‹ Les Indo-Européens avant l'histoireChapitre 125 sur 235 · II. CIVILISATION DES ARYAS ET DES SEMITES · texte numérisé non relu

II. CIVILISATION DES ARYAS ET DES SEMITES

que je juge nécessaire de me demander au préalable comment ils sont venus au monde.

Leur point de départ historique se trouve certainement dans le prêt, et notamment dans la forme exclusive où nous le rencontrons encore aujourd'hui : le prêt d'argent. Un prêt peut aussi avoir pour objet des choses fongibles autres que l'argent, p. ex. des céréales, et ici encore nous rencontrons l'intérêt dans les sources du droit romain (fixation d'un taux maximum). Mais il est certain qu'il n'y trouve pas son origine et n'y fut introduit que par l'habitude du prêt d'argent. Même dans celui-ci sa première apparition demande à mon avis des explications complémentaires. L'occasion a été certainement la position nécessiteuse de celui qui, momentanément dépourvu d'espèces, s'adressait à un proche avec prière de lui faire une avance temporaire. Pour l'emprunteur, c'est une opération de nécessité', pour le prêteur, c'est un acte de complaisance ; des deux parts on n'a en vue qu'une pure obligeance, qu'un service semblable à celui que l'on rend en prêtant d'autres choses ; pas plus que dans ce dernier cas, l'emprunteur ne concevra l'idée de promettre un avantage au prêteur, ni celui-ci d'en stipuler un. Le prêt de complaisance, ou comme on pourrait aussi l'appeler: le prêt de la vie quotidienne, est nécessairement gratuit. Tout autre est le prêt d'affaires. Ici les deux contractants se trouvent dans une autre situation; ce n'est pas la bienveillance qui détermine l'intervention du prêteur, mais son profit personnel, il veut lui-même tirer un avantage de l'opération, et il l'obtient par les intérêts. Le prêt d'affaires est de sa nature productif d'intérêts, le prêt de complaisance est de sa nature improductif d'intérêts. Chez les Romains cette distinction se traduit sous la forme du mutuumet du nexum. L'obligation résultant du premier porte exclusivement sur la restitution du capital ; les intérêts se concilient si peu avec lui, qu'il fallait pour les stipuler un contrat spécial (stipulation) et qu'ils ne pouvaient être réclamés au moyen

de Faction du prêt [condictio certae pecuniae), mais seulement au moyen de l'action naissant de la stipulation [actio ex stipulatu). Le mutuum est donc par essence gratuit, il est sur la même ligne que le commodat (prêt de choses non fongibles, p. ex. d'un livre). L'antithèse se trouve dans le neccum, dans lequel un seul et même acte établit à la fois l'obligation de restituer le capital et celle de payer les intérêts, de façon qu'une action unique [legis actio per mantes injectionem, action executive) suffit pour Tune et pour l'autre.

Je crois pouvoir conclure de ces considérations que les intérêts ont fait leur première apparition chez les Romains, non dans la vie quotidienne, mais à l'occasion des relations d'affaires. Mais longtemps avant que celles-ci ne s'établissent à Rome, elles avaient existé à Babylone ; à une époque où Rome n'était pas même fondée*, et où les prédécesseurs des Romains, faute de monnaie, condition des intérêts, la remplaçaient encore par du bétail (p. 32, 40), florissait déjà à Babylone un commerce animé et l'argent métallique était depuis longtemps connu. C'étaient là les deux conditions de l'apparition des intérêts. Ceux-ci sont une institution des Babyloniens, remontant chez eux, comme j'espère l'établir à l'instant, aux temps les plus reculés. Tous les autres peuples de l'antiquité leur empruntèrent cet usage; je n'ai pas besoin d'ajouter que ce fut par l'intermédiaire des Phéniciens (216).

Guidé par la conviction que toutes les institutions sont nées là où elles étaient indispensables et non là où, peu urgentes, on pouvait à la rigueur s'en passer, j'en arrive à admettre que les intérêts à Babylone doivent leur origine

(2 * 6) J'ai vainement cherché une attestation positive de ce fait ; s'il en existait une, elle devrait se trouver dans Salmasius de usuris, mais il n'en a cité aucune.

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