I. VER SACRUM
torité : on savait exactement quel était le nombre des émigrants (§ 39).
L'homme qui veut se joindre à l'expédition doit donc être capable de porter les armes. Telle est la signification de la jeunesse dans le ver sacrum; on laisse grandir les jeunes gens, jusqu'à ce qu'ils soient devenus propres au service militaire. Ils sont majeurs dès la puberté, mais l'aptitude à la guerre exige des qualités corporelles et intellectuelles plus développées que la majorité du droit privé, attachée à la simple maturité sexuelle. Je crois avoir saisi l'idée qui fit reculer ainsi le terme jusqu'à 20 ou 21 ans. Cela n'empêche que les conditions d'entrée dans la légion existaient dès l'âge de 17 ans, car les jeunes gens y avaient les vétérans à côté d'eux; dans le ver sacrum, ils étaient livrés à eux-mêmes. Tout dépend chez l'homme de la valeur guerrière, c'est sa vertu, comme la fécondité est celle de la femme. Le souvenir de cette notion primitive s'est durablement conservé chez les Romains ; dans virtus, vir (sansc. voira, goth. wair, anglosaxon wër, d'où le composé wergeld, prix du sang) c'est l'homme, le héros, le guerrier, et à cette qualité se rattache le sens latin de vertu, vir-tus. Les Romains ont conservé l'appellation, même après que la notion se fût depuis longtemps élargie, tandis que chez les Grecs et les Germains, la conception originaire a cédé la place à une autre, tant en ce qui concerne la qualification de l'homme que celle de la vertu. Ils désignent l'homme d'après l'élément physiologique du sexe (grec dvrjp, sanscr. nar, allemand : mann, du sanscr. manu : homme) ; la vertu, comme aptitude en général (grec aperf, du sanscr. ar, adapter, emboiter, allem, lugend de lugan, taugen, être apte). Aucun des peuples aryens n'a conservé aussi fidèlement que le peuple romain la conception de l'ère de migration. Qu'elle remonte à cette époque, cela ne peut être douteux en présence de la circonstance qu'elle était étrangère au peuple père aryen, comme le prouve la langue; l'Aryas nommait l'homme
d'après le sexe [nar)\ et il ne connaissait pas l'expression virlus pour vertu. C'était un pâtre dont l'existence régulière, paisible, sans soucis, était parfois interrompue par des combats contre des voisins, hostilités sans grande importance, suffisantes pour lui faire concevoir le héros, voira, mais incapables de lui dévoiler la notion toute entière de la vertu. Mais ce qui chez lui n'était qu'un état passager devint pour le peuple fils la situation régulière, — la légende hirpinienne dont je parlerai tout à l'heure, caractérise cette phase nouvelle en faisant du pâtre un brigand ; — chaque pouce de terrain devait être conquis par la force des armes, et dans tous ces combats, il s'agissait de l'existence ou de la perte du peuple. Etre vaincu équivalait à la destruction. Ainsi s'explique que la bravoure était l'unique qualité virile prise en considération. Elle seule, en cas de hauts faits extraordinaires, était publiquement récompensée; le prix de vertu était la lance décernée par le peuple [hasta praeusta)(219), c'était Vordre pour le mérite de l'antiquité. La lance à pointe de bois que les Romains conservèrent longtemps après l'emploi du fer, montre qu'il s'agit ici d'une institution de l'époque primitive. La lâcheté est la plus grande ignominie dont l'homme puisse se couvrir — les Germains étouffaient le lâche dans un marécage; — les délits qui manifestent la force, comme le brigandage et le meurtre, ne déshonorent pas l'homme; on laisse le préjudicié se procurer satisfaction lui-même.
Dans le ver sacrum, l'aptitude guerrière s'identifie avec la jeunesse. Nous avons déjà remarqué que dans l'exode des Aryas, elle n'avait pas une signification aussi étroite. Mais la notion de jeunesse que le ver sacrum mettait en relief, est cependant du plus haut intérêt; les Romains l'ont toujours conservée dans la désignation officielle du peuple
(279) Festus, Epit. Hastae, p. 101.