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Celle-ci ne se démontera pas pour si peu : elle paiera d’audace, se présentera dans le monde, bravant les regards accusateurs, se posera même en victime : « C’est moi, ditelle, qu’on assassine aujourd'hui ! »
On la prévient, pour qu ‘elle aitàs enfuir, que son crime est découvert et qu'elle va être arrêtée. ‘Elle feint de ne pas comprendre, disant qu'elle veut rester pour confondre
l'imposture ; («que les vrais criminels peuvent prendre la
fuite, mais non les innocents ; que M. Tiquet était l’au-
teur de tous ces bruits injurieux à son innocence ; que le dessein de son mari était de tendre des pièges, afin de
l’'engager par une fausse alarme à s'enfuir et à lui donner
son bien » (1).
Le lendemain, quand le lieutenant criminel se présente,
accompagné de sa garde, elle n’oppose pas la moindre ré-
sistance. «Je vous attendais », dit-elle, sans s'émouvoir. Elle monta tranquillement dans le carrosse du lieu-
tenant criminel. Sur le parcours de la voiture, elle recon-
nut une dame de ses amies qu'elle salua gracieusement.
Au milieu de l'escorte infamante qui la conduisait au
Petit-Châtelet, elle conserva son maintien habituel de
(1) Le Nouveau Temple de Salomon ou Description historique de l'Eglise paroissiale de Saint-Sulpice, 1771. Manuscrit sur l’af-
- faire de Me Tiquet, cité par M. G. MAZE-SENCIER (Revue bleue,
octobre 1899).
grande dame qui se rend en apparat d’une visite à l'autre (1).
Elle fut traduite devant la juridiction du Grand-Châtelet. Son complice dans la première tentative de meurtre fut confronté avec elle ; il fit des aveux, dénonça ses complices; l'affaire fut rapidement instruite et, par sentence du 3 juin 1699, Mme Tiquet était condamnée à avoir la tête tranchée. Quant à son portier, qui avait prêté la main à ses infâmes machinations, il fut condamné à être pendu.
Ainsi que la Brinvilliers, avec qui elle avait bien des points de ressemblance, elle fit une fin édifiante : sa mort fut un exemple de piété et de repentir.
Le mari avait fait démarches sur démarches pour obtenir la grâce de sa femme ; accompagné de ses deux enfants, il était allé se proslerner aux genoux du Roi.
Mais celui-ci se montra inexorable: il resta sourd à toutes les supplications, éconduisit tous les personnages, même les plus haut placés, qui vinrent solliciter son indulgence. ES
L'archevêque de Paris, M. de Noailles, le poussait dans cêtte voie de rigueur. «Le grand pénitencier -avait les oreilles battues des confessions de femmes qui toutes presque s’accusaient d’avoir attenté à la vie de leur époux ». Le roi était résolu à laisser la justice suivre son
cours.
(1) MAZE-SENCIER, loc. cit.
L'exécution fut fixée au lendemain de la Fête-Dieu. C'était par mesure de convenance publique, pour ne pas troubler un jour d'aussi grande fête par un scandale. Mme Tiquet fut soumise, comme la Brinvilliers, à la question par l’eau. Elle avoua tout après le premier pot d’eau ; son énergie n’alla pas au delà. Puis elle implora le pardon de l’homme qu'elle avait voulu faire périr, l’assurant qu’ «elle mourrait le cœur tout rempli de tendresse à son égard, comme aux premiers jours de leur
mariage)». , à «
Le jour fixé pour le supplice, l’affluence du peuple dans les rues fut considérable. On remarqua que jamais les fenêtres n'avaient été mieux louées. Sur la place de Grève, elles étaient hors de prix. Une grande dame, parlant de l'événement du jour (1), écrivait : «Chacun songe à arrher des fenêtres. I y eut des maisons ce jour-là qui rapportèrent à leurs maîtres plus d'argent qu'elles ne leur en avaient coûté ». Pour une seule fenêtre, et seulement pour une ou deux heures, on ne demandait pas moins
de 6, 8 et 10 francs, somme pour l’époque considérable.
