‹ Les indiscrétions de l'histoire (volume 2)Chapitre 46 sur 59 · LEP AO, PRE CN · texte numérisé non relu

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. décréter le singulier arrêt suivant : « Toute femme de tout âge, de tout rang, de toute profession ou condition, vierge, fille ou veuve, qui, à dater du dit acte, trompera, f séduira où entraînera au mariage quelqu'un des sujets de Sa Majesté à l’aide de parfums, faux cheveux, crépon d'Espagne (sorte d'étoffe de laine, imprégnée de carmin, ençore employée aujourd’hui comme rouge sous les noms de fard en crépon) et autres cosméliques, busc d'acier, à paniers, souliers à talons et fausses hanches, encourra les peines établies par la loi actuellemeut en vigueur contre la sorcellerie et autres manœuvres; et le mariage sera déclaré nul et de nul effet (1). »

En France, une pareille loi aurait fait sourire; on n'aurait eu que dédain pour une telle impertinence. Et ‘ pourtant il eût été souhaitable qu'au nom de la santé menacée le pouvoir prît quelques mesures contre l’usage abusif (2) que faisaient les coquettes des fards et des cosmétiques.

(1) Presse. Des odeurs, des parfums el.des cosmétiques, 1865.

(2) On ne songerait pas à aller chercher les renseignements qui vont suivre dans l’Histoire d’un voyage littéraire fait en M.DCC.XXXIII, en France, en Angleterre et en Hollande (La * Haye, Adr. Mœntjens, 1736, in-12). C’est le hasard qui nous les y ne a fait découvrir et nous allons vous faire profiter de notre trou- 5 vaille : | ra | « Je passai, écrit l’auteur, une partie de l’après-diner aux Thuilà leries, occupé à réfléchir sur les différents objets qui se présen- | tèrent à mes yeux. Deux objets y frappent tout œil étranger ; l'un, c’est l'énorme grandéur des paniers; l’autre, le rouge, appliqué ayec trop de prodigalité sur les joues des dames... Pour ce qui regarde le rouge du visage, je puis assurer qu'il ÿ en a

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Le rouge est plus que jamais à la mode sous le règne de Louis XVI. C’est à qui en mettra : depuis la Dauphine (1) jusqu’à la petite bourgeoise, joutes les femmes s’en badigéonnent,

Un simple détail donnera l’idée de ce qui s’en consommait à la fin de l’avant-dernier siècle : une compagnie offrait, en juin 1780, cinq millions comptant pour obtenir le privilège de vente d'un rouge qu'elle disait supé-

tant de profusion, qu’on a de la peine à distinguer les traits, Il n’en est aucune à laquelle on ne puisse appliquer ces vers :

Par le soin que Lise prend

Et du plâtre et des pommades, Les visites qu’elle rend

Sont autant de mascarades.

Pour elle, soit bien, soit mal, llest toujours carnaval.

Au logis et dans la rue, :

. Nous la voyons chaque jour

Et jamais ne l’avons vue.

(1) I y avait de la brutalité du sabotier dans Greuze, dit Mariette. Le dauphin lui demandant, après qu’il eut terminé son portrait, de faire le portrait de la dauphine, Greuse répliqua, devant la dauphine présente, qu’il le priait de l'en dispenser, parce qu'il ne savait pas peindre de pareilles têtes, faisant allusion au rouge dont elle était couverte.

Greuze avait une espèce d’horreur pour les vieilles femmes, et une coquette de Son voisinage lui faisait tomber la palette des mains, en se montrant à sa fenêtre avec ses minauderies et son visage fardé. (pe GoncouRT, L’Aré du xvm siècle, 2° série.)

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rieur de qualité À tous ceux qui avaient paru jusqu'à ce jour sur le marché. Et cette vogue sans précédent engageait le chevalier d’Elbée, qui évaluait à plus de deux

millions de pots la vente annuelle du rouge, à proposer un impôt de vingt-cinq sols sur chaque, pot, dont le pro-

duit servirait à donner une pension aux femmes et veuves

d'officiers dans le dénûment. Il est dommage, en vérité,

que cet intéressant projet n'ait pas abouti.

Ceux qui auraient pu endiguer ce funeste courant étaient ceux-là mêmes qui se plaisaient à l'encourager.

L'empereur Joseph IT, étant venu voir à Versailles sa sœur Marie-Antoinette, fut stupéfait de la profusion de rouge qu'elle s’appliquait et ne pouvait, au dire de Mme Campan, s’habituer à cette exagération. Un jour que sa sœur, faisant sa toilette devant lui, prodiguait le fard, il lui censeilla ironiquement d’en ajouter encore un peu sous les yeux et, désignant une dame du palais outrageusement maquillée, l'empereur de s'écrier : « En furie (r), comme Madame ! ».

