‹ Les indifférentsChapitre 24 sur 88 · ACTE- PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE- PREMIER

ressources dont il dispose ; l’indifférent, au contraire, ne secourt pas son semblable par celte seule raison qu’il ne comprend pas ses douleurs et qu’il y est insensible. Le propre de l’égoïste est de prendre soin de lui-mème et de s’occuper de tout ce qui peut concourir à son bien-être, tandis (ju’il arrive à l’indifférent de négliger ses intérêts les plus chers et d’être insouciant même de sa personne. Enfin les égoïstes sont tout d’une pièce : quand on est égoïste on l’est sur tout les points et visa-vis de tout le monde; on peut être au contraire indifférent à de certaines choses et ne l’être pas à d’autres. En un mot, les indifférents se subdivisent à l’infini ; il y a l’indifférent à la patrie, à l’honneur, à l’argent, à la gloire, l’indifférent en matière de religion, les indifférents à l’amitié.

OLIVIER

Ces derniers sont les plus à plaindre.

LAURE, lui tendant la main.

Sans doute, c’est si bon' de s’aimer !

OLIVIER

Que vous .me rendez heureux en me parlant ainsi I La froideur que chacun ici m’a témoignée m'avait si vivement impressionné que j’ai douté un instant de vous.

C’est fort mal, monsieur.

OLIVIER

Alors, vous m’aimez toujours?

LAURE

Sans doute, mon cher Olivier, j'ai pour vous la plus sérieuse amitié.

OLIVIER

Oh! ce n’est pas à ce sentiment que je fais allusion, c’est à un aulre.

LAURE

Auquel, mon ami?

OLIVIER

Vous le demandez?

LAURE

Sans doute.

OLIVIER

Quoil ai-je besoin de vous dire qu’il ne s’agit pas d’amitié entre nous... mais d’amour. Pourquoi craindrais-je de prononcer ce mot? Est-ce donc la première fois que vous me l’entendez murmurer à votre oreille ?

LAURE

Non... j’avoue... qu’aulrefois... il y a quelques années...

OLIVIER

Eh bien, quelques années auraient suffi pour vous faire oublier... celte alfeclion si tendre, si profonde que vous m’aviez inspirée et que j’étais parvenu à vous faire parlager!... Ne niez pas, vous me l’avez avoué ! mais vous étiez mariée alors, mariée à un malade que notre loyauté nous défendait de tromper; j’ai dù vous fuir, j’ai dû voyager, mais n’avait-il pas été tacitement convenu entre nous que nous serions l’un à l’autre, dès qu’aucun obstacle ne nous séparerait plus. (Il se lève.) Laure, M. de Neuville est mort il y a |)lus d’un an, vous êtes libre, je le suis aussi ; je vous aime d’un amour d’autant plus ardent qu’il a été plus longtemps contenu, je vous demande votre main. ( Après un silence. ) Vous ne répondez pas ?...

LAURE

J’hésite, je crains de blesser un ami qui m’est cher.

OLIVIER

Quel ami ?

LAURE

Vous I

OLIVIER

Je ne suis pas votre ami! je ne veux pas l’être 1 c’est un autre litre que j’ambitionne, me permettez-vous de le prendre?

LAURE, se levant.

Non, Olivier, c’est impossible, je ne me remarierai pas.

Vous ne vous remarierez pas ?... Moi, qui étais si heureux de vous revoir 1

LAURE

Mais, moi aussi, je suis très-heureuse, mon ami.

OLIVIER

Mais vous ne m’aimez plus ?

LAURE

Au contraire, je vous aime bien I

OLIVIER

Vous m’aimez bien!... Je suis revenu de si loin pour l’entendre me dire qu’elle m’aime bien ! allons I du courage! Un dernier mot, Laure, qui aimez-vous maintenant?

LAURE, passant h ganche.

Personne!

ACTK PREMIER.

OLIVIER

C’est impossible ! .

LAURE

Je vous jure, Olivier, que je n’airae pas comme vous l’entendez.

De même que vous me jurerez sans doute no m’avoir jamais ' aimé ?

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