‹ Les Indo-Européens avant l'histoireChapitre 162 sur 235 · VER SACRUM · texte numérisé non relu

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façon quelconque, soit directement, soit par l'intermédiaire des clans et des tribus, à l'administration centrale, dont nous devons nécessairement supposer l'existence. Lorsque le total des émigrants et des têtes de bétail était ainsi connu, on fixait, dans la mesure qu'exigeaient le nombre d'hommes et la durée probable de l'alimentation, ce que les hommes restant au pays devaient suppléer. Pour déterminer l'importance de cette contribution, il fallait un recensement des troupeaux. La répartition entre les riches se faisait d'après les résultats de cette opération ; les petites gens, possédant peu de bétail, n'étaient sans doute pas inquiétés.

Un recensement à l'époque primitive! quel anachronisme, s'écriera-t-on? Je dois passer condamnation si l'on ne veut point admettre comme probante pour les anciens Aryas, la conclusion que l'on peut tirer de l'exemple des Celtes. Chez ce peuple, la confection des listes était complètement organisée à l'époque où César fut en hostilités avec eux. Il trouva dans le camp des Helvétiens, qu'il avait vaincus après leur invasion en Gaule, la nomenclature la plus précise, non seulement du nombre d'hommes en âge de combattre, mais aussi de ceux qui ne pouvaient porter les armes, en distinguant spécialement les enfants, les vieillards, les femmes (287); de même pour leurs alliés. Ailleurs,

(287) Caesar, de bello gall. T, 29 ; tabulât litteris Qraecis confectae, quibus in tabulis nominatim ratio confecta erat, qui numerus domo exisset eorum, qui arma ferre possent, et item separatim pueri, senes, mulieresque. Le nombre total des Helvétiens était de 263,000, et 368,000 avec les alliés, celui des hommes en âge de combattre était de 92,000, juste le quart du nombre total. Dans l'exode des Aryas, où les vieillards et les hommes approchant des limites de Tage viril n'ont pas accompagné et où bien des jeunes gens venaient à peine de prendre femme, où par conséquent le chiffre des enfants doit être évalué plus bas, le total des hommes capables de porter les armes doit avoir été encore plus élevé.

César donne également des renseignements circonstanciés (II, 4, VII, 71 , 76) sur les forces qui lui étaient opposées dans ses autres combats contre les Gaulois. Évidemment il les devait aux émissaires qu'il envoya chez toutes les tribus celtiques et son enquête suppose l'existence d'une statistique. Vercingetorix à son tour sait déterminer avec précision la durée probable des approvisionnements de vivres des assiégés (II, 71). Ces données étaient donc également établies en chiffres.

Le recensement que nous rencontrons chez les Celtes, se retrouve chez les Romains dans le census. Dans sa forme historiquement attestée, celui-ci émane, comme on le sait, de Servius Tullius, mais je ne puis me figurer que cette organisation serait ainsi sortie de la tête de son créateur, sans aucun lien avec le passé, absolument neuve et complètement développée, comme Minerve sortant du cerveau de Jupiter. La base existait déjà; Servius Tullius ne dut que l'appliquer. Il ne fallait pas un si haut degré de civilisation pour la mettre au jour; l'exemple des Celtes est là, et la simple raison suffit pour en faire comprendre la valeur à un peuple guerrier.

Mais ni les Celtes ni les Romains n'ont eu besoind'inventer le recensement; leurs ancêtres leur en avaient épargné la peine. Ce que les Helvétiens ont fait en quittant leur patrie, les Aryas l'avaient déjà pratiqué dans les mêmes circonstances, en établissant en chiffres le nombre des émigrants. A cet égard, une impérieuse nécessité n'existait pas pour les premiers, puisque la fourniture de l'approvisionnement obligé incombait à l'individu ; pour ces derniers, au contraire, l'imposition au peuple d'une contribution était indispensable et la répartition entre ceux qui restaient au pays devait se calculer au prorata de ceux qui partaient et de leurs besoins. Si c'est à bon droit que j'admets cet impôt, cette gabella emigrationis dans le sens passif, comme on pourrait l'appeler, il en résulte la preuve que la statistique

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