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publiées, d'après les originaux conservés à la Biblio-
thèque de l’Institut :
Paris, ce 20 mars (dimanche) 1785.
« Monsieur,
« Ayant fait une plaisanterie au sujet de M. de Beaumarchais, quoique je n'aie jamais pensé qu'elle aurait porté à aucune conséquence, j'ai néanmoins conseillé à Mme La Gardette de se présenter chez M. Lenoir et lui en faire part, comme, en effet, elle s’y est transférée ce matin, et M. Lenoir a jugé à propos de la condamner à l'Hôtel de la Force. J'ai été sur-le-champ à la police et, en me déclarant l’auteur dela planche, et par conséquent le seul coupable, je me suis: offert à me faire mettre en prison et de mettre en liberté la pauvre malheureuse chargée de famille et obligée de laisser sa maison et ses affaires à l'abandon ; mais mes instances ont été inutiles. Je vous supplie, Monsieur, de vouloir bien représenter à Monseigneur de Vergennes pour qu'il veuille donner des
ordres pour la liberté de la susdite femme. Je ne doute
nullement que Monseigneur voudra bien acquiescer à ma
prière, d'autant plus qu'il s’agit d’une chose où il n’y a rien contre les mœurs et contre l'Etat.
« Dans cette attente, j'ai l'honneur de me dire très respeclueusement « Votre très humble et (rès obéissant servitcur, ( VANGELISTI. »
216 LES INDISCRÉTIONS DE L'HISTOIRE Voici la seconde lettre :
Paris, ce 23 mars (mercredi) 1785.
« Monsieur,
« Après vous avoir instruit, Monsieur, dimanchele soir, de la petite conversation que j'eus avec M. Lenoir avant de parler à Monseigneur de Vergennes, vous devez bien penser que Mme La Gardette, le lundi matin, fut mise en liberté. Vous avez rendu, Monsieur, le calme à toute cette famille, ainsi que à moi, et je ne saurois trouver assez d'expression pour vous en témoigner ma plus vive reconnaissance de toutes les peines que vous avez bien voulu vous donner à mon égard. J'ai retardé jusqu’à ce moment à vous écrire pour être plus fondéà vous assurer de-ce que le public pense à ce sujet. Je me rendrois trop prolixe, si je voulais entreprendre à vous:en faire unexact récit, mais je me bornerai seulement à vous dire que la sensation que cette affaire a fait dans le public est au delà de toute expression. Cetenlèvement a été regardé de toutes les classes des personnes avec le plus grand étonnement, et l'horreur dont il'étoit susceptible. Si Madame avoït les estampesen question dans ce moment-cy, on lui offre douze livres l'épreuve, et on est parvenu aujourd’huy même à offrir jusqu'à un louis. Je vousréitère, Monsieur, les sentiments de mon estime la plus inviolable avec laquelle j'ai l'honneur d'être ‘très parfaitement, Monsieur.
«& Votre très kumble-et obéissant serviteur.
« VANGELISTI }»
Les deux caricatures sur la fustigation de Beaumarchais sont devenues très rares. Il n’en existe, à notre connaissance, que deux exemplaires ; un au cabinet des estampes de la Bibliothèque de l’Arsenal ; l’autre dans la riche collection léguée à la Bibliothèque nationale par M. Hennin (tome CXV, page 37). Un exemplaire du Mariage de Figaro de la Bibliothèque Soleinne les réunissait aussi, parait-il.
Détail piquant et qui sans doute est ignoré du plus grand nombre : la Comédie-Française possède, dans sa galerie, un tableau représentant la scène de fustigation de Beaumarchais. Ce tableau, acquis par les soins de M. Monval, l'obligeant et érudit archiviste de la Comédie, n’est qu’une amplification de la caricature de Vangelisti.
Beaumarchais tient à la main la brochure de la Folle Journée. Au lieu du lazariste, c’est Basile qui est armé du paquet de verges.
Au premier plan Suzanne: est:assise.dans le fauteuil qu'occupe la comtesse Almaviva dans l’estampe, et la devise n’est plus celle que nous lisons sur celle-ci, mais la suivante : Castigat flagrando.mores.
Tandis que se déroule‘la-seène, des ‘pensionnaires de Saint-Lazare sont aux fenêtres, qui ne perdent rien de ce savoureux spectacle.
‘L'on voit encore figurer dans le tableau, outre le patient : Figaro, la guitare en:sautoir, le. comte, la.comntesse;;:Chérubin, Bartholo;:qu’enveloppe.nnlong manteau rouge, etc.