III. LÉGENDE DES HIRPINIENS
allaita. Leur aptitude pour le rôle qui leur incomba plus tard, ne pouvait être mieux établie qu'en leur faisant sucer la nature du loup avec le lait de leur mère nourricière. La tradition qui attribue à un guide doué des facultés du loup la conduite primitive du peuple, produisit plus tard la confusion du nom avec la chose. Entendues en ce sens, c.-à-d. rapportées au guide désigné comme loup, les parolas de Paul ("') peuvent être littéralement maintenues : cum enim ducem secutiagros occupavere. De cette manière seulement la fiction de la louve nourricière apparaît sous son vrai jour, et se rattache ainsi au passé commun des Romains et de tous les Indo-européens. Chez les Romains, comme chez les Hirpiniens et les Lombards, le rôle attribué au loup est distinct, mais chez les uns comme chez les autres, c'est toujours d'un loup qu'il est question dès l'origine; seul l'gmploi que les Romains font du loup leur est propre, aussi bien que celui des Hirpiniens et des Lombards, mais chez tous, le loup de l'époque primitive forme le point de départ.
Outre le loup, la légende nomme encore comme guide un autre animal. C'est le pic, qui, d'après la tradition des Picentes, a guidé l'émigration des ancêtres, en se posant sur leur drapeau(3l°). Ici encore l'explication linguistique du récit (pic-us, Pic-entes) est évidente. En réalité, les Picentes pouvaient devoir leur nom à leur caractère ethnique,
(»••) Fest. Epit., p. 106./rpmï.
(»»•) Fest. Epit., p. 212. Ptcenaregio. Strabon, V, 4-2, p. 240. L'assertion de Sch wkgler 1 . c, que dans le ver sacrum on emportait comme guide un pic, est aussi peu fondée que celle qui attribue ce rôle au loup ; dans les relations des sources, ces deux animaux n'apparaissent que comme légendaires. Je voudrais bien savoir du reste comment l'entend cet auteur. Si l'on emporte les animaux liés, ils ne conduisent plus ; s'ils sont libres, c'en sera bientôt fait de leur suite, et puis que devenir lorsque tout deux prendront des directions opposées ?
qui les signale en effet comme « circonspects, prudents, rusés »(5H).
Mais le pic conducteur n'est cependant pas entièrement inventé, je crois avoir trouvé pour cette légende, comme pour celle du loup, un point d'appui réel datant du temps primitif; c'est X oiseau migrateur qui a effectivement servi de guide comme je le montrerai plus loin. Sans une pareille attache, le mythe du pic ne se serait pas plus formé chez les Picentes que celui du loup chez les Hirpiniens ; le nom du peuple n'a été, dans les deux cas, que le rappel d'un fait du passé.
Dans la légende hirpinienne, nous rencontrons encore un autre élément qui nous ramène également, à mon sens, à l'époque primitive. Ce sont les exta, les parties nobles de l'animal sacrifié : le cœur, les poumons, le foie, les reins. Comme j'espère l'établir plus tard, ils servaient, à l'origine, à s'assurer de la salubrité de la région. Ici encore donc la légende n'a fait qu'utiliser une donnée ancienne.
Tous les éléments sans exception dont elle fait mention peuvent par conséquent être mis en rapport avec des faits ou des institutions de l'époque primitive. Les divers détails qu'elle relève sont primordiaux, mais dans la tradition qui les lui conserva, la corrélation originaire s'était évanouie peu à peu et à sa place l'imagination populaire avait refait l'histoire à sa façon et reflétait une image qui n'avait plus la moindre ressemblance avec le premier aspect des choses. Chez les individus, lorsque la mémoire commence à s'affaiblir
(3M) Pic-entes comme pic-us, du sanscr. spak = épier, d'où l'allemand moyen : spacke = sage, encore conservé dans le mot spähen (guetter), specht (pic), en italien : spiare, d'où espion etc. Le pic est l'oiseau qui s'interrompt à tout moment pour regarder autour du tronc d'arbre qu'il frappe. Vaniczek, II p. 1174. Le même nom fut porté parle premier roi du Latium, érigé en Dieu de la prophétie. La signification donnée ci- dessus ne peut donc souffrir le moindre doute.