III. LÉGENDE DES HIRPINIENS
dans sa version de la légende hirpinienne (506), assigner à ce fauve le rôle de guide, lors de la prise de possession du pays, ou celui de nourrice, à l'exemple de la louve dans la légende romaine de Romulus et Remus. Le cadre imaginé pour la mise en scène de cet animal n'a rien de commun avec l'acteur lui-même, et la fiction doit évidemment avoir une portée particulière.
Des pâtres font un sacrifice funéraire avant que survienne l'événement décisif qui leur fournit l'occasion d'échanger leur paisible existence contre le brigandage. La même situation se produisit lors de l'émigration des Aryas. Avant de se mettre en marche, ils firent un sacrifice funéraire. Pâtres jusqu'à ce moment, ils deviennent des guerriers ne cherchant plus que butin et conquête, c.-à-d. des brigands. Mais cette transformation n'est pas volontaire, la nécessité les y contraint. Ils étaient poussés, comme nous l'avons vu plus haut (p. 299), par le manque de nourriture sufiisante; dans la légende hirpinienne, l'occasion est devenue une épidémie qui, comme on le sait est souvent la suite de la famine. La nécessité extérieure imposant l'échange d'une existence paisible contre une vie guerrière, est un trait qui se représente également dans la légende hirpinienne. Des brigands procréent un peuple guerrier. Ainsi finit la légende hirpinienne et aussi l'histoire de la migration des Aryas.
Il y a donc cinq caractères communs :
1° Pâtres à l'origine;
2° Changés en brigands ;
3° Sacrifice funéraire;
4° Nécessité extérieure ;
5° Naissance d'un peuple guerrier nouveau.
Il n'y a que le loup que nous n'ayons pas encore ren-
(soe) Febtus. Epit., p. 106, Irpini.
contré. Son rôle de guide dans le ver sacrum^01) est une assertion dénuée de fondement; comme tel, il apparaît uniquement dans la légende hirpinienne. On pourrait croire que le nom Hirpiniens a suffi pour le mettre en scène. Mais la légende du loup conducteur existe également chez les Lombards.
Dans son histoire de ce peuple, Paul Diacre raconte (508) que son arrière grand-père, fait prisonnier par les Avares, s'était dérobé par la fuite. Ignorant le chemin à prendre, il avait suivi un loup qui le conduisit par la grande route en Italie, chez les siens. Ce conte étonnant ne peut avoir été imaginé à plaisir, il devait s'appuyer sur une tradition d'après laquelle, aux temps de la migration, le loup guidait les expéditions des bandes de brigands. Mais, dira-t-on, que gagnons-nous à faire remonter la fable du loup conducteur à cette haute antiquité? Nous aurons d'abord pour résultat, de constater un point de départ commun pour les Hirpiniens et pour les Lombards. Cependant, la première origine n'en devient pas plus compréhensible. Comment pouvait-on adopter l'idée insensée qu'un loup avait joué le rôle de guide? Je réponds : le guide de la troupe portait à l'époque primitive le nom du loup — pour être à la hauteur de son rôle, il devait avoir la nature de cet animal, et celui qui remplissait le mieux cette condition était un conducteur tout indiqué. Romulus et Remus étaient deux fauves de ce genre, et ainsi s'explique la légende de la louve qui les
(30T) Schwegler. Rom. Gesch. [, p. 241, note 2.
(3C8) Hist. Langob. IV, 39 (p. 131-132). Je dois la connaissance de ce texte, hautement important à mon avis, à une obligeante communication de M. Viertel, directeur du gymnase de Goettingen, et je le reproduis ici littéralement: FA lupus adveniens cornes itineris et ductor efectus est. Qui cum ante eum pergeret et fréquenter post se respiceret et cum staute subsistent et cum pergente praeiret, intellexit sibi eum divinitus datum tsse, ut ei iter quod nesciebat, ostenderet.