‹ Les Indiens de la Baie d'Hudson [microforme]Chapitre 6 sur 43 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Comme j'ai l'intention de parler du Sault-Sainte- Marie plus tard, j'en passerai ici la description sous silence. J'y séjournai quelques jours et m’embarquai pour Mackenaw sur un steamer. À Mackenaw, distant de quatre-vingt-dix milles, je trouvai une bande d’Indiens, au nombre de deux mille six cents, qui venaient de tous les points toucher une somme de vingt-cinq mille francs pour prix de terres cédées par eux aux États-Unis. (étaient aussi des Ojibbeways et des Ottawas. En arrivant dans cet endroit, je plantai ma tente au milieu d'eux et commençai à les dessiner. Je fus obligé de m'éloigner, parce que leurs chiens affamés , ceux qu'ils gardent pour leurs traîneaux l'hiver et pour la chasse, dévoraient toutes mes provisions, et me menaçaient du même sort. On s’expliquera ce fait quand j'aurai dit qu'un soir, comme je finissais un croquis, assis par terre seul dans ma tente, avec ma chandelle plantée en terre près de moi, un de ces animaux fit irruption, saisit la chandelle tout allumée et s'enfuit en l’'emportant, me laissant dans l’obscurité la plus complète.

Le jour suivant, comme je renirais, je vis un chien se sauver de ma tente; pensant qu’il venait de me

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voler, je résolus de me faire une justice sommaire et je déchargeai mon pistolet sur le maraudeur. Je m’aperçus que j'avais été plus loin que je ne pensais et que j'avais tué le chien. Je fus immédiatement assailli par le propriétaire de l'animal et par sa femme pour le payement de mon forfait; je consentis à liquider l'affaire en leur demandant en échange le montant du jambon et des autres provisions qui m'avaient été soustraits par le défunt. Tout compte fait, nous nous trouvâmes quittes, et on m'invita à souper pour parlager les dépouilles de ma victime, travail auquel je trouvai, quelques instants après, mes hôtes activement occupés.

Les Indiens nomment cette île Mitchi-Macinum ou la « Grande Tortue, » parce que, vue à distance, elle ressemble à cet animal. Elle est située dans les détroits qui séparent les lacs Huron et Michigan, et contient quelques endroits pittoresques, un pont naturel entre autres que tous les étrangers visitent. Une compagnie de soldats tient garnison dans l’ile. Les habitants ne vivent que de pêche, les rapides leur fournissant une quantité immense de saumons el de poissons blancs. Beaucoup de marchands se réunissent à Mackenaw, aux époqu?s de payement; ils apportent avec eux des liqueurs alcooliques qu'ils vendent en secret à ces malheureux ; car le commerce en est interdit, et maint Indien qui vient à Mackenaw de bien loin, retourne à son wigwam plus pauvre qu'auparavant, ayant eu une bonne ivresse pour toute récompense de son long voyage!

Je fis le portrait d’un chef nommé Mani-tow-wahbay ou « le Diable. » Il me demanda avec inquiétude nes intentions. Je lui dis, pour le rassurer, que ces

dessins élaient destinés à sa grande mère, ia Reine. II dit qu’il avait souvent entendu parler d’elle, et que s’il avait le temps et les moyens, il irait lui faire visite. Il était très-satisfait que ce second lui-même eût une occasion de la voir. Il ajouta qu'il avait été un guerrier heureux, et que neuf scalps témoignaient de sa valeur. Il aimait beaucoup la boisson, et dans l’état d'ivresse, c'était un homme des plus violents etdes plus dangereux. Après trois semaines passées à Mackenaw, je me rendis à Green-bay, endroit bien placé pour devenir un port de commerce et destiné à être un poste important par la richesse du pays environnant; par suite de spéculations insensées en 1836 et 1837, celle place a été paralysée, et on peut y avoir aujourd'hui des maisons pour rien, en consentant à les entretenir. Je m’amusai à chasser les bécasses qui y abondent. Huit jours après je partais avec trois voyageurs qui se rendaient à la rivière du Renard afin de voir les Indiens Manomanee réunis à cet endroit pour recevoir le montant des terres vendues par eux dans les environs du lac Winebago. Nous nous embarquâmes sur mon pelit canot et, remontant le courant, nous arrivions la seconde nuit, vers onze heures, à une hutte indienne sur les rives du lac Winebago ou « lac Marécageux. » Deux sœurs y demeurent seules. L’aînée s’appelle Twa-toke ou « le Serpent, » et la cadette Ke-wah-ten, ou « Vent du Nord. » Nous remontâmes alors jusqu’à la rivière du Renard; à l’entrée du lac se trouve un comptoir indien auprès duquel une foule de paresseux engageaient tout ce qu’ils possédaient contre de la liqueur : aussi quantités d’entre eux étaient-ils étendus ivres morts. | Un Indien nommé Wah Bannim ou « le Chien

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