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une prière à genoux et tête nue ; il retournait ensuite dans la chapelle Saint-Sylvestre, où il faisait des cadeaux à tout le clergé. Il donnait aux cardinaux deux ducats d’or et deux gros d'argent; ceux-ci les recevaient dans leur barette, en baisant la main du pontife. Il donnait aux évêques un ducat et un gros, que les prélats recevaient dans leur mitre.
Les ecclésiastiques d’un rang moins élevé recevaient un cadeau égal à celui des évêques, mais c'était dans leur main qu’il était déposé; et ils baisaient les pieds de Sa Sainteté.
Après ces cérémonies, le Pape se retirait dans ses appartements, et, d'ordinaire, il y donnait un grand festin (1).
Il a donc bien existé une chaise dite « stercoraire »,
: sur laquelle s’asseyait le nouveau pape : le fait paraît hors de conteste. De l'interprétation du texte liturgique, il ressort que, lors des cérémonies de l’intronisation, on faisait asseoir le pontife sur une chaise sans fond, afin qu'il sût et qu'il se souvint que, quelle que fût la dignité à laquelle il était élevé, il n’était point un dieu, mais qu'il restait un homme, soumis à toutes les nécessités de la nature humaine ; pour ce motif, le siège sur lequel 1 s’asseyait était, très justement, appelé une chaise slercoraire.
(1) BRUNET, 0p. cit.
Mabillon, le célèbre bénédictin, rapporte qu'il vit, en 1686, dans le cloître de l'église de Latran, la fameuse chaise stercoraire, reléguée Ilà, avec d’autres vieux meubles. |
Le président de Brosses, visitant l'Italie, ne pouvait manquer de faire allusion à la chaise papale, et il rappelle l'opinion de Mabillon, qu'il partage sans réserves.
« On a dit, — écrit-il de Milan, — que l'usage où l'on était autrefois de faire asseoir le pape nouvellement élu, sur la chaise percée de porphyre, qui est au cloître de Saint-Jean-de-Latran, avait été introduit à dessein de s'assurer que l’on n’était pas-retombé dans l’inconvénient de choisir pour pape une femme. Mais ce ne peut en avoir été la cause, puisque, selon la remarque de Mabillon, cette cérémonie se pratiquait plus d’un siècle avant que Martin Polonus ne commencçäât à faire mention de la papesse.
« On y faisait asseoir le nouveau pape pour faire allusion à ces paroles du psaume ; De slercore erigens pauperem.
« On la prenait alors pour une vraie chaise slercoraire, quoiqu'elle ne soit qu'une chaise de bains, ouverte par devant pour la commodité de ceux qui se lavent, »
Lorsque de Brosses écrira de Rome même et parlera
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de Saint-Jean-de-Latran (lettre 49), il ne manquera pas de revenir sur ce sujet :
«… Et dans le cloître voisin, les chaises de porphyre, ouvertes par devant à l'usage du bain, sorte de bidets à l'antique, où l’on faisait ci-devant asseoir le pape élu, pour faire allusion au passage du psaume : De stercore erigens pauperem, et non pas pour aller indiscrètement manier sa sainte virilité. » ;
De toute la légende, il n’y aurait donc de véritable que l'existence de la chaise s{ercoraire, chaise assez analogue aux chaises balnéaires dont faisaient usage les anciens Romains. | |
On connaît deux de ces sièges, enlevés probablement aux thermes de Caracalla, où ils avaient servi aux baïigneurs, usage en vue duquel ils étaient perforés, en leur milieu, d’un orifice, par lequel s'égouttait l’eau.
Ces sièges avaient été placés en 1191 (postérieurement, par conséquent, à l'existénce supposée de la papesse Jeanne), à l’intronisation de Célestin III, devant l'entrée de la chapelle Saint-Sylvestre. Au xvr° siècle, ils ne servaient déjà plus à cet usage, et à la fin du xvru, ils furent relégués au musée du Vatican.
À la suite du traité de Valentino, les sièges balnéaires furent transportés au musée du Louvre, et, en 1815, un seul revint à Rome (x).
(1) Revue médicale de Normandie, 1903, p. 395.
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