‹ Les Indo-Européens avant l'histoireChapitre 113 sur 235 · II. CIVILISATION DES ARYAS ET DES SEMITES · texte numérisé non relu

II. CIVILISATION DES ARYAS ET DES SEMITES

chandises pour que son lointain voyage soit rémunérateur. Mais si déjà à cette époque Ton connaissait complètement le vaisseau de mer, comment Chasis-adra pouvait-il craindre, en le construisant de la manière indiquée par le Dieu Ea(19'), d'encourir les railleries du peuple (I, 29 à 31)? Cela peut se rapporter à une circonstance qui certes était bien faite pour les justifier. Chasis-adra devait en effet recouvrir son bateau d'un toit (I, 27) évidemment pour se préserver de la pluie, et une disposition pareille, qui ne se trouvait sur aucun autre bateau, parce qu'elle y était absolument inopportune, était assurément bien propre à exciter les moqueries.

Aux trois arguments ci-dessus, s'en ajouterait probablement un quatrième, absolument péremptoire à lui seul, si le texte ne présentait ici une lacune. Le Dieu Ea en donnant ses instructions pour la construction du bateau, fait mention de la mer (I, 27); malheureusement, on n'a pu déchiffrer les mots qui établissent la relation du bateau avec elle. Je ne puis en imaginer d'autre que la destination maritime, sinon il n'aurait pu être question de la mer dans la description du bateau.

Je résume les résultats des recherches qui précèdent : la relation babylonienne du déluge met hors de doute qu'à l'époque où cet événement se produisit on pratiquait déjà la navigation maritime.

Cet événement s'est-il réellement passé comme on le rapporte? Que la tradition l'ait arrangé et orné à sa façon, cela saute aux yeux ; je renvoie à titre d'exemple à ce que j'ai dit sur les six jours et sept nuits (p. 183 ss.) et sur le lâcher de

(*•*) Ce qui caractérise encore l'ignorance des Juifs, c'est la circonstance que Jehovah juge nécessaire de donner pour instruction expresse à Noé •l'< nduire l'arche de bitume. Cette recommandation manque dans la relation babylonienne parce qu'elle allait de soi pour un peuple au courant de la navigation.

la colombe. Mais la légende ne forge pas des contes bleus, elle renferme toujours un noyau historique et la critique a pour mission de le dégager. Elle Ta déjà fait par rapport au déluge même (p. 182), il ne reste que le sauvetage de Chasis-adra. Est-il de pure invention ou n'a-t-il pas également pour base une réalité? Je n'en doute aucunement. Le sauvetage de Chasis-adra est, dans ma conviction, basé sur ce fait qu'à l'époque où l'événement se produisit, des marins qui précisément se trouvaient à bord d'un vaisseau de mer, ont échappé au danger, tandis que tous les autres y ont succombé. La légende, ainsi qu'elle aime à le faire, a exprimé typiquement ce sauvetage dans celui d'une seule personne. — Chasis adra est la personnification du marin qui s'est sauvé du grand déluge. Tout ce que le récit mentionne de lui se trouve dans le vaisseau. Il a à bord le pilote (II, 38) et les colombes (hirondelles, corbeaux) (III, 37 à 44) ; sa femme, ses enfants et ses domestiques (II, 28, 29) qui l'accompagnent dans ses longues pérégrinations, son or, son argent (II, 25,26) pour acheter des marchandises ; du grain, des fruits, du bétail vivant (II, 27, 29) pour se nourrir lui et les siens pendant le voyage. Tel est, à mes yeux, le contingent historique de la relation babylonienne, tout le reste est légendaire et il n'est pas difficile de comprendre comment cette partie s'est formée. Pour que, selon la volonté des Dieux, toute vie fût anéantie sur terre (1,22), il fallait que même les plus hautes montagnes fussent couvertes, et à cet effet, que le déchaînement des éléments, les tremblements de terre, les cyclones, les cataractes du ciel durassent toute une semaine jusqu'à ce que l'aurore du sabbat y mît un terme. De la mer jusqu'à la montagne Nizir(192), où le vaisseau atterrit, la distance comportait au delà de 100 milles géographiques; la contenance de la superficie de plaine seule (Mésopotamie, les déserts

(192) A l'Est du Tigre, entre le 35 et le 36 degré de latitude environ F, Delitsch, loc* cit., p. 105.

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