‹ Les Indo-Européens avant l'histoireChapitre 52 sur 235 · III. JUGEMENT FINAL · texte numérisé non relu

III. JUGEMENT FINAL

à la langue, à la religion, à la poésie, même à la philosophie et avec grand succès à une époque postérieure, sans ressentir le besoin de faire servir tout cela à l'amélioration des conditions extérieures de sa vie. Il était satisfait de l'état modeste de la vie pastorale. Une maison de bois, de riches troupeaux, une femme et des descendants du sexe masculin, voilà tout ce que l'Aryas demandait à la destinée. Il assaisonnait l'uniformité de sa vie en jouant et en buvant, se livrait au jeu avec la même passion effrénée que Tacite a constatée chez les Germains. Si la maison communale était fermée, il y avait dans le même local un jeu de dés(S8) ; et plus d'un malheureux, ayant tout perdu, jouait, comme les anciens Germains, jusqu'à sa liberté. Dans Nal et Damajanti le prince joue tout ce qu'il a, même sa couronne ; réduit à la mendicité il se retire avec sa femme dans les forêts. Comme buveur, l'Aryas était encore le digne ancêtre du Germain. On connaissait deux boissons enivrantes : soma, notre vin, et surâ correspondant à notre eau-de-vie; il y avait déjà des distilleries et des débits publics de cette liqueur(89).

(88) Zimmkr, 1. c, p. 172. Le joueur était désigné comme pilier de la maison communale (sabhâ) : sabhâstânu, le jeu comme réunion du village. Quant à ce que devaient être la prétendue loyauté et la stricte moralité du peuple, il suffît de remarquer que jouer et tromper étaient considérés comme équivalents ; « aucun vice, dit Zimmkr, p. 286, n'était aussi fréquent q ne la tromperie au jeu ». Le parjure n'était pas rare, et il ne manquait ni de brigands ni de voleurs. Zimmkr, p. 177-180.

. (89) Zimmer, p. £72-281. Je ne puis m'abstenir d'emprunter à cet auteur quelques fleurs édifiantes de poésie indienne sur la boisson « nous devînmes immortels, nous parvînmes à la souveraineté, nous trouvâmes les Dieux. . . Les infirmités et la maladie ont disparu. « Tels les hommes, tel le Dieu Indra: <» Toujours, dit-on de lui, le héros désire boire du soma . . lorsque ces (100 ou 1000 gorgées) sont dans son ventre, il prend de l'ampleur, comme le samudra. . . les gorgées descendent comme les torrents dans la vallée. » Rien d'étonnant à ce que le Dieu Indra en eut parfois do trop» qu'il se gonflât de tous côtés et qu'il rendît et ses esprits et tout le soma qu'il avait bu.

Aujourd'hui encore l'esprit pratique fait défaut dans les Indes; c'est par suite de cette infériorité que le peuple hindou a joué dans l'histoire un rôle aussi peu en rapport avec ses hautes facultés et son extraordinaire expansion et qu'il subit la domination étrangère. Une poignée d'Européens suffit pour maintenir sous le joug une population mille fois plus nombreuse; — quel jour jeté sur sa minorité politique ! Et quel tableau nous offre sa condition sociale actuelle? La malédiction du système des castes imposé par ses sages, les brahmanes, qui s'y réservèrent la première place, et la conservent encore, perdure sous une forme modifiée mais infiniment aggravée. A la place des trois castes inférieures primitives, il en est survenu d'innombrables autres dont les caractères distinctifs dépassent en absurdité toute imagination (90), et qui se séparent si rigoureusement les unes des autres, que leurs membres ne peuvent manger ni boire en commun, ni se marier entre-eux. « Les statuts des castes, dit l'auteur cité en note, sont plus « obligatoires pour l'Hindou, qu'aucune loi de la morale; ce « n'est même pas aller trop loin que de dire : les règlements « de la caste forment sa religion. La plus haute loi de la « vie est pour l'Hindou : manger, boire, et se marier corce rectement. Devant cette règle tous les préceptes et com- « mandements de la religion passent à l'arrière plan. Celui « qui est expulsé de sa caste est dans la plupart des cas un

(90) Richard Garbe, Indisches Leben dans Westermann Monatsheften T. 68, avril 1890, p. 107 : Dans une partie de l'Inde le mariage est défendu entre les pêcheurs qui font leurs filets en travaillant de droite à gauche et ceux qui travaillent de gauche à droite. Une certaine classe de laitiers a rejeté de sa caste ceux qui font le beurre sans faire au préalable chauffer le lait, et elle ne donne à ses filles pour maris que des hommes qui font le beurre comme eux-mêmes. A Cuttack, la localité le plus au sud du Bengale, les potiers qui tournent leur plateau assis et font de petits pots ne se marient pas avec ceux qui travaillent debout et font de grands pots.

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