ACTE DEUXIÈME
joyeux compagnon, un peu écervelé même, mais qu’aucune galanterie ne me touchait.
JÜI.IO.
En effet, madame, on m’a assuré que les soupirs de vos nombreux adorateurs ne pouvaient monter jusqu'à vous, et que vous sortiez toujours victorieuse des périls dont la vertu de toute jolie femme est sans cesse menacée.
LAURE
Des périls' ma vertu a couru des périls et elle y aurait échappé! Ah! c’est lui faire trop d’honneur, car elle n’a pas conscience d’en avoir rencontré.
JULIO
Quoi, madame, jamais?
LAURE
Mais non, jamais ! vous croyez donc les hommes bien dangereux ?
JULIO
Il m’a été affirmé que, dans votre pays, il y en avait quelques-uns.
LAURE
Vraiment! et moi qui ne m’en doutais pas; alors, monsieur, veuillez me faire faire la connaissance de ces êtres miraculeux. Telle que vous me voyez, je n'ai pas de parti pri-, je ne suis indifférente à l’amour que parce qu’il ne mérite pas, à mon avis, qu’on lui fasse l’honneur de s’en occuper. Si je me suis trompée, s'il est digne d’intérêt et d’admiration, je suis prête à lui rendre hommage et à devenii- au besoin son humble servante. Mais hélas! je cr .io-< ipic votre imagination italienne n’essaye d’entraim r la iiiiemie dans le domaine de la fantaisie. Tous les hommes se ressemlilenl croyez-le bien, vos compatriotes comme les miens, et qui a connu un de vous, vous a tous connus.
JULIO
Vous êtes un peu sévère à notre égard, madame. (lis s’écartent à droite.)
LAURE
Je ne crois pas. L’amour n’est-il pas un sentiment spontané, qui surprend, qui envahit, et qui ne raisonne pas?
JULIO
On le dit.
LAURE
Alors, que! est de tous les hommes qui m’entourent celui qui pounail éveiller tout à coup, chez moi, ce sentiment
4f) LKS INDIFFÉRENTS.
spontané, irréfléchi, foutlroyanl? Peut-il y avoir surprise, élom cim ni. crainte ou atlmiralion, terreur ou enthousiasme? Mais nous n’avons dans le cœur les uns pour les autres rien de neuf et do mystérieux. Nous savons nu juste ce que nous sommes, ce que nous faisons, ee que nous voulons, où nous allons. Nous pourrions donner la mesure exacte de nos qualités et de nos défauts. Rien qui se laisse deviner, aucune pente vers la rêverie, aucune carrière où puisse s'exercer l’imagination, personne qui sache faire vibrer à nos oreilles charmées la corde magique de l’inconnu. (Olivier, qui a entendu les derniers mots, desrond en scène.)