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On a dit (2) qué le mystique moyen âge ne se serait pas avisé de travestir les créatures de Dieu, en transfor- ; mant des tresses noires en tresses blondes; lui qui s’attendait chaque jour, en tremblant, à entendre retentir la
trompette du jugement dernier, eût considéré cette profanation de l'œuvre de la nature comme un blasphème à à l'égard de la Divinité.
C’est une erreur qui a trop duré.
Au moyen âgé (3), nulle n’est réputée belle, si elle n’a une chevelure blonde : celle des héroïnes de tous les romans de chevalerie ; et, dans nos régions occidentales, les cheveux noirs inspiraient, comme dit Joinville (4), à propos des Sarrasins, une sainte horreur.
FE La couleur noire était, au contraire, très appréciée en * Orient, où l’on vit apparaître, dès le vr° siècle, l’artifice
(r) Vie privée des Anciens, par MÉNARD, IE
(2) Les femmes blondes selon les peintres de l’École de nie par deux Vénitiens (BASCHET et FEUILLET DE CONCHES })
(3) Les gens du moyen âge aimaient à se faire laver la tête avec une « lessive » analogue au shampooing (V. notamment Gilles de Chin. Éd de REIFFENBERG, Bruxelles, 1847, in-4°, v. 4914 # et suiv.)
Les femmes qui faisaient métier de « laver la tête aux hommes » ne jouissaient pas de la meilleure réputation, (4) Édition Fr. Michel, p. 180. DA EE A
des teintures, qui « coloraient les cheveux », parfois la racine, d'un noir brillant et ineffaçable (x).
Des recettes pour blondir et même pour blanchir (2) les cheveux se retrouvent au xiv® (3) et jusqu’à la fin du xvie siècle (4).
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Au xv° siècle, les vieillards qui veulent paraître
jeunes se ‘teignent les cheveux avec des baies de sureau (5). |
Une petite facétie italienne, imprimée à Florence dans les dernières années du xv° siècle, gourmande le beau sexe sur la manie de se blondir.
Cette manie est générale en Italie, mais c'est particulièrement à Venise qu'elle sévit le plus.
« D'ordinaire, écrit Vecellio, les toits des maisons de Venise sont couronnés de petites constructions en bois, dont la forme ést celle de belvédères À jour, tout décou- Verts. | « Sur la terre ferme, ces espèces de logettes se font en maçonnerie et se dallent comme celles qu’on appellé
(1) Les prairies d’or, tome II, p. 203, par MAÇoupi; cité par Gay, Glossaire archéologique, art. cheveux.
(2) Le R. P. Gobiën âssüre qu'äux îles MariäñhésS, lés fémmés,
à inverse de cé qui 8e passe chez noùs, récourernt à une certaine eau acidulée qui à la propriété dé blanchir lès cheveux. (Hist: des
îles Mariannes; du P: Gobieni cité par F: Nitouay; Hist. des
Croyances, t. :
: (3) Archives des Missions scientifiques, t. IV, p: 140:
(4) Recueil des poëtes français (Tabourot), t. V, p. 391; L’Em«
bellissemént du corps humain, par LieBauñ,;, t: Il; p. 250-283. (5) Hist. des Frangais des divers États, par À: A. Monreits À, IE 4° éd), p- 438, | ,
terrazéi, à Florence et à Naples, et on les recouvre d'un ciment de sable et de chaux pour les garantir de la pluie, |
« Gest là que se tiennent si fréquemment les Véni: tiennes et qu'on les voit autant et même plus que dans leurs chambres ; c’est là que, la tête exposée aux ardeurs du soleil (1), pendant des journées entières, elles s’évertuent à augmenter leurs charmes, comme si elles en F * avaient besoin, comme si l'emploi assidu de tant de pro- …. cédés, connus de tous, n’exposait pas leur beauté natu- - relle à n'être plus taxée que d'artificielle. É « Aux heurés où le soleil darde ses rayons les plus … verticaux et les plus cuisants, elles montent sur les logettes de boïs et se condamnent à y griller et à s’y servir elles-mêmes. Assises, elles baignent et rebaignent
: sans césse leurs chéevéüx, avéc üne éponge imbibcée È d'une éau de Jouvéncé, préparée de leur inäin 6ôù ” achetée. Le soleil a-t-il séché les chevelures, vite elles les L baignent dé nouveau de la mêmé mixture, pout les « séchér éncôré au feu du ciel ét féenouvélér sans répit le : même Manège.
: « C'est ainsi qu'elles se rendent lés cheveux blonds & (x) Ce n’est pas seulement le soleil qui agirait en pareil cas, 4 c’est le grand air : l'air extérieur, et surtout l’air humide et salin,
exercerait une influence marquée sur la coloration des cheveux. C’est ainsi que le D: Le March’adour explique que chez les femmes de Pont-l'Abbé (Finistère), qui portent une coiffe particulière, laissant une partie de la chevelure au contact de Pair, toute cette partie est décolorée et d’un blond roux, tandis que le
« peste de la chevelure est très noir,
308 LES INDISCRÉTIONS DE L'HISTOIRE Re comme on les leur voit. Quand elles se livrent à cette occupation si importante, elles jettent par-dessus leur vêtement un peignoir de soie très blanc, d'une grande finesse et légèreté, qu'elles appellent schiavonetto. En outre, elles se couvrent la tête d'un chapeau de paille sans fond, par l'ouverture duquel passent les cheveux, pendant toute l'opération (x). »
La recette est peut-être un peu longue, mais nous avons jugé qu’elle méritait d'être connue dans ses moindres détails.