‹ Les Indo-Européens avant l'histoireChapitre 41 sur 235 · II. DEGRÉ DE CIVILISATION · texte numérisé non relu

II. DEGRÉ DE CIVILISATION

l'obligation aux sacra ; ici encore la relation de causalité est exactement la même, ce rapport est déterminant pour les sacra, et non ceux-ci pour celui-là, sans compter que cette obligation n'existait absolument pas par rapport aux collatéraux et ne pouvait passer, par succession, à des personnes non parentes.

Quant au droit patrimonial je me réserve d'y revenir, je veux dire d'abord quelques mots de la connexion prétendue entre le sacrifice funéraire et l'organisation politique des Romains ainsi que le culte public des Dieux.

Il est exact de dire que dans l'organisation politique des Romains ainsi que dans le droit de l'époque la plus reculée la religion avait une importance dont rien dans le temps présent ne peut donner une idée(66). Mais l'assertion que pour la comprendre, nous ayons besoin de remonter au culte religieux des ancêtres est réfutée par l'exemple d'autres peuples où ce culte était entièrement inconnu, et chez lesquels la constitution théocratique donnait à la religion, sur l'organisme politique, une influence bien plus grande encore que chez les Romains. Du reste, l'on cherche en vain une preuve positive que précisément chez les Romains cette influence ait eu sa cause dans le culte des ancêtres. Même pour le culte religieux public où la corrélation avec le culte des ancêtres serait surtout facile à comprendre, on ne peut en trouver la trace, les divinités nationales des Romains n'ont rien de commun avec les lares et les pénates. C'est encore dans le culte de Vesta qu'il y a le plus de chance de pouvoir ramener le culte public des Dieux à l'origine indiquée. Le foyer, centre local et symbole de la communauté domestique, est en même temps l'autel sur lequel on sacrifie aux dieux lares ; ce qu'il est pour la famille isolée, le foyer de Vesta l'est pour le peuple. Mais le sacrifice sur le foyer n'est pas

(66) Matière traitée à fond dans l'Esprit du D. R„ T. I, § 21, 22, 26.

un sacrifice funéraire ; celui-ci — désigné par l'expression romaine parentalia — s'accomplit sur les tombes et seulement à des jours déterminés (67); celui-là s'accomplit à la maison, sans être attaché à des jours déterminés, et l'antithèse se reproduit également pour le peuple ; au culte domestique correspond le culte public de Vesta, aux parentalia [sacra privata) correspondent les feralia [sacra popularia) {?*). La circonstance seule que les hommes étaient exclus du culte de Vesta et ne pouvaient pas même pénétrer dans le temple, que le sacrifice était offert à une divinité féminine par des personnes du sexe féminin, aurait déjà dû exclure l'idée d'un sacrifice funéraire incombant en première ligne aux descendants masculins envers les ascendants du même sexe, sans compter que celui qui en est l'objet doit être mort.

Nulle part l'imagination de Fustel de Coulanges ne l'a entraîné aussi loin qu'en matière de droit patrimonial. Il a découvert que le caractère religieux du foyer implique nécessairement la propriété privée du sol à Rome. Le foyer est l'autel des dieux domestiques, le dieu domestique prend possession du soi et le donne aux siens (p. 70), d'où résulte directement que la communauté du sol est inadmissible (p. 72). Une fois établi, et abstraction faite de nécessités extrêmes, le foyer ne peut plus être déplacé, les Dieux

(67) Marquardt, 1. c, p. 258.

(68) Popularia sacra sunt ut ait Labeo,quae omnes cives faciunt. Festus p. 253. Dans popularis le peuple est pris pour la masse des particuliers, dans publicus (= pop ul-icus) comme investi du pouvoir public. Popularis signifie ce qui concerne Vindividu comme membre du peuple, notamment ce qui lui appartient {actio popularis ; popularia seil, subsellia: les sièges au théâtre), ce qui lui incombe (sacrificia popularia), ce dont il a sa part (munus populäre), ce qu'il doit à la masse (aura popularis, chez nous, la popularité). Publicus au contraire signifie : ce qui concerne le peuple comme sujet politique : p. ex. res publica, lex, Judicium, testimonium etc., c'est l'équivalent de : de la part de l'État, les sacra publica sont ceux, quae publico sumtupro populo fiunt. Festus, p. 245.

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