‹ Les Indo-Européens avant l'histoireChapitre 74 sur 235 · II. CIVILISATION DES ARYAS ET DES SEMITES · texte numérisé non relu

II. CIVILISATION DES ARYAS ET DES SEMITES

chacun pouvait se procurer en faisant sécher Targue au soleil. Aussi la première n'était-elle employée que pour les édifices publics, et encore dans ce cas les vides étaient régulièrement remplis de briques crues, tandis qu'à Babylone comme chez les Juifs les maisons d'habitation étaient entièrement construites en briques crues.

En Egypte, dès les premiers temps, nous trouvons également les constructions en briques cuites. On sait par l'ancien testament que le peuple d'Israël réduit en servitude était assujéti à des corvées (Exode, 1, 14 : « ils leur rendirent la « vie amère par une dure servitude, en les employant « à faire du mortier et des briques) »; la plus ancienne des pyramides d'Egypte qui existent encore (celle de Sakkara) est bâtie en briques cuites [iia). L'emploi de celles-ci dans un pays aussi riche en pierres dures que la vallée du Nil offre un phénomène trop étonnant pour que l'on ne se sente pas contraint de chercher une explication. Pourquoi recourir à la brique cuite, alors que Ton avait la pierre naturelle sous la main? Il n'y a pas d'autre explication que de constater, avec Hommel, le « reste d'habitudes prises antérieurement dans une contrée où manquait cette ressource » ou d'admettre que les Egyptiens ont emprunté la construction en briques cuites à la Mésopotamie où elle était naturelle et pratiquée depuis la plus haute antiquité. C'est ce qui me paraît le plus probable. Il y eut dès l'origine des relations entre les Egyptiens et les Sémites(n3). Par cette voie, et par l'intermédiaire des Juifs, l'art de cuire la brique pouvait donc émigrer de Babylone en Egypte (,4*). A l'époque de leur

(Mf) HOMMEL, 1. c, p. 18.

(m) D'après la légende de l'ancien testament déjà Abraham est parti pour l'Egypte (Genèse, 12-10) et plus tard les enfants de Jacob (Genèse, 42-2. 43-2).

(M *) La légende de l'ancien testament sur la construction de la tour de Babel (Genèse, 11) la place à l'époque précédant le départ des Juifs de Babylone (avant le départ d'Abraham pour l'Egypte).

servitude dans ce pays, ce furent précisément les Israélites qui eurent à façonner et à cuire des briques pour les Égyptiens (Exode, 1, 14). L'origine sémitique de cette fabrication est confirmée par la forme la plus ancienne de la pyramide d'Egypte, telle qu'elle est encore conservée à Sakkara. Ce monument reproduit les gradins de la tour ou du temple à étages de Babylone, modèle qui donna naissance, plus tard, aux pans coupés obtenus en remplissant les angles formés par les paliers des étages (Ufc). La première période de l'architecture égyptienne se caractérise ainsi par sa conformité avec l'architecture babylonienne dans deux points essentiels : l'emploi de la brique et le temple à gradins. Dans la seconde période, le moellon remplace la brique, à la place de la bâtisse à gradins vient la pyramide. Si Ton ajoute la circonstance que les spécimens dont les dessins nous sont conservés ne remontent chez les Égyptiens que jusque l'an 2700 environ, et pour les Babyloniens jusque 3800 environ (416), on ne peut plus douter de la priorité historique babylonienne et l'on doit reconnaître aux Accadiens-Summériens la gloire revendiquée pour eux (p. 121) d'avoir été en architecture les maîtres de tous les peuples du monde antique, sans exception.

Le Babylonien avait pleine conscience de sa supériorité en cette matière. J'en vois une preuve dans la légende de l'ancien testament sur la construction de la tour de Babel. « Venez, dit le peuple, bâtissons une ville et une tour (un c temple à étages) dont le sommet soit jusqu'aux cieux, afin « de nous faire un nom » (Genèse, 11, 4). Ils ont l'intention d'ériger une bâtisse qui excite l'admiration de tous les peuples, et montre qu'en architecture le Babylonien ne recule point devant les entreprises les plus difficiles. Dieu

(11K)V. le dessin de Hommel, p. 16, C46) Bommel, p. 12-13,

Page 1