On ne s’étonnera pas qu'à une époque où la reine avait

(1) Nous retrouvons cette expression dans le passage suivant, rapporté dans le si curieux ouvrage de M. G. Capon, Les Peliles maisons galantes de Paris au xvin® siècle, p. 141 :

Mve d’Hautefoy, se disant chanoinesse de Cologne et qui fut aussi dame d'honneur à la cour de Lorraine. Agée de 35 ans environ, elle n’était rien moins que jolie, assez bien faite, fort brune, mettant du rouge depuis le dessous du menton jusque dans les yeux; remplie de rnouches, le tout rehaussé de blanc et de bleu, enfin une tête enluminée qui ressemble proprement à une furie ou à une folle. Elle est toujours coiffée en cheveux et en pompons. »

son « ina des modes », elle eût aussi sa marchande de rouge.

C'était une dame Josse, qui était réputée pour avoir le meilleur rouge végétal, « aussi beau et aussi agréable que les couleurs naturelles », mais elle était éclipsée par M'° Martin, qui, seule, avait la confiance de la Reine.

M'° Martin ne consentait à servir que les têtes couronnées et quelques grandes dames privilégiées. Elle livrait son produit dans de ravissants petits pots, qui sortaient de la manufacture de Sèvres.

M'° Martin demeurait dans le quartier du Temple, où la baronne d’Oberkirch (1) lui rendait visite, en 1586.

M'° Martin, écrit la noble dame, avait le haut du pavé pour le rouge; brevetée de la reine et de toutes les royautés féminines de l'Europe, c'était une vraie puissance. Son rouge a, du reste, une supériorité incontestable sur tous les autres ; on le paye en conséquence. Le moindre pot coûte un louis, et pour en avoir un qui

sorte de l'ordinaire, il faut y mettre soixante à quatre-

vingts livres. Elle a la permission d'en faire faire à Sèvres exprès pour elle. Ceux-là elle les envoie aux Reines ; à peine une duchesse en oblient-elle un par hasard. Nous nous amusâmes fort de son importance (2). »

(1) Mémoires de la baronne d'Oberkirch.

(2) Cette demoiselle Martin, à en croire la chronique indiscrète de l’époque, aurait été de mœurs peu farouches :

Janvier 1766. — « La demoiselle Martin, marchande de rouge pour les dames, a écrit une lettre des plus honnêtes à la Brissault qui renferme deux de ses adresses pour lui annoncer son rouge. Cette femme me l’a fait voir et l’a conservée en me disant qu’elle

| Quelques années encore et la reine, faisant fi de tous ces artifices, reviendra au culte de la nature prêché par le philosophe : habillée en laitière, elle passera la plus grande partie de son temps dans les bergeries de Trianon, se divertissant aux distractions champêtres, plus qu'aux spectacles des petits cabinets.

C'était se raviser trop tard : la monarchie descendait au gouffre qu'elle s'était elle-même creusé.

La Révolution approchait, qui n'allait plus laisser aux coquettes les loisirs de s’attifer (x).

Sous le Directoire, on revient aux modes antiques, et l'on cherche à imiter, en tout ce qui concerne l’art de plaire, les Grecs et les Romains.

Les belles « impures » font assaut de coquetterie.

croyoit que c’étoit un moyen dont se servoit la demoiselle Martin pour faire sa connoissance à l’éffet de lui procurer quelques galanteries, d’autant qu’elle avoit entendu dire qu’elle étoit jeune et passable ; elle doit aller la voir pour savoir à quoi s’en tenir.» IMBERT, Chronique scandaleuse, 1791,t. V, p. 99, cité par G. CAPoN, ; Les maisons closes au xvi° siècle.

À (1) Un almanach du temps (1791), les £{rennes mignonnes, ca curieuses et utiles, nous apprend cependant que l’éditeur, domicilié rue des. Bernardins, vend, au prix de 1 livre 10 sols et de 3 livres, une pommade cosmétique, dont les principales propriétés sont de blanchir la peau, de lui donner la fraicheur de l’adolescence et d'empêcher les rides. | Ne croirait-on pas lire une de ces réclames qui encombrent la quatrième page de nos journaux de modes ?

M*° Tallien plonge son beau corps dans du lait rougi de fraises et de framboises.

M Récamier (1) dédaigne les ingrédients dont elle peut s'affranchir, sans dommage pour sa beauté.

