I. VER SACRUM
réuni en comices, pube praesente[**°), et dans son rapprochement avec cette appellation, la signification linguistique, si souvent contestée, de populus, réunion des jeunes (28i), gagne beaucoup en vraisemblance. A l'appui de cette thèse, s'ajoute encore la distinction de populus et senatus, qui se rattache linguistiquement à celle de l'âge. Si l'on entend par senatus les anciens, on ne peut entendre par populus que les jeunes : les pubi, pubères ; la distinction serait linguistiquement très incorrecte, si populus, comme on l'a cru, ne devait signifier que la masse.
L'idée qu'on se faisait du peuple, se montre dans le dérivé de populus, populari — dévaster (les allemands emploient également avec la même signification le mot verheeren, provenant de lieer, armée). Ce n'est pas le peuple dans notre sens actuel : ensemble d'hommes unis par la descendance, l'histoire, la langue, la civilisation, mais une armée qui se déverse sur le pays ennemi comme un torrent dévastateur, abattant tout devant lui. Cette signification est aussi conservée par rapport à l'action politique que le peuple exerce dans ses comices, à la capacité d'y prendre part, qui commence et finit avec l'aptitude au service (17 à 60 ans), et aux formes entourant les assemblées. Le drapeau de guerre, de couleur rouge, était déployé sur la citadelle, le signal était donné par des sonneries militaires, le rendezvous était le campus martius consacré au Dieu de la guerre, et situé hors de la ville.
(»so) Festus, Ep. Pube praesente, p. 252.
(*•*) D'après l'opinion de Kuhn Zur ältesten Geschichte der indo-germanischen Volker, p. 4, populus contient un redoublement de pubus jeune (Exemple: dita-pulus apprenti),de la racine sanscr. pu, engendrer, nourrir, d'où le sanscr. putra, fils, putri, fille, lat. puer, pubes, putus,pupus, jeune garçon. De mime le redoublement puptllis. V. dans mon Et-prit du D. R. une collection des autres dérivés, I, p. 250, note «05 (éd. fr.) ; il faut y joindre ceux donnés par Vaniczek, loe. cit., I, p. 506.
Les réunions communales des Germains nous représentent également l'armée; les participants paraissent au thing, tous équipés, et se rangent d'après l'ordre de bataille. Le thing est à la fois l'inspection des hommes et des armes (*8a). Le vote des propositions se fait au choc des armes (283), et lorsqu'il s'agit de l'élection d'un roi, l'élu est élevé sur un bouclier et on lui présente la- lance (*84). Cet usage ne se trouve point chez les Aryas, sa première apparition doit donc dater d'une époque postérieure, et comme il se retrouve chez les Romains et chez les Germains, il ne peut s'être formé qu'avant leur séparation, c.-à-d. lors de la migration commune de tous les Indo-européens. Chez un peuple établi à poste fixe, dont la paix est l'état normal, et où seule la déclaration d'une guerre amène la nécessité de prendre les armes, la naissance de cette coutume serait aussi difficile à comprendre qu'elle est aisément admissible chez des migrateurs guerriers, constamment en état d'hostilité.
Le peuple est une armée — tel est le caractère de l'Aryas à l'époque de ses migrations. L'aptitude aux armes est pour le sexe masculin la condition nécessaire d'admission, celui qui la perd est exclu comme une non-valeur; pendant la migration, le pain est trop chichement mesuré pour que l'on puisse se permettre le luxe de conserver des bouches inutiles. Pour être nourri, il faut prendre part au combat. Les Romains à l'époque historique ne connaissent plus le meurtre des vieillards ; non seulement ceux-ci sont épargnés, mais ils obtiennent même, dans l'organisation du Sénat, une position politique prépondérante, réalisant l'idée que les anciens,
(282) Schröder, Deutsche Rechtsgeschichte, p. 16. Cette antique coutume germanique de la réunion en armes s'est conservée jusqu'à nos jours dans le canton d'Unterwalden en Suisse, et c'est bien probablement le dernier reste des institutions de la migration des Indo-européens.
(283) Tacite, Germ. cap. 11.
(28*) Grimm, Rechtsaltert., p. 163, 234 s.