‹ Les Indo-Européens avant l'histoireChapitre 191 sur 235 · II. ORGANISATION MILITAIRE · texte numérisé non relu

II. ORGANISATION MILITAIRE

tion et volonté; c'est de part et d'autre la transition de l'existence naïve à l'état réfléchi.

La langue latine a pour désigner V armée deux expressions : exercitus et classis; d'après les Romains (317), la première est nouvelle, la seconde archaïque. Toutes deux sont le reflet de leur époque, leur étymologie est exclusive de toute autre. A considérer sa composition, exercitus, c'est la troupe sortant de la forteresse [ex arce)[*iS), or la forteresse avec la ville qui l'entoure ne date que de l'établissement à poste fixe; ni l'une ni l'autre ne se concilient avec les fréquents déplacements de la migration. Pendant les longs arrêts, on se sera assuré contre les surprises de l'ennemi en fortifiant le camp au moyen de remparts et de fossés, ou, à la manière des Aryas, en établissant des lieux de retraite sur les hauteurs (p. 106). Le terme classis nous figure grammaticalement l'armée convoquée verbalement (calare), et nous ferons bien de suivre l'indication de l'étymologie.

Le caractère concluant de cet argument grammatical est confirmé par une série d'autres. D'abord et avant tout, par la circonstance que ce mode originaire de convocation s'est conservé chez les pontifes jusque bien avant dans la période historique, tandis que l'autorité civile l'a remplacé par les clairons militaires dès leur apparition. Comme partout, le clergé ne suivit pas ce progrès, il s'en tint à la manière antique et traditionnelle. Aussi les réunions convoquées par lui recevaient-elles le nom de comitia calata. Il ne faut pas se figurer que cette façon d'agir fût dès l'origine exclusivement religieuse et que le pouvoir séculier usât d'autres moyens; l'époque primitive, qui ne connaissait pas le travail des métaux (p. 37 s.), ne pouvait procéder autrement, et

(iil) Fkstus. Epit., p. 56 : classes clypeatas antiqui dixerunt quos nunc exercitus vocamus.

(5I8) V. aussi Vaniczek 1. c, I, p. 55.

outre le témoignage qu'en donne classis, la langue en conserve deux autres : classieuse l0) et classicum. Classions, dans son sens postérieur, signifie celui : qui lituo cornwce canit (Varron de L.-L., V, 91), et classicum, le signal. Si l'âge antique n'avait point les clairons militaires, les ordres, même dans la bataille, ne pouvaient être transmis que par des cris, et tel était encore, d'après l'Iliade, l'état des choses dans les combats devant Troie. Or pour se faire entendre il fallait une voix puissante et portant loin, ce qui explique qu'Homère vante celui qui <r crie fort dans le combat. » Tel qui convenait comme chef, ne possédait pas cette qualité, tandis que la nature l'accordait généreusement à tel autre qui sans cela n'eût été, peut-être, bon à rien. J'en conclus que probablement les anciens classiez n'étaient pas choisis uniquement pour convoquer l'armée, mais aussi pour lui transmettre au milieu de la bataille les commandements du chef; leurs voix rendaient ainsi le même service que les instruments des classici de l'époque postérieure.

J'ai dit plus haut que les pontifes ont conservé l'antique

(3I9) L'expression classions se rencontrait encore, dans l'ancien temps, avec une autre application, à savoir les témoins testamentaires. Fest. Epit., p. 56 : classici testes dicebantur, qui signandis testamentis adhibebantur. Cela s'explique d'après la forme primitive de la confection du testament dans l'assemblée du peuple; l'expression classicus indique que dans le testament le témoin représente le peuple (classis), ce qui ressort également du nombre cinq des témoins, répondant aux cinq classes du cens. Notre expression moderne : témoin classique, nous reporte donc, d'après son origine linguistique, au calare de l'époque primitive ; tous ces termes indiquent la manière originelle d'appeler ; si on les a maintenus, même après que linguistiquement ils n'étaient plus exacts, cela est un phénomène qui dans l'histoire de la langue est d'une fréquence extraordinaire ; à Hambourg certains auxiliaires du magistrat s'appellent encore aujourd'hui : reitende diener, gardes à cheval, bien que depuis longtemps ils ne soient plus montés.

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