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Pas moins de " mémoires avaient été envoyés, soit au
ministère, soit à l'Institut, pour prendre part au con- Cours, 79 seulement furent admis à concourir. Quatre avaient été exclus pour cette unique raison : l’article 3 du règlement portait que tous les mémoires devaient être écrits en latin ou en français: or, deux des mémoires envoyés étaient écrits en allemand, un en italien, et le troisième en anglais.
L'auteur du mémoire anglais, prévenu, envoya bien une traduction française de son travail, mais elle parvint trop tard à la commission.
Les deux mémoires enregistrés sous les n° 27 et 80 furent reconnus supérieurs à tous les autres. Ce sont ceux que la commission désigna- comme dignes de partager le prix. « Sans doute, disait le rapporteur, on n'y rencontrera ni grandes découvertes, ni recettes infaillibles, mais une idée plus juste et des descriptions plus complètes de la maladie ; une distinction plus précise de ses espèces, de ses variétés, de ses complications ; des moyens plus sûrs de la discerner, dès le moment de son invasion, des affections qui présentent les mêmes apparences ; des recherches plus étendues sur la nature de la lésion qu’elle produit, et sur les lésions analogues que
l'art peut produire à son. tour sur les animaux; enfin,
une juste appréciation des remèdes mis en usage contre elle jusqu’à ce jour, et une meilleure combinaison de ces remèdes. »
Nous avouons, après avoir pris connaissance du mémoire couronné, ne pas partager l'enthousiasme de Royer-Collard.
Et d’abord, rien à retenir de ce qui concerne l’étiologie ou la pathogénie de l'affection. L'auteur confond, cela n'est pas douteux, le croup avec la bénigne angine striduleuse, et avec la non moins bénigne angine catarrhale.
«Le croup, écrit-il, est le produit d’une suppression
accidentelle de la transpiration usuelle (!) »
La phrase suivante est plus significative : « En général, le croup et le catarrhe pulmonaire sont deux affections de nature semblable. et liées entre ‘elles par la plus grande analogie. Le croup commence et finit le plus souvent par les symptômes du catarrhe, »
À quel âge observe-t-on le croup ? Réponse : « C’est une maladie de l'enfance, mais qui survient rarement dans les premiers mois de la vie et qui disparaît à l’époque de la puberté. » On en a observé chez des adultes, mais c'est exceptionnel, À peine en a-t-on signalé un cas!
Les variations atmosphériques, le Ilymphatisme paraissent être des causes prédisposantes.
Le croup coexiste avec les fièvres infectieuses, telles que la rougeole, la variole, la scarlatine. On a remarqué qu'il accompagnait parfois la coqueluche. Tout cela est d’une observation superficielle, mais à peu près exact, quant au fond. L'allégation suivante est plus hasardée :
« Le croup est épidémique, mais n'est jamais contagieux ; et cette vérité déjà reconnue par un grand nombre d’auteurs est appuyée sur des preuves qui paraissent devoir entraîner la conviction. »
La mortalité est peu importante : trois enfants ont succombé sur 28 : gr personnes, dans le pays où a observé l’auteur, ont péri -en tout, dans l’espace de dixhuit ans. |
L'auteur entre ensuite dans les détails les plus circonstanciés, sur la composition chimique de la fausse membrane qui, à son dire, serait constituée par de l’albumine, de la gélatine et de la fibrine. Toutefois, la commission critique les procédés analytiques mis en usage, et estime que la constitution chimique de la mucosité diphtérique reste à établir.
La thérapeutique ne le cède en rien à l’étiologie et 4 la pathologie.
Quand on est en présence d’un cas de croup, sans hésitation il faut. piquer la veine! La saignée sera très opportunément suivie d'un ou plusieurs vomitifs. Si cela ne suffit pas — pour achever le patient, sans doute — on lui appliquera un vésicatoire et des sinapismes. On choisira de préférence, pour cette application, la poitrine, les parties postérieures et latérales du cou, les extrémités inférieures et supérieures.
Les bains tièdes devront également être conseillés, de même que les fumigations.
