ACTE PREMIEH
vient se perdre aux pieds. Armé de la sorte, on ne court aucun danger; s’il survient un de ces accidents, de ces malheurs, enfin de ces brusques événements qui tombent sur un homme comme la foudre et raballenl le plus souvent,, .vous concevez, la foudre éclate, glisse et se perd.
JULIO
C’est très -bien imaginé.
SIMONET
N’est-ce pas? Pour mon compte, je m’en suis toujours bien trouvé.
JULIO
Et votre autre conseil, quel est-il ?
SIMONET
N’avoir point do passions.
JULIO
N’avoir point de passions 1 mais je croyais qu’il ne dépen* dait pas...
SIMONET
Permettez I permettez !... quand je dis : N’ayez point de passions! je n’entends pas conseiller de se priver de tout et de vivre en cénobite ; au contraire, no vous refusez rien, mais n’abusez pas ; telle est ma devise. Vous aimez le bon vin, buvez-en, mais ne vous grisez jamais; vous aimez les chevaux, montez à cheval, mais ne saulez pas de barrières; ayez des amis, mais pas d’ami intime. KnHn, si votre cœur est tendre, donnez-lui des satisfactions douces et tempérées. Voila mon avis, est-ce le vôtre ?
JULIO
Entièrement.
A la bonne heure. (Lui serrant la main.) Vous méritiez d’ôtre mon compatriote.
JULIO
C’est trop d’honneur!
SIMONET
Mais, pour un Italien, je ne vous cacherai pas que par moments vous m’étonnez un peu... Je vous trouve toujours de mon avis, et cependant les gens de votre pays aiment la controverse, ils discutent volontiers.
JULIO
J’ai lai.ssé en Italie tous mes vices, je ne voyage qu’avec mes qualités.
SIMONET, riant.
C’est plus léger. (Les dames entrent par la droite.)
JULIO
Vous l’avez dit... mais voilà ces dames, (il se lève.)
SIMONET, se levant.
Sauvons-nous !
Non. Je resterai, si vous le permettez.
SIMONET
. Alors, pars seul, (il ga^me la porte de gaucho, mais Suianne, qui vient d'entrer, le retient ; Julio s'approche do madame Simonet.)