De l’illustre amie de Chateaubriand à Napoléon, il n'y a que la distance qui sépare la femme conquérant les cœurs de l’homme qui a conquis le monde. |

L'empereur n'avait qu’une sympathie modérée pour les parfums ; mais, par contre, la première impératrice en raffolait.

N'oublions pas que Joséphine était créole ; en outre, plus âgée que son mari, elle s’ingéniait à retenir, par mille artifices, l'affection d’un homme exposé à toutes les séductions et qu’elle savait prompt à y succomber.

Joséphine avait commencé jeune à se farder, si nous en croyons cette épigramme de Lebrun :

.. Eglé n’a que deux petits travers :

Elle fait-son visage et ne fait pas ses vers (2)

(1) Un matin, un provincial qui avait affaire chez M. Récamler, se présente à son hôtel. Il entre dans l’antichambre, personne ; il frappe à deux ou trois portes, pas de réponse. Enfin il se décide à en ouvrir une, il est dans un salon vide, il continue son chemin. Bref, de porte en porte, il arrive à une dernière, derrière laquelle il lui a semblé entendre quelque bruit; il la pousse, et se trouve en présence de l’admirable corps de Mme Récamier, qui, comme Aphrodite, debout, s’épongeait dans une vasque de marbre antique. Notre provincial s’arrête éperdu; la baigneuse, qui croit que c’est sa femme de chambre qui rentre, continue ses ablutions ; enfin, elle lève les yeux, elle crie, elle s’accroupit, alors notre homme hébété tend la tête et dit : « N'est-ce pas à M. Récamier que j’ai l'honneur de parler 2... » s

(2) Les Almanachs de la Révolution, par WELSCHINGER.

Non contente d’aviver les pommettes de rouge, Joséphine en couvrait presque ses joues : en une seule année (1808), elle prend du rouge chez Martin pour 2,749 fr. 58 ; chez M” Chaumeton pour 598 fr. 52, et il s'en trouve encore dans les mémoires des autres parfumeurs, Gervais- Chardin et la veuve Fargeon et fils. Elle y avait si bien habitué l'œil de Napoléon, qu'il exigea que toutes les femmes qui paraîtraient devant lui en missent.

« Allez mettre du rouge, madame, dit-il à l’une d'elles, vous avez l'air d’un cadavre » ; et à une autre : «Qu'est-ce que vous avez à être si. pâle, relevez-vous de couches (1)? »

À l'avènement de Marie-Louise, ce fut une transformation complète : la jeune archiduchesse, dont la fraîche carnation faisait le ravissement de son impérial époux, n'avait pas besoin dé recourir aux cosmétiques ; à son imitation, les dames de là Cour finirent par ÿ renoncer.

Sous la Restauration ‘(2), la parfumerie française invente de nouvelles recettes ; mais c’est l’eau de Cologne du célèbre Jean-Marie Farina qui fait fureur, et Île

(1) Frédéric Masson, L’Impératrice Joséphine.

(2) L’Almanach des 25,000 adresses des principaux habitants de Paris, pour l’année 1824, indique :

Martin, fils unique de Mwe F. Martin, connu pour le rouge de la cour, rue Grange-Batelière, 21.

C'était sans doute un descendant de Mie Martin, la fournisseuse attitrée de Marie-Antoinette, dont nous avons parlé plus

haut.

vinaigre, non moins fameux, de ce pauvre Bully, breveté en 1824, ruiné six ans plus tard, par la Révolution de Juillet, qui brisa sa boutique de la rue Saint-Honoré, et mort enfin à la Gazelle de France où, en sa qualité de victime de la Révolution de 1830, il avait trouvé asile, comme garçon de bureau (1).

Au second Empire revient la gloire, si gloire il y a, d’avoir remis le maquillage à la mode.

Les « lionnes », naturellement, ne furent pas les dernières à se farder et il nous revient en mémoire, à ce propos, deux vers, les derniers que composa Roger de Beauvoir, la veille de sa mort :

Quand donc finira-t-on ce bel hôtel d'albâtre ? La Païva, pourtant, ne manque pas de plâtre.

La Païva usait, en effet, du fard avec prodigalité. Une de ses pareilles, la Capiteuse Lola Montes, dont les

aventures avec le feu roi de Bavière, Louis IFont'.s1

longtemps défrayé la chronique, écrivit un véritable traité de la beauté (2), où elle révèle une foule de receltes, dont certaines mériteraient d’être essayées ; elles ont, au moins, cette qualité, capitale à nos yeux, de ne point nuire à la santé de qui les emploie. |

Voulez-vous apprendre de Lola le secret de la célèbre M"° Vestris, pour conserver à son teint une fraîcheur juvénile ? M"° Vestris ne se couchait jamais sans s'être

(1) J. LECOMTE, Le Perron de Tortoni.

