ACTE TROISIÈME
OLIVIER
Sacs doute, sous le nom de Julio Bénetli.
Comment, c'élail lui?
OLIVIER
Lui-même! il a iirofilé de ses relations avecivous, et... je vous ai dit le reste.
SIMONET
Mais c’est impossible.
OLIVIER
Je vous en donne ma parole !
SIMONET
Votre parole ?
OLIVIER
Ma parole.
SIMONET, se lève el fe promène avec agitation.
Eli bien, j’en apprends de belles 1 j’en apprends de belles! •
OLIVIER, se levant et rejoignant Simooot.
Si j’ai commis une indiscrétion, si je vous ai trop brusquement fait cette confidence, excuse7.-moi; mais vous m’avez dit tant de fois que rien ne pouvait vous émouvoir...
SIMONET
Oui, oui... mais cependant ..
OLIVIER
N’êtes-vous pas en garde contie la mauvaise fortune? N’avezvous pas une de ces âmes fortement trempées que rien ne peut abattre?
SIMONET, s'arrêtant.
Certainement! j’ai une âme fortement trempée; mais il est de ces coups...
OLIVIER
Qui ressemblent à des coups de foudre...
SIMONET
l’cut-ètre !
OLIVIER
Eh bien, ne répétez-vous pas sans ces.se que vous avez audessus de la tète, pour vous préserver de l’orage, un petit paratonnerre.
SLMONET, allant .\ droite.
Sans doute, sans doute, la foudie ne m’atteint pas. Mais la secousse...
OI.IVIER.
En effet, pour certains pères de famille, elle eût été terrible, mais pour vous...
SIMO.NET
Pour moi?... Ne suis-je pas un père de famille comme les autres? (It se promène a^ilé.)
ouviEn.
Ohl non, ne vous faites pas d'illusions à ce sujet. Si vous étiez un père de famille comme les autres, au lieu de vous promener dans ce salon, avec agitation, j’en convitms, vous auriez bondi au dehors et vous auriez couru vers celui qui a osé compromettre votre fille... (Simonet s'arrête.) Mais je comprends votre conduite, elle est toute naturelle ; en somme, vous ne pouvez pas vous émouvoir davantage pour des choses qui ne vous regardent... qu'indirectemenl.
SIMONET
Indirectement! comment indirectement?
OLIVIER
Sans doute, pour qu’i lies pussent vous toucher, il faudrait que vous eussiez pour .\ristide et mademoiselle Suzanne, une de ces tendresses que vous ne ressentez pas, (]ue vous ne pouvez pas ressentir.
•SIMONET
Pourquoi?
OLIVIER
Parce qu’il e.st impossible que vous les aimiez comme vous aimeriez vos propres enfants.
SIMONET
Mes propres enfants! Je ne comprends pas... Voyons, expliquez-vous, je ne comprends pas.
OLIVIER
Il est inutile, mon cher Simonet, de jouer au plus fin avec moi; est-ce que tout le monde ne m’a pas expliqué votre belle conduite?
SI.MONET, trèi-élonné.
Ma belle conduite! Je me suis bien conduit, moi !
OLIVIER
Admirablement bien... et puisque l’occasion s’en présente, permettez-moi de vous féliciter de tout mon cœur, (il lui prend la main et la secoue .vvec force.)
SIMONET, essayant de dégager sa main.
Permettez... permettez... de quoi me félicitez-vous?