‹ Les indiscrétions de l'histoire (volume 2)Chapitre 48 sur 59 · DAS · texte numérisé non relu

DAS

D'après Pline, pour se rendre blonds, les Germains faisaient usage d'une pommade composée de suifs de chèvre et de cendre de hêtre (x).

Les dames romaines étaient tellement passionnées pour les cheveux d’un blond éclatant qu'elles portaient souvent des perruques blondes, montées sur des peaux de chevreau et quelquefois rehaussées de poudre d’or. C'est également de Germanie qu'on faisait venir ces perruques (2). |

La fureur du blond ne régna pas moins chez les hommes que chez les femmes.

Les premiers se servaient d'une poudre d’or, qui se mêlait à la couleur dont ils teignaient leurs cheveux.

La chevelure de Commode était devenue, par ce moyen, si b snde et si brillante, qu’exposée aux rayons du soleil, où eût cru que sa tête était tout en feu (Or

On peut remarquer, dans les peintures antiques, le blond que l’on a souvent donné aux cheveux des principaux personnages. Les statues des filles de Balbus, trou-

l’eau de lessive, puis les recouvrant d’une poudre jaune et ensuite d’une espèce de coiffe, qui n’était autre chose qu’une vessie.

Le savon caustique que l’on envoyait chercher dans les Gaules, pour rendre les cheveux rouges, causait une telle enflure, si on en frottait certaines parties du corps, que des femmes, en allant au bain public, pouvaient par ce moyen dissimuler Jeur état de grossesse. (Cf. Tissot, loc. cit.)

(1) On appelait cette pommade Dila mattiaca, parce qu’on l’apportait en boule (Pila) de Marbourg, en Germanie (Mattium). (Cf. MaRTrA£z, lib. XIV, épig. 27.)

(2) Vie privée des Anciens, par MÉNAR»D, t. IL, p. 316.

(3) Recherches historiques sur le luxe chez les Athéniens, etc. (1823). |

vées à Herculanum, conservent encore distinctement quelques traces de la teinture rouge que l’on passa autrefois sur leurs cheveux (1).

Gibbon dit que l'empereur Héliogabale, quand il entra pour la première fois dans Rome, avait les sourcils teints en noir et les joues enluminées de rouge et de blanc. | ;

Pour obtenir cette teinte noire, on avait recours à des ingrédients variés. Les Romains employèrent, tour à tour, l’arroche sauvage, le millepertuis, le vin de myrte, les feuilles de cyprès, la capillaire, la sauge des bois, ou plus simplement la pelure bouillie du poireau ou le brou de noix : l'écorce verte de la noix, ce que nous appelons le brou, servait, selon l'expression du poète Tibulle, à « dissimuler bien des années. »

Voici une recette, due à Pline, qui est un peu plus £ compliquée : |

« Prenez, écrit ce laborieux compilateur, un setier de sangsues et deux setiers de vinaigre pur; battez le tout, puis placez-le dans un vase en plomb, où vous le laisserez fermenter pendant soixante jours. Au bout de çe temps, . frottez-vous-en les cheveux au soleil : ils deviendront d’un noir magnifique. »

Et, avec le plus grand scrieux, Pline ajoute: « surtout, .

(1) Le Palais de Scaurus, par F. Marais.

n'allez pas oublier de tenir, pendant l'opération, de l'huile dans votre bouche, sans quoi vos dents pren- draient de même une teinte tout à fait noire (DEEE Vi Singulière recette, allez-vous vous écrier ! Elle trouve de pourtant son explication. La substance colorante était … : # » vraisemblablement.due au plomb, qui s'était détaché du

vase, sous l'influence de l'acide acétique du vinaigre.

Quant à l'huile maintenue dans la bouche, ce n’était

apparemment qu'une jonglerie de charlatan, voulant donner le change sur les moyens qu'il employait; à

moins que ces préparations ne fussent À base de mercure,

dont on voulait prévenir, grâce à cet artifice, l’action

nocive sur les dents (2).

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Quoi qu'il en soit, le résultat était presque instantané. us « Telle femme, nous dit Martial, dans sa langue imagée, ba devient subitement corbeau, qui tout à l'heure était Cygne. »

. Cette teinture, dont l'emploi n'était pas sans danger, . n'était pas la seule de son espèce : ainsi on pouvait obte- us LE nir le blond d’or par un liniment gras qui, lorsqu'il tou- nn n chait la peau, y produisait une enflure des plus disgra- cieuses (3) et s’accompagnait parfois de troubles plus graves (4).

(1) Puine, XVI, 87. Aa (2) Toilette d'une Romaine, par le Dr C. James. | “AS (3) Plutarque, Amat., p. 88; cité par L. Crocuer, La Toilette RS “ chez les Romaines au lemps des Empereurs. Se | - (4) Le Dr G. Tissot estime, quant à lui, que les dangers et les ses, … accidents causés par les teintures devaient être, dès cette époque, … nombreux et graves, Outre les témoignages des Pères de l'Église,

Les Romaines savaient aussi noircir leurs sourcils; elles employaient, à cet effet, des œufs de fourmis, pilés avec des cadavres de mouches; ou elles se contentaient, comme de nos jours les femmes peu fortunées, d'une aiguille noircie à la fumée (1).

Les Pères de l’Église se sont élevés avec force contre la manie des chrétiens de teindre les cheveux.

Tertullien, entre autres, avait bien vu que les teintures étaient nuisibles au cerveau, « cerebro pernicium ».

« Nous ne devons pas, disait, de son côté, saint Clément d'Alexandrie, changer par des couleurs artificielles

il cite celui du poète Ovipr, gourmandant une jeune fille qui,

malgré ses sages avis, a voulu changer la couleur de sa chevelure : « Je te le disais bien; ne tourmente pas ainsi tes cheveux;

tu as si bien fait qu’il ne t’en reste plus à teindre. » — « Ne l’en prends qu’à toi, lui dit-il ailleurs ; c’est toi-même qui sppiou ee sur ta tête ces nixlures empoisonnées. »

(1) En Grèce, raconte Chandler ({Travels in Greece), pour teindre les cils et les paupières, on jette de l’essence ou de la gomme labdanum, cistus creticus (Cistinées), sur de la braise; on intercepte la fumée qui s’en dégage avec une assiette, pour recueillir le noir.

Pour employer cette préparation, une jeune fille assise sur un sofa, les jambes croisées suivant l’usage, fermant un de ses yeux, prend les deux cils entre le pouce et l’index de la main gauche, les tire en avant, puis introduit, par le coin extérieur, une espèce d’épingle ou de stylet, préalablement plongé dans le noir de fumée. En retirant le stylet, les parcelles de couleur qui y sont - + adhérentes s’arrêtent entre les cils et y demeurent. |

la couleur naturelle de nos cheveux et de nos sourcils. S'il nous est défendu de porter des habits de couleurs différentes et mélangées, il nous l’est à plus forte raison de détruire la blancheur de nos cheveux, qui est une cause de respect et un signe d'autorité (1). »

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