(2) L’Art de la beauté chez la femme, par Lola Moxres. Paris, Tarido, 1879.

pat.

enduit le visage d'une sorte de pâte ainsi composée : « les blancs de quatre œufs brouillés dans l’eau de rose, 19 grammes d’alun, 15 grammes d'huile d'amandes douces ; battez le tout ensemble, jusqu'à ce que la mixture ait acquis la consistance d’une pâte. Étendre sur un masque de soie ou de mousseline. »

Cette composition non seulement retarderait l'apparition des rides, mais encore donnerait de la fermeté à la peau du visage, quand elle a de la tendance à s’affaisser et à devenir flasque.

On ne court aucun risque de suivre à la lettre une prescription aussi inoffensive. IL en va tout autrement avec les fards blancs ou rouges communément en usage.

Les fards blancs doivent toutes les propriétés qui les font rechercher à des substances appartenant au règne minéral, quoique la plupart des prospectus annoncent le contraire.

Ces fards blancs peuvent être divisés en plusieurs catégories :

1° Les fards blancs non dangereux, qui n'ont d'autre inconvénient que celui que présentent les substances qui s'opposent à la perspiration cutanée : ce sont les blancs de talc (1) et de craie ; mais ils tiennent mal sur la peau, couvrent peu et produisent peu d'illusion.

(1) Ce blanc qui porte divers noms, {alc de Venise, craie de Briançon, poudre de savon, est un composé minéral, formé de silice, d’alumine, de magnésie et d’oxyde de fer ; il ne contient rien de nuisible à la santé ; il doit donc obtenir la préférence sur les préparations de plomb, de bismuth ; mais on lui reproche de donner du brillant à la peau. Cependant il sert de base au

… fard rouge. (RImMEL, Le livre des parfums.)

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286 ; LES INDISCRÉTIONS DE L'HISTOIRE | t

° Les blancs de zinc (1); préparés avec l'oxyde, le carbonate, où l’oxalate de zinc. Ils ne produisent aucun accident, ne noircissent pas au contact des émanations sulfhydriques ; ils couvrent moins bien que les blancs de plomb; mais, associés avec certaines substances qui leur donnent du liant et de l’onctuosité, ils peuvent être employés avec succès. Ce sont, de l'avis des chimistes (2), les seuls fards blancs, avec les précédents, dont la vente

puisse être autorisée.

3° Les blancs de bismuth, préparés, soit avec l'oxyde de bismuth, le sous-nitrate ou tout autre sel de bismuth insoluble, ne seraient pas vénéneux (3); ils couvrent bien et adhèrent parfaitement à la peau, mais ils noircissent au contact des émanations sulfhydriques.

4° Les blancs de plomb, connus sous les noms de blanc de théâtre, blanc d'albätre, etc., sont, sans contredit, la plus détestable des préparations ; c'est à eux qu'il faut attribuer les accidents qu'on a si souvent eu à déplorer.

(1) Ce fard a été encore désigné sous le nom de blanc de fleur de zinc, et aussi sous le nom de blanc de Thénard.

(2) RÉVEIL ; Des cosméliques.

(3) Ce fard, qui est encore désigné sous le nom de blanc de perles, est, dit-on, incapable de nuire : cette opinion est erronce. Ce fard, qui est très altérable, n’a pas, il est vrai, tous les inconvépients du plomb ; mais il dessèche, il ride la peau et donne lieu à des gerçures. Cest un produit à rejeter de la toilette des dames,

IL est trois classes de la société qui font principalement usage de cosmétiques au carbonate de plomb et de chaux: ce sont les artistes, les femmes du monde et les courti-

sanes. S

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Pour les artistes, l'usage du blanc de fard est une exigence de leur profession (r) ; aussi perdent-ils, en général, de bonne heure leur fraîcheur et leur santé, quelquefois même la vie, ou ce qui est pire encore, ils ne vivent qu'accablés de graves infirmités.

On peut calculer que les sept dixièmes au moins des

comédiens vieillissent avant le temps et meurent, jeunes

encore, dans une sorte de décrépitude anticipée. Ils succombent généralement à des lésions orga-

niques.

