‹ Les indifférentsChapitre 25 sur 88 · I.AURE · texte numérisé non relu

I.AURE

Non, je no jurerai pas cela, je ne renie pas mon passé, je m’y reporte .tu contraire avec bonheur. Je n’ai rien oublié, tout m’apparait...

OLIVIER

Comme dans un réve.

LAURE

Oui, mais un rêve charmant, un rêve que je donnerais tout au monde pour pouvoir recommencer; mais le puis-je? Est-ce ma faute si peu à peu les illusions s’envolent, les souvenirs s’éléignent, la froideur vous gagne cl le cœur ne bat plus... même au retour de celui qui, autrefois, l’avait fait battre! Pardonnez-moi ma franchise, mon ami, elle vous apprend que ce n’est pas une coquette que vous avez aimée; elle vous prouve surtout que je dis vrai, lorsque je jure que je n’aime personne.

OLIVIER

Et quelqu’un vous aime-t-il ?

LAURE

Non.

OLIVIER

Et vous vivez heureuse ainsi, sans aimer, sans être aimée?

LAURE

Je vis tranquille.

Pour vous l’existence n’a pas d’autre but; vous ne vous êtes jamais dit que la femme avait une mission à remplir sur la terre?

LAURE

Quelle mission?

OLIVIER

Être fille, épouse ou mère I

LES LXDIFFÉRENTS.

LAURE

Je suis veuve.

OLIVIER

Veuve à vingl-six ans! sans afferlion! sans enfants! et, c’est vous qui, tout à l’heure, accusiez voire famille, vous qui êtes plus coupable qu’elle, vous qui étf>s indifférente a l’amour' (L.inre s’rloignn à p.iaohe.) Ah! je vois (|ue le mal VOUS a gafinée, vous aussi, et que dans la définition (]ue vous m’avez donnée de l’indifférence, VOUS avez oublié une des choses ipii la distinguent le plus de l’égoïsme ; c'est que l égoïsme effraye et qu’il éloigne, tandis que l’indifférence est contagieuse; vous en êtes, ma chère Laure, un triste c.xeinple... et je vous fais mes adieux I

LAURE

Quoi 1 vous partez!

Oui, je ne resterai pas plus longtemps dans celle maison où, en une heure, j’ai entendu renier tout ce qu’il y a de grand, tout ce qu’il y a de saint sous le ciel : la patrie, la famille, l’amitié et l’amour!

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