‹ Les Indo-Européens avant l'histoireChapitre 150 sur 235 · I. VER SACRUM · texte numérisé non relu

I. VER SACRUM

deux sexes devait alors quitter la ville et chercher son salut à l'étranger pour trouver ailleurs une autre patrie. Le peuple brisait tout lien vis-à-vis d'eux — en cela consistait la différence du ver sacrum et de l'expédition d'une colonie — et ne s'inquiétait point de leur sort, remis exclusivement entre les mains de la divinité, qui pouvait en disposer d'après son bon plaisir. De là le nom de ver sacrum et de sacrani pour ceux qui y prenaient part. Leur dieu protecteur était Mars (dont les Mamertii retinrent le nom); les conducteurs de la marche étaient les animaux qui lui étaient consacrés : le loup et le pic.

Cet exposé renferme trois points ne concordant point avec la formule solennelle du ver sacrum, et par rapport auxquels Festus a donc incontestablement commis une inexactitude.

D'abord il n'est pas vrai que l'on vouât les êtres à naître au printemps suivant (26tt). Pareil vœu auraitété indéterminé, car, comme tout votum, à Rome, il était subordonné à la condition que la divinité eût fait d'abord ce dont on l'avait priée. Dans l'espèce à l'occasion de laquelle Tite Live rapporte la formule solennelle du ver sacrum (XXII, 10), le terme fixé comportait cinq ans (ad quinquennium proximum). On y prévoyait expressément un décret ultérieur du peuple qui devait constater l'accomplissement de la condition et ordonner l'exécution du ver sacrum (ex quo die senatus populusque jusserit). Il ne pouvait donc s'agir, pour les jeunes des animaux, qui seuls sont nommés ici, que du printemps suivant cette échéance^™) ; point dont j'établirai l'importance pratique plus tard(§ 39).

("•) Festus, Mamertini, p. 158. Fest. Ep. ver sacrum, p. 379 : proximo vere.

(î70) En pratique cela était d'une haute importance. On restait maître d'organiser l'accouplement des animaux de telle façon que le part se produisît avant ou après le printemps.

Ensuite on ne vouait pas aux dieux tout ce qui devait naître en ce printemps (271) ; il n'est pas fait mention, dans la formule, des êtres humains — et nous verrons plus tard (§ 38) ce que cela signifie — ; parmi les animaux, on ne désigne que: quod ver attulerit ex suillo, ovillo, caprino, bovillo grege, et nous exposerons également (§ 38) l'importance qu'avait cette restriction au bétail en troupeaux.

Il n'est pas moins inexact de dire que les êtres à venir étaient consacrés à Mars ou même aux dieux souterrains ; la formule nomme expressément Jupiter (Jovi fierï). Mars n'était que le dieu protecteur des émigrants. Quant à savoir comment il faut entendre la désignation du loup et du pic comme conducteurs des expatriés (272), nous ne trouvons pas le moindre renseignement dans les livres des archéologues romains.

L'envoi à l'étranger de la jeunesse à naître avait, d'après Festus, remplacé à l'époque primitive les sacrifices d'enfants, et cette opinion a été admise par la science moderne (273). Elle est positivement fausse. Les sacrifices d'enfants étaient complètement inconnus chez le peuple père aryen; c'était une institution phénicienne qui se rattachait au culte de Moloch. Cela n'exclut point, il est vrai, que les Indo-européens, après leur séparation du peuple père, et par suite de leur contact avec les Phéniciens, n'aient pu en avoir connaissance et les adopter. Pour les Grecs, cela se trouve en effet affirmé par Diodore de Sicile (XX, 14); il veut y rattacher le mythe de Saturne qui

(27*) Festus Epit. ad loc. cit. quaecunque... animalia. FESTus,Mamertini p. 158 : quaecunque (ce qui comprend également ici les enfants) vere proximo nata essent.

(S72) Attestations en ce sens dans Festus. Ep. Irpini, p. 106. Picena, p. 212, Serv. ad Aen. XI, "785, Strabon, V. 4,2, p. 240.

(*73) D'après Sch-wegleräö'tw. Geschichte 1. c. on ne peut guère la mettre en doute.

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