II. CIVILISATION DES ARYAS ET DES SEMITES
autres, il est de nature passagère. A cette distinction correspond la différence des matériaux, là le basalte, ici la tablette d'argile. C'était une représentation extérieure de la permanence intrinsèque et de la fragilité qui rappelle la symbolisation romaine de la durée éphémère de l'Édit du Préteur par la tablette de bois, et de la durée éternelle de la loi par la table d'airain. Ensuite on invoque les dieux pour protéger le droit, et de là leurs images en tête du document. Sur la tête de l'impie qui y porte atteinte, soit en fait, p. ex. par déplacement des bornes, par dévastation, vol des fruits; soit en droit, par contestation en forme juridique, on fait toutes les imprécations imaginables. Les inscriptions ne connaissent guère de mesure dans l'énumération des maux dont les dieux accableront le coupable, elles constituent une véritable carte d'échantillons des malédictions et des imprécations les plus terribles. J'ai cru pouvoir rappeler ici un trait qui se représente chez d'autres peuples, p. ex. les Romains (2M): le respect des bornes placées sous la garde des dieux. Mais il est trop étroit; à Babylone, la protection divine va bien plus loin, elle couvre la propriété foncière en général.
Pour le droit commercial babylonien, cette garantie n'avait aucune importance, elle n'a jamais été appliquée au négoce — le marchand se confiait en son droit écrit, et n'avait pas besoin des dieux. Si néanmoins je l'ai mentionnée, c'est que je ne croyais pas pouvoir la passer sous silence du moment qu'il s'agissait de la forme des actes juridiques à Babylone.
Le droit formait le dernier facteur auquel j'ai cru devoir consacrer une attention spéciale dans ces recherches sur le régime du commerce à Babylone. Mais nous n'avons nullement épuisé les éléments qu'il importe de considérer en cette
(>M) Prétendue loi de Numa. Pompilius dans Fbstus : terminus, p. 368 eum, qui terminum exarasset, et ipsum et boves sacros esse.
matière; il en manque encore un, tout à fait essentiel. Ce que nous avons constaté jusqu'ici, nous le résumons encore une fois pour finir. Le babylonien jouissait des voies commerciales les plus favorables : de grands fleuves navigables et la mer pour ses navires, de bonnes routes de terre pour son chariot fardier (p. 165, 222). De bonne heure il a reconnu la haute valeur du métal précieux comme base du système monétaire, il a su faire de l'argent l'emploi le plus fructueux pour ses intérêts, et, enfin, il se trouvait en possession d'un droit perfectionné lui donnant la plus entière sûreté de mouvements. Il faudrait n'avoir aucune notion des choses du commerce pour ne pas découvrir le dernier objet encore manquant. Pour acquérir une marchandise quelconque, il faut en offrir une autre en échange. Que pouvait proposer le navigateur babylonien aux Indiens, aux Arabes ou aux autres peuplades bien plus arriérées que lui en civilisation, afin d'obtenir d'eux les choses que sa patrie lui refusait et surtout celle vers laquelle tendaient tous ses désirs? L'or? Il ne pouvait être question de bétail et de bois qu'il aurait dû commencer par se procurer lui-même. Des céréales? des fruits ? Ces peuples en avaient en abondance; au lieu d'en importer il devait au contraire en rapporter avec lui. Mais parmi les objets inconnus d'eux et qu'il pouvait leur offrir, il en était qui à leurs yeux avaient une valeur telle qu'ils devaient les payer volontiers le décuple, voire le centuple : les produits de son industrie. C'est là le négoce connu de l'Européen avec les sauvages : échange de l'or, des pierres précieuses et des perles contre de la verroterie, des mouchoirs de couleur, de vieilles armes, etc. Ce trafic est typique pour les relations d'un peuple industriel et commerçant avec un peuple primitif, et il doit nécessairement avoir eu cet aspect dans les rapports du Babylonien avec ces populations. Une hache de fer, un glaive, une lance avec pointe de métal, — que valait pour l'Indien tout son or en comparaison de ces objets? Il pouvait faire usage de ces choses, son or