(1) Cité par Alf. FRANKLIN, La Vie de Paris sous la Régence, tt, p: 292. k |
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En présence de cette foule hostile, Mme Tiquet sentit son sang-froid l’abandonner. Elle rabattit sa «coëfle » sur son visage, dans un accès de honte; ce n’est que sur les exhortations du curé de Saint-Sulpice, qui lui tenait compagnie dans la charrette, qu’elle consentit à l'enlever. Dès ce moment, elle soutint sans faiblir les regards de la multitude.
À l'instant où la voiture arrivait au lieu de l'exécution, une forte averse tomba. Le bourreau dut attendre la fin de
l'orage pour commencer sa besogne. Pendant ce temps,
la malheureuse ne perdait rien des préparatifs de son.
supplice.
Le portier fut exécuté le premier. Ce fut ensuite le tour de Me Tiquet. Galamment, elle tendit la main au bourreau, pour qu'il l'aidât à gravir les degrés de l'échafaud ; une fois sur l’échafaud, elle reprit tout son calme.
« Elle baisa d’abord le billot, puis elle accommoda ses
cheveux et sa coiffure, sans hâte, sans précipitation ; elle prit ensuite l’attitude nécessaire pour être exécutée, avec un courage si surprenant que les spectateurs en étaient attendris aux larmes ». ;
Soit émotion, soit maladresse, le bourreau dut s'y reprendre jusqu’à sept fois pour abattre cette tête, qui en avait fait tourner tant d'autres. «...…. Hier soir, entre sept ethuit, écrivait le secrétaire de Colbert à un conseiller du roi habitant la province (1), on coupa la tête à Mme Ti-
(1) Lettre inédite de Baluze à M. Du Verdier, conseiller du Roy
| ÉS Pr cree
LES INDISCRÉTIONS | DE L'HISTOIRE Te 971 4
quet, mais fort mal oi teneute car elle reçut sept coups de glaive. Elle monta sur le théâtre avec une grande fermeté.
« On dit que c’estoit une belle femme. Il y avoit dans la place de Grève un carrosse drapé avec quatre chevaux qui attendoit l'exécution, dans lequel on mit son corps, qui fut ensuite porté à Saint-Sulpice pour y être enterré. Le Roy n’a jamais voulu accorder sa grâce...»
D’après un autre témoin, la tête de Mme Tiquet était fort belle et fit l'admiration de tous.
Si l’on rapproche de l'examen de son crâne l’histoire de sa vie, on verra que tout concorde à cette conclusion : que la tête conservée à Versailles est bien celle de Mne Tiquetet non celle de la Brinvilliers, ou de toute autre criminelle. |
Son tempérament passionné s'accorde à merveille avec
le développement du penchant d’amativité ou amour phy-
sique ; sa vanité, son amour-propre étaient extrèmes : ce
que ne dément pas, bien au contraire, l'examen phrénologique.
au présidial de Tulle, qui nous a été communiquée par M. Noël . Charavay.
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Pour la ruse et la circonspection, elles ne sauraient lui
être refusées. «L'actrice la plus adroite et la plus consommée dans son art n'aurait pas mieux réussi à faire illu-
sion » (1).
L'acquisivité ou amour de l'argent contribua plus que:
tout à la perdre. Elle aimait l'argent, surtout pour les besoins qu'il permet de satisfaire, les passions qu'il permet d’assouvir.
Il serait oiseux de faire la démonstration qu’elle avait l’organe de la destruction très développé.
Nous passons sur les autres penchants, décrits dans la cränioscopie, tels que la constructivité (!), la philogéniture (!!), la vénération (!!!). Qui veut trop prouver...
.Ce qu'on peut assurer, sans s’exposer à la contradiction, c'est que la phrénologie a été, en l’espèce, d’un réel secours à la médecine, et quel que soit le degré de confiance qu'on accorde à cette méthode d'examen un peu surannée, qu'elle a parfois son utilité. ;
Une autre réflexion, et ce sera la dernière, nous estinspirée par l'affaire dont nous avons conté les péripéties. Il est des époques où le crime sévit à l'état épidémique. Le procès de Mme Tiquet a suivi de près les procès de la Brinvilliers et de la Voisin, et sans avoireuautant de retentissement que ces derniers, il n’en fit pas moins beaucoup de bruit.
Bien que de naissance médiocre, par son union avec un
(1) Notice du Dr J.-A: Le Roi.