‹ Les Indo-Européens avant l'histoireChapitre 149 sur 235 · La tradition · texte numérisé non relu

La tradition

XXXVII. L'institution à laquelle j'espère pouvoir emprunter des renseignements sur les circonstances du départ des Aryas de leur patrie est le ver sacrum des Romains. Le fait que cette institution se représente également chez les Grecs, les Italiotes autres que les Romains, même chez les Germains(265), prouve que nous avons affaire, non à un usage né sur le sol de l'Italie, mais à une coutume remontant à l'origine de tous les peuples indo-européens. Nous nous en tiendrons dans ce qui suit à la physionomie qu'elle revêtait chez les Romains.

(t85) Sur les Grecs et les Italiotes : Schwegler Rom. Gesch., I, p. 240, sur les Germains: Friedrich Franz, 3e Jahresbericht des K. K. Staatsgymnasiums in Wien, IV. Bezirk, publié par Fleischmann, en tiré à part, 1888, p. 7 s. Dans une des attestations citées par lui, l'usage est désigné comme veterrimus ritus. Chez les Grecs, il prenait la forme de dîmes offertes aux dieux ; che/ les Scandinaves, le sort décidait qui devait émigrer ; chez eux, dans des cas de grande famine, le tiers, une fois même la moitié do la population aurait émigré; d'après la légende des dieux, ce serait de cette façon qu'Odin avec les Ases serait venu A' Asie (Troie !). Nous avons déjà dit ce qu'il faut en penser (p. 12)»

Les sources nous offrent deux points d'appui : les relations des écrivains romains et grecs; en première ligne celle de Festus, et la formule officielle reproduite par Tite Live (XXII, 10) du vœu du ver sacrum, tel qu'il était soumis au peuple par le magistrat, pour la rédaction de son décret. En présence de sa contexture précise et détaillée, l'authenticité de ce texte ne peut être l'objet du moindre doute. Comme toutes les autres formules solennelles, celle-ci se trouvait évidemment en possession du collège des Pontifes (266), et vu sa haute importance pour notre étude, j'en reproduis littéralement les passages décisifs (267). Rogatus in haec verba populus: Velitis jubeatisne haec sic fieri? Si res publica populi Romani quiritium ad quinquennium proximum, sicut velim eam, salva servata erit hisce duel lis, quoi bellum populo Romano cum Carthaginiensi est, quaeque duella cum Gallis sunt, qui eis Alpes sunt, quod ver attulerit ex suillo, ovillo, caprino, bovillo g rege, quaeque profana sunt, Jovi fieri, ex qua die senatus populusque jusserit ?

D'après l'exposé de Festus, admis par l'archéologie moderne, le ver sacrum avait l'aspect que voici.

En cas de nécessité extrême, on vouait aux dieux, au nom de l'État, afin d'implorer leur pitié pour le peuple, tous les êtres, hommes et animaux, dont on attendait la naissance jusqu'au printemps suivant. Les enfants étaient épargnés jusqu'à ce qu'ils fussent adultes (268); la jeunesse nubile des

(266) Elle doit s'être trouvée comme toutes les autres formules de nature religieuse dans les archives du collège des Pontifes, d'où Tite-Live l'a directement ou indirectement tirée ; il mentionne expressément la coopération àu.Pontifeœ maximus.

(267) Je reviendrai plus loin, à leur place, sur quelques points de détail.

(2 6 8) Même jusqu'à l'âge de 21 ans, dans le cas mentionné par Tite- Live, XXXIII, 44 de l'an 557 de Rome; jusqu'à 20 ans d'après Festus : Mamertini, d 158.

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