ACTE DEUXIÈME
OLIVIEB.
Pourquoi donc?
LESPINOIS.
Vous le savez tout aussi bien que nous, cher ami.
Ot.IVIEB.
Non. .j’ai bien entendu dire quelques petites choses, mais...
LESPINOIS.
Justement, ce sont ces petitis choses-là qui ont fait à mademoiselle Simonet ce qu’on e^t conventi d’appeler une mauvaise réputation.
OI.IVIER.
Ahl vraiment I c’est à ce point-là?
LESPI.NOIS.
Hélas 1 ouil
SAINT-CI.AIR
Hélas ! oui !
OLIVIER
Mais ces mots : une mauvaise réputation, soi t peul-ôlre un peu vagues... Sur quoi les ba.se- t-on ?
SAINT-CLAIR
Vous ne le savez pas ?
OLIVIER
Très-imparfaitement. Je suis un nouvel arrivé parmi vous, messieurs, il faut excuser mon ignorance.
SAINT CLAIR
Eh bien, apprenez, mon cher, que nos parents, nos aini.s, nos connaissances n’ont pu s’empêcher de remarquer qu’on ne voyait jamais sortir mademoiselle Simonet qu’en compagnie de madame de Neuville, Jemme charmante, j’en conviens, mais un peu évaporée, un peu excentrique, trop disposée a braver l’opinion.
OLIVIER
Mais c’est le procès do madame de Neuville que vous faites là.
SAINT-CLAIR, se levant et gagnant la gauche.
J’explique comment sa société nuit à mademoiselle Simonet.
OLIVIER, se levant au.ssi et prenant le milieu de la scène.
Est-ce tout ce qu’on reproche à celle-ci?
LESPINOIS, prenant la droite.
On a surtout remarqué que ces dames vivaient dans une étroite intimité avec notre collègue Julio, qu’il les promenait
3i LES INDIFFÉRENTS.
le soir, qu’il les accompagnait au théâtre, au concert, au bal, et, comme on le sait trop fin pour [lerdre ses soins auprès de l’invulnérable madame de Neu\ille...
SAINT-CLAIR, te pencaaiil A t’oreillc d'Olivier.
On suppose tout naturellement qu’il soupire pour mademoiselle Simonel.
LESPINOIS, même jeu.
Et que ses soupirs ne sont pas perdus.
SAINT-CLAIR
Évidemment!
LESPINOIS.
Évidemment 1 11 est facile de reconnaître à l’altitude du Julio, à sa réserve depuis quelques jours, à ses airs mystérieux, qu’il n'est pas à plaindre.
OLIVIER
Ces confidences ne sont pas terminées, J’imagine?
SAINT-CLAIR
On a encore observé que la famille de mademoiselle Simonet paraissait blâmer sa conduite : ces messieurs n’ont pour elle aucune de ces attentions, de ces amabilités, qu’on est trop heureux, d’ordinaire, de prodiguer à sa fille et à sa sœur. Quanta madame Simonel, elle semble, par sa tristesse, par sa vie retirée, protester contre ce qui se passe.
OLIVIER
Ah! vraiment, elle proteste?
On le dit, cher ami, on le dit; mais je no suis qu’un écho.
LESPINOIS.
Qu’un écho ! nous ne nous serions pas donne la peine de faire nous-mêmes toutes ces remarques; on les a faites, nous les répétons. Enfin, mon cher, je terminerai par un trait caractéristique, qui vous appnnidra combien l'opinion publique est défavorable à celle dont nous nous occupons; on ne la désigne plus sous le nom de mademoiselle Simonet ; on dit, en parlant d’elle ; la petite Simonet.
OLIVIER, avec vivacité en passant à ilrOite.
Quoi! on ose ?...
SAINT-CLAIR
Qu’avez vous donc? on vous dirait ému?
LESPINOIS.
Vous étiez sur le point de vous emporter.