Les femmes dont l'existence n'a d'autre objet que de chercher à plaire, payent aussi un cruel tribut à l'abus

(1) La Clairon protestait cependant contre les. abus du maquil- lage au théâtre :

« Cet état emprunté dont personne n’est la dupe, écrivait-elle | sensément, et contre lequel tous les gens de goût murmurent, x grossit et jaunit les traits, éteint et cercle les ycux, absorbe la Lite \ physionomie, fait disparaître la précieuse mobilité des muscles, ren

… et met continuellement ce qu’on entend en contradiction avec ce

qu’on voit. Les mouvements dé l'âme doivent se lire sur la physionomie : des muscles quise tendent, des veines qui se gonflent, une peau qui rougit, prouvent une émotion intérieure, sans

Jaquelle il n’est jamais de grand talent, » L'Hygiène de la. Beauté, par le D' Morin. |

qu'elles font du fard ; ses effets sè traduisent aussi chez elles par des névroses variées, qui révèlent une profonde atteinte de la santé et des principes mêmes de la vie, qu'elles finissent presque toujours par perdre de bonne heure.

Quand aux femmes du monde, qui n'ont recours au fard que dans des circonstances beaucoup plus rares, elles n'en éprouvent le plus habituellement que des malaises passagers, au lieu de ces lésions irrémédiables qui sont le triste apanage des deux autres classes de femmes dont nous venons de parler (1).

Les fards rouges sont préparés avec les malières-colorantes végétales ou animales et le talc; onles désigne par les noms de rouge en poudre, de rouge en pommade, de rouge en crépons, de rouge en crépons de Strasbourg, de crépon de la Chine, de crépon de carmin, de carthame, de rouge du Brésil pour le théâtre.

On connaît encore le rouge de carmin ordinaire ou rouge de théâtre fin, le rouge Jin de carmin en pommade, le rouge fin de Germanie, le rouge en fin de Chine, de Hollande, etc.

Les matières colorantes qui entrent dans la composition de ces rouges sont : le cinabre, le carmin, la carthamine, la matière colorante du bois du Brésil, etc., soit seuls, soit mélangés à d’autres substances, selon les nuances que l'on veut obtenir.

Tous ces rouges ne présentént pas de dangers sérieux pour la santé; il n'en est pas de même du rouge de

(1) Cf. Annales d'Hygiène, t. LXIHI.

cinabre ou de vermillon, dit rouge commun pour le théâtre, rouge qui est du talc coloré par le sulfure de mercure.

L'oxyde de plomb ou minium, connu de toute antiquité, est trop grossier; on l’abandonne aux clowns et aux artistes de bas étage.

Le cinabre ou sulfure de mercure donne d’excellents résultats au point de vue de la coloration et de détestables au point de vue de la santé du sujet, car il détermine l'absorption du mercure dans l’organisme.

À défaut du cinabre (sulfure de mercure), il existe, dans la série aromatique, une matière spéciale, «l’éosine » (ce nom en rappelle la belle teinte aurore), dont les combinaisons avec la potasse ou la baryte constituent d’excellents fards rouges sous les feux électriques.

Sous le nom peu harmonieux de schnouda, une nouvelle espèce de fard est récemment entrée dans le commerce de la parfumerie. ;

Au point de vue chimique, ce fard présente un grand intérêt et montre comment la science trouve ses applications dans les arts.

Le principe colorant du schnouda est connu des chimistes sous le nom d'alloxane ; il a été découvert par Liebig.

L'alloxane est blanche et soluble dans l’eau; en l’amalgamant avec un corps gras, par les procédés suivis pour fabriquer le cold-cream, on en fait une crème blanche.

Lorsqu'on l'étend sur les joues, sur les lèvres ou sur toute autre partie du corps, l’alloxane, exposée à l'air, passe peu à peu, sous l’influence de l'atmosphère, au rose

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foncé. Employé avec habileté, ce fard produit l'illusion la plus complète (1).

La consommation des fards blancs et rouges est assez

restreinte en France, mais l'exportation de ces produits est considérable ; les expéditions pour la Turquie, etsurtout la Moldavie et la Valachie, dépassent annuellement deux cent mille grosses de pots. Ces pots renferment chacun, il est vrai, très peu de matière,

Outre les blancs et les rouges, l'industrie fabrique des fards bleus.

Le bleu pour imiter les veines ou lazulile se fait avec de la craie de Briançon (talc), réduite en poussière impalpable, passée à travers un tamis de soie, teintée dans la proportion voulue avec du bleu de Prusse, et enfin transformée en une pâte, par l'addition d’un peu d'eau légèrement gommée.

Quand cette pâte est sèche, on la met en pots de la même manière que le rouge.