Les antispasmodiques ne seront pas non plus hors de propos.
Quant à la frachéotomie (le mot y est), ce serait plus
qu'un crime, une sottise : si ce ne sônt pas les termes, c'est le sens du passage où il en est question.
‘. Quatre-vingts observations, pas moins, corroborent l'opinion de l’auteur. Quatre-vingts observations, autant de tableaux vivants, prononce gravement le rapporteur, pénétré d'admiration.
Le second mémoire couronné (n° 80) ne diffère guère, dans son ensemble, du premier.
Il commence également par la saignée, pour finir par les émétiques. Il distingue — ceci est une nouveauté — le croup sthénique du croup asthénique (!)
Les médicaments préconisés contre l'affection sont aussi nombreux que variés. Les minéraux alternent avec les végétaux : le kermès, le soufre doré d'antimoine, le calomel, etc., précédés ou suivis d’infusions au polygala senega. |
Nous devons une mention particulière au mémoire qui porte le numéro 45. L'auteur, nous vous le donnerions en mille, s’est plus spécialement attaché à examiner l'influence du croup... sur les organes des sens et les fonclions intellectuelles. Le goût et l’odorat lui ont paru prendre dans cette maladie une plus grande susceptibilité : la vue et l’ouïe, une plus grande finesse,
Les facultés intellectuelles et morales ont aussi participé à cette sorte d’exaltation. La perception devient plus prompte, l'attention plussoutenue, le jugement plus sûr, la volonté plus ferme et plus décidée.
Après celui-là, il ne reste qu'à tirer l'échelle.
Au cas où vous Liendriez à connaître les noms des lauréats, nous vous les livrons sans plus tarder, Ce sont, du reste, d'illustres inconnus, qui, comme les peuples et les gens heureux, n’ont pas eu d'histoire.
Le prix fut partagé entre M. Jurine (de Genève), ex-chirurgien en chef de l'hôpital général de cette ville, chirurgien consultant et correspondant de l'Institut impérial, et M, Jean-Abraham Albert, de Bremen, membre de l’Académie Joséphine, de Vienne, etc. |
Les docteurs Caillaux, médecin à Bordeaux, Double, médecin à Paris, et Vieussenx, médecin à Genève et membre de la société royale d'Édimbourg, furent mentionnés honorablement.
Un candidat malheureux avait proposé un spécifique qu'il disait infaillible contre le croup : ce n’était rien autre chose que du foie de soufre ‘alcalin, autrement dit du sulfure de potasse, récemment préparé et délayé dans du miel. « Tous les autres remèdes préconisés, affirmaitil, ne sont que des palliatifs. »
La commission, tout en ne donnant pas son approbation, invitait cet honorable confrère à envoyer un mémoire détaillé de ses observations, en même temps qu'elle promettait d'engager tous les médecins à expérimenter le produit qu’on voulait bien lui soumettre.
Nous ignorons si, dans cette fin de non-recevoir, le candidat évincé vit une raillerie. Toujours est-il qu'il
lança contre les commissaires un pamphlet des plus acérés où, entre autres traits, il glissait cette insinuation perfide :
« Vous prétendez que les auteurs des mémoires couronnés ont trouvé réellement le moyen de guérir le croup. Que n’en donnez-vous la preuve?
« Le fils du valet de chambre (1) de S. M. l'Empereur et Roi vient de mourir de la diphtérie : comment les médecins attachés à la cour et qui ont signé le rapport de la commission des prix, ne l'ont-ils pas tiré d'affaire? »
La vengeance était anodine, mais le trait avait son venin.
(1) Le valet en question, Constant, conte, dans ses Mémoires {(t. IV, p. 308-309), qu’il reçut la triste nouvelle au moment de descendre à la toilette. Il était trop accablé ce jour-là pour accomplir les devoirs de sa charge. Quand l'Empereur, étonné de ne pas le voir, connut la raison de son absence, il s’écria avec bonté : « Ce pauvre Constant! Quelle horrible douleur! nous
autres pères, nous savons ce que c’est! »