VIEILLARDS ET INFIRMES
XLVI. La faim a chassé l'Aryas de sa patrie, mais elle est restée attachée à ses pas et l'a constamment accompagné dans sa migration ; elle fut peut-être l'ennemi le plus dangereux qu'il eût à combattre.
Cela nous rend compte d'une coutume cruelle de la période migratoire : le meurtre des vieillards. Nous ne la trouvons point chez les anciens Aryas, mais bien chez les Celtes et les Germains (3*°), jusque bien avant dans les temps historiques. La tradition romaine elle-même en fait mention ; elle doit donc s'être formée pendant la période de migration. Pour comprendre comment elle a pu naître, il ne faut pas oublier que déjà le peuple père faisait aux vieillards une position réellement misérable (p. 49 s.). Entre le refus du pain aux parents de la part des enfants, et le meurtre des vieillards par la communauté, il n'y avait qu'un pas. Aux yeux du vulgaire, cette exécution n'aura certainement pas revêtu le caractère d'une mesure passagère, excusée et nécessitée par l'extrême urgence, — sinon on aurait dû laisser vivre les vieillards lorsqu'il y avait assez de provisions — mais celui d'une institution portant en elle-même sa complète justification. La communauté — et c'est à elle
(559) [Ce paragraphe n'était pas achevé dans le manuscrit (TJhering ; l'éditeur l'a composé au moyen de quelques fragments épars].
(3*°) V. un grand nombre d'attestations relatives aux Germains, dans Grimm, Deutsche RechtsalterthUmer, p. 486 s. ; quant aux Slaves, v. plus loin § 49.