‹ Les indifférentsChapitre 76 sur 88 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

SI.MONET

Je serais heureux que vous me fissiez connaître les torts que j’ai pu avoir envers vous. (Il va cherclier une chaise et s’assied près d’elle.)

MADAME SIMOXET.

Quelle heure est-il ?

SIMONET

Deux heures! pourquoi celle question ?

MADAME SIMONET

Pour savoir si j’ai le temps de vous répondre. Vous concevez, cela peut être long.

SIMONET

Eh bien, rien ne nous presse; commencez.

MADAME SIMONET

Pourriez-vous me dire à, quoi servira cette nomenclature?

J’ai mon idée! j’ai mon idée !

MADAME SIMONET

Ah ! du moment que vous avez votre idée!... Eh bien, monsieur, puisque VOUS désirez absolument être édifié sur votre propre compte, je vous dirai que vous m’avez traitée, depuis que nous sommes mariés, en parfaite étrangère, vous n’avez eu pour moi aucune de ces attentions, de ces prévenances qu’on a d’ordinaire pour sa femme; vous avez vécu de votre côté en garçon, me laissant au logis, seule... à me morfondre. Enfin, vous avez été avec moi d’un sans-gêne qui passe toutes les bornes.

SIMONET, à pan.

C’est ce que je me disais.

MADAME SIMONET

Remarquez que je ne me plains pas, que je ne vous reproche rien.

SIMONET

Oui, oui, c’est convenu; mais, dites-moi, est-ce que je me suis toujours conduit de cette façon?

MADAME SIMONET

• Oh! toujours, avec une régularité exemplaire.

SIMONET

iMôme pendant les premières années de notre mariage?

MADAME SIMONET

C’est justement alors que j’ai eu le plus à me plaindre de

vous... depuis, j’ai dû me faire à voire caractère; mais autrefois...

SIMONET

Ah! autrefois!... (Se rapprorhant encore.) Parlons d’aulrefois.

MADAME SIMONET

Vous ne vous rappelez donc pas qu’à peine marié, vous m’avez quittée pour aller voyager en Italie.

SIMONET

Oui, je me le rappelle ; et qu’avez-vous fait pendant mon absence ?

MADAME SIMONET

Je me suis ennuyée ; dans ce lemps-là, j’avais la sottise de m’ennuyer, quand je ne vous voyais pas.

SIMONET

Cependant vous n’étiez pas privée de toute distraction?

MADAME SIMONET

Non, sans doute; mais il aurait mieux valu que mon mari fût près de moi.

SIMONET

Pourquoi cela?

MADAME SIMONET

D'abord parce que c’était son devoir, ensuite parce qu’une femme jeune, jolie... car j’ai été jolie, monsieur .Simonet.

SIMONET, h part.

C’est vrai, elle a été jolie I

Vous l'avez peut-être oublié?

SIMONET

Mais non, mais non!

MADAME SIMONET

Au fait, pcut-èlre ne l avez-vous jamais su Je disais donc qu’une femme jeune, jolie, isolée, comme je l’étais, est quelquefois exposée à certains dangers.

SIMONET, virement.

Ah! VOUS avez couru des dangers?

MADAME SIMONET

Évidemment, comme toutes les femmes què leurs maris né-' gligent et abandonnent. Il y a toujours, de par le monde, des gens tout prêts à vouloir proliler de ces circonstances-là.

SIMONET

Mais ils n’en proGtent pas.

ACTB TKO[S[ÈME.

MADAME SIMONET

C’est selon.

SIMO.NET

Comment, c’est selon ?

MADAME S1M0>'ET

Sans doute; cela dépend du plus ou moins de vertu de la femme. *

SIHO^ET.

Justement ! aussi, ai-je été toujours bien tranquille.

MADAME SIMONET

J'en suis persuadée, vous êtes toujours bien tranquille, vous! c’est beaucoup plus commode.

SIMONET

Il ne s’apt pas de savoir si c’est plus commode ; j’ai toujours été tranquille, patce que j’avais une confiance illimitée en vous, en votre vertu, (insistant) en voire vertu. N'avais-je pas raison?

MADAME SIMONET

En douteriez-vous ?

SIMONET

Nullement! nullement! mais vous me faites si coupable envers vous que... malgré moi, à mon insu, cela m’effraye un peu.

MADAME SIMONET

C’est bien le moins! pour vos péiliés, vous méritez bien au moins d’être effrayé.

SIMONET

Au moins!... et au plus, qu’est-ce que je mérite?

MADAME SIMONET, se levant et passant à droite.

Au plus, monsiourl... Alt! tenez, brisons là! cette conversation m’irrite malgré moi... vous me feriez sortir de mon caractère.

SIMONET, se levant.

Eh! madame, sortez-en; j’en suis bieij sorti, moi, depuis une heure.

MADAME SIMONET

Ah! vous voulez que j’en sorte? Eh bien, oui, j’en sortirai une fois... je vous dirai ce tpie j'ai sur le coeur depuis si longtemps. Ah! vous croyez qu’il suffit, pour devenir ce qu’on appelle un mari, de demander à sa famille une jeune iille, de la conduire à l’autel et de lui passer une bague au doigt I Vous pensez qu’on ne lui doit rien en échange de son cœur qu’elle

vous livre loul entier, de sa vie qu’elle vous consacre, de la fidélité qu’elle \ous jure? Si, monsieur!... on lui doit son amour d’abord, ei, lors<|i e les années viennent et que cet amour s’etlace, on lui doit encore d’aimer de toute son âme les enlanis qu’elle vous a donné»; de celte lagon, la femme sent toujours biitlie près de son cœur le cœur de son maril... Quant à vous, monsieur, qui avez tiouvc trop pesant et l’amour conjugal et l’aïnour paternel, et tpii vous en ôtes affranchi, je déclare que vous avez mal agi et que je ne vous devais ni ma tendresse, ni ma foi, du moment que vout ne me donniez rien en échange.

SIMONET

Mais, madame, cependant. .

MADAME SIMONET

Adieu, monsieur, j’en ai dil assez. (Ette gortà gaoctie.)

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