‹ Les Indo-Européens avant l'histoireChapitre 67 sur 235 · II. CIVILISATION DES ARYAS ET DES SEMITES · texte numérisé non relu

II. CIVILISATION DES ARYAS ET DES SEMITES

non seulement comme ville pour la population citadine, mais comme camp fortifié pour tout le peuple. Il n'en devait pas être autrement à Rome et dans d'innombrables autres villes. La ville n'était pas le siège de la population citadine, mais le boulevard fortifié du peuple tout entier.

Les explications qui précèdent auront montré que la légende de Caïn dans l'ancien testament a parfaitement frappé juste en faisant fonder la ville par le laboureur.

Un intéressant parallèle nous est offert par le rite romain de la fondation des villes, emprunté aux Etrusques. Il consiste en ceci : un taureau et une vache sont attelés devant une charrue, le taureau comme le plus fort placé du côté extérieur menacé par l'ennemi, la vache comme la partie la plus faible du côté intérieur, non menacé, de la future ville; on trace ensuite au moyen de la charrue les limites, le sillon représente les fossés, les mottes de terre rejetées à l'intérieur sont les murs; là où doivent venir les portes, on soulève la charrue (101). Le rituel donne l'indication claire de la manière dont on concevait la fondation de la ville. Elle se trouve ainsi caractérisée comme l'œuvre du paysan, et les murs, les fossés auxquels il se restreint dans son ouvrage apprennent pourquoi il la fonda : en vue de sa sécurité. L'intérieur de la ville, la seule chose que l'on considère aujourd'hui dans sa fondation : les rues, les places libres, l'emplacement des édifices publics et religieux, ne sont point fixés ; les murs et les fossés derrière lesquels on pourra se retirer en cas d'irruption, les portes qui donnent accès et que l'on peut fermer devant l'ennemi constituent l'unique préoccupation. Si Ton avait conçu la ville comme fondée dans l'intérêt des relations, je veux dire comme marché^ non comme forteresse, on aurait dû tout d'abord tracer la place du marché [forum),

(,01) Variion de L. L. V. 143.. . junctos bobus, tauro et vacca interiore, aratro circumagebant sulcum... ut fossa et mûris essent muniti. Terrant unde exculpscrant, fossam vocabant et introrsum jactam murum.

Les Juifs et les Romains sont donc ici d'accord pour dire : c'est le laboureur qui a fondé la ville; la légende n'aurait pu se former si elle n'avait eu pour eux le caractère d'une vérité historique. Nous y avons donc une attestation de ce qui s'est passé avant l'histoire.

La ville, si fortifiée qu'elle soit, ne peut donner une sécurité absolue ; toutes ont été prises, dans l'antiquité : Babylone,Ninive, Jérusalem, Athènes, Corinthe, Syracuse, Rome, Carthage, Alesia. Mais elle peut donner autre chose, et elle Fa fait d'innombrables fois dans l'histoire. Ce que Clausewitz dit de nos fortifications actuelles : qu'elles sont souvent le dernier gage de l'existence de l'État, s'applique également aux villes fortifiées de l'antiquité. Elles ont permis aux peuples de se maintenir dans des situations critiques où sans elles ils auraient péri. En ce sens on peut dire : l'existence assurée, la stabilité du peuple et de l'état n'existent qu'à partir de la naissance de la cité et c'est ainsi, en effet, que les Romains ne font dater l'une et l'autre que de la fondation de Rome. Au point de vue politique, la ville fortifiée est un pas décisif dans la vie des peuples du monde antique, tandis que la transition des occupations pastorales à l'agriculture n'a d'importance que pour l'économie politique et pour l'histoire de la civilisation.

b. La mile comme condition de la civilisation.

XXI. Le peuple aryen a pu se maintenir plusieurs milliers d'années sans villes; le manque de celles-ci est donc resté sans suites préjudiciables pour lui au point de vue de la nécessité de se fortifier. La nature lui avait donné un autre boulevard, la montagne, qui lui rendait le même service. Ses pentes abruptes lui procuraient contre l'ennemi extérieur une protection plus efficace que celle des murs les plus épais. Toutes les guerres qui ont mis fin à la vie de peuples entiers, se passent dans la plaine. La guerre ne se

Page 1