Après avoir adouci le teint avec du blanc, on indique les veines avec une estompe trempée dans le bleu, dont nous venons d'indiquer la composition. Ces estompes sont faites en peau de chevreau ; l’intérieur de la peau forme l'extérieur de l’estompe. Lorsqu'il est employé avec art, ce bleu produit un effet agrCable et quasi naturel.

(1) Presse, Des odeurs, des parfums el des cosméliques,

- On emploie encore le fard nou ou fard indien (x à base de noir de fumée, et qui sert surtout au maquillage des yeux.

(1} On pourrait l'appeler aussi bien fard chinois. Le noir est la couleur favorite des Chinoises, Elles emploient beaucoup de fards à base de plomb ou de mercure; les composés plombiques servent surtout à noircir les cheveux : le plus réputé est la cadmie des fourneaux où l’on fond le plomb et l’argent.

Il est recommandé d'accélérer l’action de tous ces cosmétiques par des potions dont les feuilles de thym forment souvent la base.

Comme on le voit, le noir est la seule couleur recherchée : les fabricants d’eau oxygénée et autres produits similaires, comme le dit ironiquement le D' Jules Regnault (Médecine et pharmacie chez les Chinois et les Annamites), ne feraient pas fortune en Chine. PA

Les Chinois n'emploient pas de savon : un alcali naturel, nommé een, qui se trouve en abondance aux environs de Pékin, leur sert pour laver le linge. Quant à leur toilette, nous sommes forcé de convenir qu’ils ne considèrent pas les ablutions comme en formant la base principale.

En revanche, les femmes se servent d’une foule de cosmétiques. Les élégantes emploient, comme les anciennes Romaines, pour conserver leur teint, une espèce de masque composé de farine de riz et d’huile.de thé. qu’elles gardent toute la nuit et enlèvent le matin, Elles se frottent alors la peau d’une poudre blanche nommée meentun, et se colorent les joues, les lèvres les narines et le bout de la langue, avec du carmin étendu sur de petites cartes, dont la surface, d’un vert métallique, se change en rose vif, en la mouillant du doigt. Quelques-unes font une espèce de cold cream de la pulpe d’un fruit nommé lung-ju-en (RIMMEL). int

L'usage du fard est si accrédité en Chine, qu’on y accoutume même les enfants de trois ou quatre ans. Le blanc, en particuher, est Si éblouissant, qu’on peut distinguer de cent pas la figure qui en est couverte. (V. le Voyage de l’ambassade de la Compagnie des Indes orientales hollandaises vers l’empereur de

Le fard noir fit tellement fureur jadis, à la cour de Pierre le Grand, que les dames russes s’épilaient complètement les sourcils, pour substituer à leur arc naturel une épaisse couche de plombagine (1). Aujourd'hui on se sert, dans le même but, de crayons pour les yeux, plus faciles à manier et surtout plus propres.

Un nouveau fard, qui pourrait bien amener quelque perturbation dans l’'épiderme des coquettes, est un fard dit lumineux, qui donne à la peau un aspect étrange pendant le jour et phosphorescent pendant la nuit. Il se compose de 100 parties de pierre ponce en poudre fine, 100 parties de sulfure de zinc phosphorescent, 25 parties de carbonate de lithine et 2 parties de carmin (2).

Au résumé, les fards minéraux présentent tous des inconvénients plus ou moins graves, dont le plus à redou-

ter est l’intoxication plombique (salurnisme) où mercu-

rielle (kydrargyrisme), avec toutes leurs conséquences.

la Chine, en 1794-et 1795, tiré du journal d'André Everard van Bruam-Houcicgeest, chef de la direction de cetle Compagnie et second dans l'ambassade, publié par MOREAU DE SAINT-MÉRY; Paris, an.V (1797), t. IL, p. 105. |

Si l’usage des parfums est assez limité au Japon, il n’en est pas de même de celui des cosmétiques, dont les femmes font un abus effrayant. Elles s’enduisent le visage de céruse et se colorent les joues et les lèvres avec les fleurs du carthame. Elles forcent parfois tellement la dose, qu’elles se donnent une teinte violette. Ces fards, avec les pinceaux pour les appliquer, les peignes, etc., sont renfermés dans une petite boîte recouverte d’un coussinet qui leur sert d'oreiller (Rimuer, Le livre des Par- Jums).

(1) Dr MonNIN, Op. cit.

(2) H. Fournier, Hygiène générale de la peau et du cuir chevelu.

En dépit du plaidoyer, plus ardent que convaincu, de Baudelaire, plaidoyer qui ressemble fort à une gageure de mystification ou à un paradoxe (r), nous sommes de l'avis, plein de sens, du Bonhomme :

Les fards ne peuvent faire

Que l’on échappe au tems, cet insigne larron, Les ruines d’une maison

Se peuvent réparer ; que n’est cet’avantage Pour les ruines du visage !...

