II. DEGRÉ DE CIVILISATION
ont conservé l'institution aryenne, les Germains point ; ils Tont remplacée par une autre, qu'ils ont probablement empruntée au peuple de leur seconde patrie. Chez les Russes, nous la trouvons encore très tard. Wladimir le Grand se mariant avec une princesse byzantine (988) n'obtint aucun apport de celle-ci, bien qu'il eût obtenu le mariage par la force des armes ; bien plus, il paya même à ses parents (45), tellement était étrangère aux Slaves la conception que la future doit apporter quelque chose au futur. Cette conception ne s'accorde point avec l'idée de l'achat de la femme. Les Germains qui de tous les Indo-européens sont demeurés le plus longtemps dans la seconde patrie, ont adopté l'organisation du peuple soumis; les populations italiotes ont conservé celle du peuple père, tandis que les Celtes (*6) et les Grecs ont combiné les deux organisations dans la contre-dot (âvr/<j>epa) à fournir par le mari à la femme, ce que firent également les Romains à l'époque impériale. Sous le rapport moral, l'organisation romano-aryenne se trouve bien au-dessus de l'organisation germano-slave, bien entendu si Ton remonte aux idées qui en forment la base. L'une reposait sur l'achat de la femme, l'apport dotal (brautgabe) formait le prix de vente, sauf que ce n'était pas comme dans les temps primitifs le père ou les parents vendeurs qui recevaient le prix, mais la femme elle-même. L'autre au contraire exprime la belle idée que la femme entre dans la maison du mari comme compagne libre, de même condition; elle apporte avec elle ce quelle a : comment pourraitelle conserver ce qui est le moins, son avoir, alors qu'elle se livre elle-même toute entière? Si elle n'a rien elle-même, son père a quelque chose et c'est à lui qu'il incombe, lorsque sa fille quitte la maison, de la laisser partir digne-
(♦») Ewers. Das älteste Recht der Russen Dorpat, 1826, p. 226. (*'■) Cäsar, de hello gall., VI., 19.
ment. Par là elle obtient d'avance, vis-à-vis du mari , d'après les idées de l'époque, seules en question ici, une position plus digne, plus respectable que si elle était entrée dans sa maison les mains vides; une uxor sine dote était si bien, pour les Romains, un objet déplaisant que c'était un point d'honneur pour les proches parents de constituer une dos à la jeune fille pauvre. L'idée de la communauté parfaite entre les époux, qu'un juriste postérieur (Modestin, L. I, de R. N., 23-2), exprime en ces mots : consortium omnis vitae, divini et humani juris communicatio, ne pouvait être mieux réalisée que si la femme apportait sa part pour édifier la maison; et si nous rencontrons déjà cette organisation chez les anciens Aryas, c'est une nouvelle preuve de cette reconnaissance morale de l'essence du mariage que nous avons déjà pu déduire de la forme religieuse de sa célébration et qui les place si incomparablement au-dessus de tous les peuples contemporains de l'antiquité. Sous ce rapport le peuple aryen a prouvé qu'il était un peuple civilisé de premier rang.
Tout cela est confirmé par ce qu'on nous rapporte de la vie conjugale, de la fidélité de la femme, de l'amour ardent des époux entre eux(*7). Les renseignements ne datent, il est vrai, que de la période védique, mais ils autorisent à conclure pour l'époque antérieure. La littérature retentit des louanges de l'amour conjugal et elle a produit sur ce thème des œuvres qui pour la profondeur, la douceur, la force du sentiment, peuvent être mises à côté de ce qu'il y a de plus parfait dans la poésie de n'importe quel autre peuple. L'Aryas exigeait la chasteté des filles non mariées aussi bien que celle de la femme mariée, et la séduction de la Mie sans frère, était une faute grave qui trouvait sa peine dans « un lieu profond. »
A l'époque postérieure, la femme dont le mari est venu à
(*7) Zimmer, 1. c, p. 331