MARIE LECZINSKA ÉTAIT-ELLE ÉPILEPTIQUE
On venait de fiancer le successeur du grand Roi, l’héritier de la plus belle couronne du monde à l’infante d'Espagne. On n'avait, en la circonstance, selon l'usage des cours, consulté que les convenances diplomatiques ; les intéressés n'avaient pas voix au chapitre.
On sait comment se termina l’aventure. On avait redouté une tragédie, ce ne fut qu'un vaudeville, Après trois ans de séjour en France, l’infortunée princesse était
brutalement renvoyée, tel un bibelot qui aurait cessé de
plaire.
Les raisons invoquées étaient spécieuses : elle était « trop jeune » (ce dont on aurait pu s’apercevoir plus tôt) ; elle n'avait pas crû « d’une ligne » en un an; à quoi elle pouvait répondre qu’étant Espagnole, elle
grandirait.
Un motif autrement grave, c'est qu’elle était « nouée dans les reins, point propre à avoir des enfants ». Et l’on ajoutait fort raisonnablement que « toutes ses pe-
tites grâces et son esprit ne servaient de rien pour cet
ouvrage-là ». Si le prétexte n’était pas imaginé pour les
besoins de la cause, nous devons convenir qu'il était sérieux. Et nous en prenons occasion pour faire observer de quelles précautions, de quelles garanties on s’entourait, avant d’unir deux fa milles princières (1).
La remarque est d’ importance ; elle a échappé à maints philosophes de l'histoire, plus préoccupés de prétendues lois qui, d’après eux, présideraient aux événements que des conséquences, à notre avis mieux démontrées, d’unions mal assorties, mal combinées, au point de vue psychologique et physiologique. Nous en avons touché jadis (2) quelques mots, mais la question vaudrait la peine d'être
reprise; elle comporterait d'intéressants développements.
Le choix d'une épouse pour le roi de France était dicté
surtout par le souci d’assurer la perpétuité de la race ; la rupture des fiançailles avec l'infante, et les négocialions qui suivirent ce grand acte en sont l'évidente démonsira-
tion.
Ces négociations touchaient à un sujet trop délicat pour
(1) L'histoire nous montre quelle importance fut de tout temps et avec juste raison attachée au choix des princesses appelées à partager le trône de France et les longues négociations à la suite desquelles il fut le plus souvent réalisé. Celles qui avaient précédé le mariage des deux prédécesseurs de Louis XV étaient encore présentes à la mémoire de tous, et le duc de Bourbon, moins que personne, devait avoir oublié les graves préoccupations qui, au siècle précédent, avaient agité Henri IV et Marie de Médicis, et plus tard Anne d'Autriche et Mazarin QE DE RAYNAL, Le mariage d’un roi, p. 94).
(2) CE: le chapitre : Ce qui se passait au mariage de nos Rois (Gabinet secret de l’histaire, 4° série.)
mu: tt RE D DAS '
ch li Tiete "ar PT
Cou Ÿ
ici bi oh
RER ARECNE RAS
être rapidement menées. Le premier ministre de « Sa Majesté très chrétienne », sachant quelle part de responsabilité lui incombait, ne voulait pas agir à la légère. Nous avons dit ailleurs (1) comment, après avoir établi deux listes successives des princesses qui aspiraient à la main du jeune souverain, le duc de Bourbon arriva, par exclusion, à soumettre quatre noms à l’agrément de son maître; parmi ces quatre, la future reine de France ne figurait pas !
Comment le monarque en arriva-t-il à fixer son choix sur la fille d'un roitelet détrôné, c’est ce que l'on connaît trop pour que nous y insistions. Les intrigues
d'une courtisane (la marquise de Prie) y furent certes pour beaucoup, mais les aptitudes physiologiques furent également prises en grande considération : le rapport de lenvoyé du duc de Bourbon sur la fille du roi Stanislas en est la preuve indéniable.
Cerapport, comme on l’a judicieusement remarqué (2), s’expliquait sur tous les points : physique, esprit, instruction, caractère, habitude de vie, rien n'avait été laissé dans Fombre. L'auteur de ce rapport, après avoir décrit avec minutie toutes les parties du corps, les parties visibles, donnait, sur le tempérament de la princesse, les informa-
» tions les plus précises : elle était, écrivait-il, « d'une com-
plexion point délicate, point sujette à maladies », etc. Il semblait donc que rien ne pût désormais s'opposer à
(t} Cabinet secret, loc. cit.
(2) DE RAYNAL, 0p. cit.
l’union projetée, puisque c'était avant tout une femme bien portante, saine, que l’on recherchait.
Mais la calomnie veillait, dont
La garde qui veille aux barrières du Louvre Ne défend point les rois.
En mai 1725, le roi de Sardaigne écrivait à son petitfils qu'il devait renoncer à son projet; que la « Polonaise » avait « des défauts corporels » ; que le bruit en courait avec persistance, et qu’il ferait bien de rompre le mariage, puisqu'il en était encore temps. |
Les mémorialistes se faisaient discrètement, dans des feuilles qu'on se passait « sous le manteau », l'écho de ces racontars. « On dit qu'elle a deux doigts qui se tiennent et des humeurs froides », écrit l’avocat Marais dans son journal ; maïs il s'empresse d'ajouter que « cela vient de la faction d'Orléans, à qui le mariage et tout mariage du roi déplait ».
Les imputations restées vagues jusqu'alors vont prendre consistance. Ce n’est plus d’une malformation de la main qu'il s’agit; le duc de Bourbon vient de recevoir une lettre confidentielle, qui l’avise que Marie Leczinska est affectée du haut mal. La mère de la princesse a consulté une religieuse qui possède, dit-on, un remède spécifique contre cette terrible maladie, et l’on se fait fort de donner le nom de l’abbaye et celui de la religieuse.
Soucieux de vérifier ces bruits, le premier ministre se.