‹ Les Indo-Européens avant l'histoireChapitre 161 sur 235 · VER SACRUM · texte numérisé non relu

VER SACRUM

du peuple se retrouve dans le fait antique, comme tous les autres éléments du ver sacrum. La nécessité de ce décret, sur laquelle insiste le Pontifex maximus (286), doit avoir eu sa raison d'être en ce que les choses s'étaient passées ainsi à l'origine. Qu'est-ce qui pouvait porter le peuple à s'émouvoir? Poser la question c'est la résoudre. Il s'agissait dans l'émigration d'un intérêt national, de la délivrance du peuple de ses misères. C'était la question sociale comme on dit aujourd'hui, qui se présentait pour la première fois à nos ancêtres, la sollicitude pour le sort des classes indigentes, le triste problème de l'alimentation ou du pain du pauvre. Là où il y a assez de vivres, il suffitpour aplanir toute difficulté que les riches abandonnent un peu de superflu, mais lorsqu'il y a disette, il ne reste qu'à émigrer. Mais le départ lui-même suppose que tout au moins pour le temps le plus proche la nourriture soit assurée, sinon l'entreprise mène à une mort certaine par la famine.

Assurer les subsistances est la première préoccupation qui s'impose lorsqu'une masse se met en mouvement, qu'il s'agisse d'une armée comme de nos jours, ou d'une population totale ou partielle comme au temps de la migration. Ce soin ne peut être abandonné à l'individu; la matière doit être réglée par voie d'autorité. Lorsque les Helvétiens émigrèrent dans les Gaules (Caesar, de bello gallico, I, 5) il fut ordonné par décret à chacun d'eux de se munir, pour lui et les siens, de trois mois de vivres. Le trimestre que Ton avait en vue, était le printemps; on partait en mars et cette saison, chez les Aryas, était considérée, nous le montrerons tout à l'heure, non seulement comme l'époque du départ, mais aussi comme période de migration; on faisait halte pendant l'été et l'hiver.

(»»6) tite Live 1. c. omnium primum populum consulendum de vere sacro... injussu populi voveri non posse.

Les Helvétiens, déjà devenus un peuple agricole, avaient des approvisionnements consistant en farine ((Lesar, 1. c, frumentum — molita cibaria); les Aryas, peuple pasteur, n'avaient que du bétail. De même qu'en Helvétie, l'émigration aryenne a dû être préparée par un décret imposant à tous l'obligation de se munir, pour eux et leur famille, du bétail nécessaire. Mais qu'arrivait-il de celui qui n'était pas en position d'exécuter l'ordre, du malheureux qui avait gardé les troupeaux du riche pour gagner sa pauvre vie, sans posséder un bétail personnel? Pour se débarrasser de cet indigent, c.-à-d. de toute la masse de ceux qui se trouvaient dans la même situation, il ne restait aux riches qu'à leur donner le nécessaire. Si ce soin avait été abandonné à leur bon vouloir, combien n'auraient pas su s'en affranchir, et cependant il était de l'intérêt de tous que l'émigration fût rendue possible ; il s'agissait d'écarter un danger qui pouvait menacer les classes possédantes de la part des pauvres. C'est pourquoi il fallait un décret imposant au propriétaire, en vue de rendre l'émigration possible, le devoir de céder une partie de ses troupeaux; il s'agit de ce que nous appellerions une taxe proportionnelle sur la fortune présumée.

Cela nous explique les paroles du Pontifex maximus : injussii populi voveri non posée; le peuple seul pouvait se frapper d'impôts.

Pour établir des impôts, il fallait apprécier les besoins; leur connaissance supposait la fixation du nombre des émigrants et de la quantité de bétail qu'ils pouvaient fournir. Il est inadmissible que cette question préalable ne fût d'abord résolue. On ne pouvait se renseigner à cet égard qu'au moyen d'une ordonnance invitant quiconque voulait s'expatrier à manifester son intention en temps utile, dans sa commune, et à indiquer la composition de sa famille et la quantité de bestiaux se trouvant en sa possession. On devait donc faire dresser partout des listes transmises ensuite d'une

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