(1) Baudelaire, dans un article peu connu, croyons-nous, a fait, en ces termes, l'éloge du maquillage :

« La femme est bien dans son droit, et même elle accomplit une espèce de devoir en s’appliquant à paraître magique et surnaturelle ; il faut qu’elle étonne, qu’elle charme; idole, elle doit se dorer pour être adorée. Elle doit donc emprunter à tous les arts les moyens de s'élevér au-dessus de la nature, pour mieux sSubjuguer les cœurs et frapper les esprits.

«Il importe fort peu que la ruse et l’artifice soient connus de tous, si le succès en est certain et l’effet toujours irrésistible. C’est dans ces considérations que l'artiste philosophe trouvera facilement Ja légitimation de toutes les pratiques employées dans tous les temps par les femmes pour consolider et diviniser, pour ainsi dire, leur fragile beauté.

« L’énumération en serait innombrable: mais, pour nous restreindre à ce que notre temps appelle vulgairement maquillage, qui ne voit que l’usage de la poudre de riz, si niaisement anathématisé par les philosophes candides, a pour but et pour résultat de faire disparaître du teint toutes les taches que la nature y a outrageusement semées, et de créer une unité abstraite dans le grain et la couleur de la peau, laquelle unité, comme celle produite par le maillot, rapproche immédiatement l’être humain de la statue, c’est-à-dire d’un être divin et supérieur.

« Quant au noir artificiel qui cerne l’œil et au rouge qui marque la partie supérieure de la joue, bien que l’usage en soit tiré du même principe, du besoin de surpasser la nature, le résultat est

fait pour satisfaire à un besoin tout opposé. Le rouge et le noir représentent la vie, une vie surnaturelle et excessive; le cadre noir rend le regard plus profond et plus singulier, donne àl'œŒil une apparence plus décidée de fenêtre ouverte sur l'infini; le

rouge, qui enflamme la pommette, augmente encore la clarté de

la prunelle, et ajoute à un beau visage féminin la passion mystérieuse de la prêtresse.

« Ainsi, si je suis bien compris, la peinture du visage ne doit pas être employée dans le but vulgaire, inavouable, d’imiter la belle nature et de rivaliser avec la jeunesse. On a d’ailleurs observé que lartifice n’embellissait pas la laideur, et ne pouvait servir que la beauté. Qui oserait assigner à l’art la fonction stérile d’imiter la pure nature? Le maquillage n’a pas à se cacher, à éviter de se laisser deviner; il peut, au contraire, s’étaler. sinon avec affectation, au moins avec une espèce de candeur. » Le Figaro, 9 décembre 1863.

Les TEINTURES

Fa ra marquise are Brégis, une des subies dames qui faisaient figure au temps de Louis XHL, était justement | réputée pour ka pointe acérée de son esprit.

Elle était à la cour, quand la reine Christine de Suède : eut la Minis de venir ÿ faire parade de ses excentrici-

J Bien. qu’ 'ayant les cheveux blancs, la marquise avait

encore grand air. La reine s ‘étant avancée vers elle, eut

l'indiscrétion de lui demander son âge :

Pers Madame, répliqua la bonne langue, Votre Majesté ne permettra de lui dire qu'en France on a l'âge qu'on “w avoir. Sa sait Fabien le mai a fait ere

4 r'eCOUrS à des A pour atteindre ce résultat, ibliant que. toute violence faite aux sages lois de la

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ou prou de matières toxiques ou tout au moins dangereuses ?

Nous parlions tout à l'heure de cheveux blancs ; est-il pourtant quelque chose de plus séduisant qu’une jolie tête poudrée à frimas? Nos aïeules du siècle galant le savaient bien, qui ornaient leur chef de perruques d’une blancheur de neige. Aujourd’hui les cheveux blancs sont mal portés et, comme l’a dit un de nos confrères : « le raffinement de la coquetterie et la stupidité de la mode ont introduit l'habitude de recourir à des poudres, capables de donner à la chevelure telle ou telle teinte susceptible de s’harmoniser avec certains détails de la physionomie. »

Si encore ‘de telles pratiques n’exposaient qu'au ridicule les personnes qui s’y livrent, le mal ne serait pas grand ; mais elles ont, le plus souvent, des inconvénients plus graves.

