorte qu’il me les donna pour ajouter à ma collection de costumes indiens.

Un des Indiens qui accompagnaient le vieux chef indien, remarquant que je portais une capole neuve, songea à tenter aussi échange de civilités avec moi. En

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3 juin. — On ne fait pas un pas de toute la journée à cause de la violence du vent et de la neïge qui rend hd nos eflorls pour avancer ‘aussi pénibles qu’inutiles.

4 juin. — Nous arrivons à Carlton de honne heure dans l'après-midi, et l’évêque de Merse prend immédiatement des chevaux pour se diriger par terre vers l'établissement de la rivière Rouge qui est à seize jours de marche.

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