‹ Les Indo-Européens avant l'histoireChapitre 57 sur 235 · I. ORIGINE DE LA RACE · texte numérisé non relu

I. ORIGINE DE LA RACE

géologiques du pays. Par sol, j'entends également les communications avec d'autres peuples résultant de la position du pays, le sol dans le sens de l'histoire de la civilisation, dans le sens politique, bref dans le sens historique. De ces communications peut dépendre tout le sort d'un peuple. Le conctact avec des voisins puissants peut être pour un peuple faible une menace de destruction; des voisins guerriers créent à un peuple paisible une existence remplie de perplexités; des voisins civilisés élèvent un peuple inculte au même degré de civilisation. Si de tous les Indo-européens, le Grec s'est de si bonne heure éveillé à la vie civilisée, il le dut uniquement au contact rendu possible par la situation de son pays avec la civilisation sémitique et égyptienne. Si les Germains et les Slaves, mille ans plus tard, étaient encore à l'état de nature, il faut l'attribuer uniquement à leur grand éloignement de la Méditerranée, lequel excluait ce contact et les condamnait à se procurer leur civilisation de seconde ou même de troisième main. L'avance que les populations italiotes et celtiques ont prise sur eux ne tient qu'à la situation favorable de leur pays, qui permit des relations avec les porteurs de la civilisation du monde antique parmi lesquels, à cette époque, se trouvaient déjà les Grecs. Celui qui entre tôt à l'école apprend de meilleure heure que celui pour lequel elle ne s'ouvre que plus tard, mais un enfant qui ne doit que traverser la rue pour la visiter, peut y être envoyé plus tôt que celui qui doit d'abord faire une route longue et pénible. Cela explique l'écart chronologique dans l'éveil des peuples indo-européens à la vie civilisée; leur degré de civilisation n'était pas l'œuvre de la différence de race — pour tous elle était la même lorsqu'ils mirent pied sur le sol de l'Europe — mais de la situation du pays dans lequel ils s'arrêtèrent, et si plus tard leur race se différencia, ce ne fut qu'à raison du seul facteur nouveau intervenu : la différence d'habitat.

Ainsi, comme je le disais, le sol est en réalité tout le

peuple. Il a non l'importance purement extérieure, citée tantôt à titre de comparaison, d'un simple théâtre sur lequel les peuples jouent, comme l'acteur, le rôle dicté par leurs qualités natives, mais la valeur intrinsèque d'un facteur de causalité pour leur race et par cela même pour leur histoire. On pour les peuples équivaut à quoi et à comment. La place qu'un peuple déterminé occupe sur la carte du monde, décide fatalement de son sort, heureux ou malheureux, et l'on peut dire en ce sens : la géographie est de l'histoire tracée d'avance, l'histoire est de la géographie mise en action.

Je n'entends, pas toutefois dire qu'elles marchent toujours pas à pas. A côté de cet élément obligé de l'histoire, important entre tous et produit du sol, il en existe, nous l'avons déjà remarqué, un autre, libre, dépendant fatalement de la direction des personnalités, eminentes ou insuffisantes, appelées à conduire les destinées des peuples et qui peut pour longtemps fixer le sort d'une nation. On a tenté de soumettre également ces individualités à la loi de la nécessité historique, en ne voulant voir en elles que l'incarnation de l'esprit du peuple apparaissant forcément à un moment donné pour récolter la graîne semée depuis longtemps et mûrie par le passé. Napoléon I, le Corse, était-il une incarnation de l'esprit du peuple français? Était-il nécessaire qu'il entrât au service de la France? Peut-on regarder Bismarck comme l'incarnation de l'esprit du peuple allemand? Les choses devraient aller autrement chez nous si cela était vrai. Et si à la place de l'empereur Guillaume, Frédéric Guillaume IV eût été sur le trône, Bismarck aurait passé sa vie à Schönhausen, en gentilhomme campagnard, comme il doit le faire en ce moment, sous Guillaume II, à Friedrichsruhe. Les grands hommes de l'histoire sont des présents du ciel, mais leur grandeur seule ne suffit pas — des centaines d'hommes appelés à devenir peut-être les plus grands ont quitté le monde sans laisser la moindre trace de leur exis-

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