Nous entendons qu'on réplique : la coquetterie est de tous les temps (1), et rien ne montre mieux que la destinée de la femme est de plaire, füt-ce au prix de quelques souffrances. ‘

Mais jadis, on employait des produits naturels ou du moins qui n'avaient subi qu'une légère préparation, tandis qu’à l’heure actuelle, le cabinet de toilette de nos

(1) Le Dr G. Tissot prétend que c’est à la magicienne Médée que l’on doit faire remonter l’origine des teintures. Le rajeunissement du vieil Eson ne serait, d’après quelques archéologues, que Ja métamorphose d’une chevelure blanche en chevelure noire. Cf. Des teintures pour les cheveux et de leurs dangers; thèse de Paris, 1898.) : |

élégantes est devenu un véritable laboratoire de poisons. |

— Que ne retrouvez-vous les antiques formules, entendons-nous dire autour de nous ?

C’est à quoi précisément nous allons nous employer et c'est en votre compagnie, aimables lecteurs et très charmantes lectrices, que nous nous proposons de faire une incursion dans le passé.

Que diriez-vous d’une femme qui aurait les cheveux bleus, les cils verts et les dents dorées ?

— Fi! la caricature !

Eh bien! tout cet ensemble constituait une jolie femme, en Égypie, au temps des Pharaons.

Les Égyptiens ou plutôt les Égyptiennes étaient très expertes dans l’art de plaire; l’art, nous devrions dire l'artifice. Si nous nous en rapportons aux bas-reliefs et aux peintures monumentales, nous constatons que non seulement elles savaient s’allonger les yeux, se noircir ou se verdir les cils et les sourcils, mais qu’elles réussissaient merveilleusement à modifier la couleur de leur chevelure, au gré de leur caprice.

Le henné, nous apprend un savant égyptologue (1), leur servait à se rendre les cheveux d'un blond rous-

(1) V. Lorer, L'Égypte au temps des Pharaons:

sÂtre; avec le même ingrédient, elle se teignaient en rouge orangé l'intérieur des mains. |

On a même trouvé, dans les tombes anciennes de Gizeh, des momies de danseuses, dont la tête était ornée d’une chevelure en bleu clair.

Elles connaissaient donc le moyen d'obtenir des cheveux teints de la nuance qu’elles recherchaient.

Cette coutume de teindre les cheveux s’est conservée

chez les Persans.

Le professeur Trousseau a eu, il ÿ a trente ans environ, l’occasion d'examiner deux poudres qui servaient, en Perse, à cet usage; l’une teint les cheveux en jaune d'or : c'est du henné (1); l’autre les teint en bleu : très certainement, une plante indigofère, dont le nom est inconnu. |

La plupart des Persans, jeunes comme vieux, teignent leurs cheveux et leur barbe tous les huit jours, selon da formule suivante : ils appliquent d’abord le henné, dont ils ont fait, au préalable, une pâte avec de l’eau et, après une demi-heure &e contact, ils appliquent de la même manière la poudre bleue. Ils obtiennent de la sorte une coloration magnifique, d'un noir aile de corbeau (2).

(1) M. AI. Gayet, au cours des fouilles récentes faites à Antinoë, a pu constater que la plupart des momies qu’il a retrouvées étaient pourvues de chevelures teintes au henné (V. Le Carnet, " ÔCt. 1903, p. 15.) (2) Presse, Histoire des parfums.

Les Grecs et les Romains tiraient leurs secrets de l'Égypte et de l'Inde.

Les Grecques qui, sauf dans l’affliction, conservaient eur chevelures, aimaient à la faire valoir, à s’en parer. et elles lui consacraient tous leurs soins. « Elles y épui-

\Saient leur savoir, dit Lucien, rendant leurs cheveux aussi brillants que le soleil dans son midi, les leignant comme de la laine, employant pour les parfumer toutes les odeurs de l’Arabie, » |

Parmi les moyens dont elles usaient pour se procurer le faux blond, le plus usité était celui de se laver les cheveux avec de l’eau de lessive: elles les frottaient ensuite avec une espèce”dle pommade faite avec des fleurs jaunes, puis elles les faisaient sécher. ;

En Macédoine, partie de la Grèce peu avancée en civilisation cependant, on se teignait avec un soin qui témoignait d'un désir intense de plaire. Le roi Philippe ne goûta pas cette mode, et fit destituer son ministre Antipater, parce qu'il se faisait teindre les cheveux et la barbe, alléguant pour raison qu’un homme qui n'était pas sincère dans sa couleur ne pouvait l'être dans sa politique. |

Alexandre hérita de ces préventions, et voyant un jour un Macédonien occupé à noircir ses cheveux gris « Vieillard, lui dit-il, si tu tiens à faire des réparations

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