II. CIVILISATION DES ARYAS ET DES SEMITES
de la Syrie, etc.) que l'inondation devait couvrir ne serait pas évaluée trop haut à 15000 milles carrés; pour que le niveau atteignît les plus hautes montagnes, il eût fallu que cette étendue immense eût été de plusieurs milliers de pieds sous eau; une véritable impossibilité. L'invention et le motif qui la fit naître sautent aux yeux. Toute vie ayant été anéantie sur terre, la légende ne pouvait expliquer la naissance d'une vie nouvelle qu'en faisant ordonner à Chasis-adra par le Dieu Ea : « de mettre dans l'intérieur du bateau les semences de la vie de toutes les espèces » (I, 23). Pour que le bateau ne fût pas entraîné dans la mer par le courant des eaux en retraite, il devait avoir atterri sur le sommet d'une montagne. Pour que les êtres vivants qu'il renfermait, ne fussent pas noyés à l'intérieur sous les torrents d'eau qui se déversaient sans trêve du ciel, le bateau devait être couvert d'un toit. Et enfin que le salut de Chasis-adra ne pût avoir sa cause dans la circonstance qu'il se trouvait accidentellement à bord, mais fût, au contraire, l'œuvre de l'inspiration divine, tout cela était également commandé au point de vue religieux. Le Dieu Ea, <r le seigneur d'impénétrable sagesse » (I, 17), c.-à-d. celui qui prévoit les choses et qui connaît le remède au mal, lui avait envoyé un songe dans lequel il lui annonçait tout ce qui devait arriver (III, 22).
Quelle que soit la part que la légende ait inventée et quelles que puissent être les dimensions, sans doute exagérées (|,J5), qu'elle a données au bateau sauveur, il reste à mon avis comme noyau historique certain, ce fait, qui seul importe pour le but que je poursuis : Yexistence de la navigation maritime à l'époque où l'événement se produisit.
La relation ne donne point d'indications quant à l'époque,
(I9S) Lus chiffres dans I, 25, 26 no sont plus déchiffrables. Haupt, 1. c. p. 68.
mais nous pouvons au moins y puiser assez de détails pour savoir qu'à ce moment on avait déjà derrière soi uue longue civilisation. La ville de Suripak était déjà d'une haute antiquité, et lorsque Ton y fait emporter par Chasis-adra son or et son argent, cela montre que dès cette date il y avait un commerce extérieur, car For et l'argent ne peuvent être arrivés que par cette voie dans un pays où il ne s'en trouvait point, et la pratique de la navigation maritime à cette époque, loin d'être singulière, se joint comme troisième trait aux deux précédents pour compléter le tableau de civilisation qu'ils nous présentent. Il est probable qu'alors déjà l'or et l'argent arrivaient en ce pays par voie maritime ; pour l'époque postérieure il est hors de doute que la source était dans les Indes, et il n'est pas moins indubitable qu'à partir du milieu du quatrième millénaire on tirait par cette voie de l'étranger les blocs de pierres dioritiques (p. 201); — le commerçant babylonien aurait-il dédaigné l'or et l'argent? Quoi qu'il en soit, la haute antiquité de la navigation maritime chez les Babyloniens est mise hors de tout doute par les deux témoignages que nous venons de citer : celui des blocs de pierre du pays transmarin de Magan et celui du vaisseau de mer de Chasis-adra.
Haute antiquité de Gastronomie a Babylone.
D'après les communications que les Chaldéens firent à Alexandre, leur recueil manuscrit d'observations célestes remontait jusqu'à l'année 1903 avant sa présence à Babylone, c.-à-d. comme Alexandre mourut en 323, à Babylone, au moins jusqu'à l'année 2226, d'après la chronologie babylonienne (194). Comment les Chaldéens en sont-ils arrivés à établir des observations célestes? La question, que je sache, n'a jamais été soulevée, même par les astronomes. On pense
(19*)Mödler, Geschichte der Himmelskunde. T. I, p. 23.