II. CIVILISATION DES ARYAS ET DES SEMITES
il n'y avait point de terrains boisés dans la contrée (,09).
Mais la nature leur avait également refusé la pierre; dans leur pays plat il n'y avait point de rochers permettant l'extraction ; le voyageur aujourd'hui n'y rencontre presque jamais une pierre. Et cependant c'est là que la construction de pierre vit le jour pour la première fois des milliers d'années avant son apparition chez les Aryas, non seulement chez le peuple père aryen, mais aussi chez les Aryas d'Europe (V. plus loin). Lorsque les Sémites vinrent dans le pays, elle existait déjà chez les Accadiens-Summériens ; les Égyptiens l'empruntèrent également à ces peuples. C'est à leur nom, dont nous n'avons entendu parler que depuis peu d'années, que se rattache la gloire d'avoir introduit dans la vie civilisée un des progrès les plus fertiles en résultats, et cela à une époque où le reste de l'humanité était encore plongé dans le plus profond sommeil.
Le procédé qui lui permit ce progrès, n'est autre que l'emploi de l'argile pour la confection d'une pierre artificielle : la brique, et celui de l'asphalte comme mortier. L'usage de celui-ci nous est attesté dans l'ancien testament, pour l'érection de la tour de Babel. Les sources d'asphalte ne manquaient point dans le pays. La parcimonie d'un sol ingrat refusant les matériaux de construction naturels : le bois et la pierre, incite l'homme à l'emploi de son intelligence pour en créer d'artificiels. L'indigence est devenue une bénédiction pour le Sémite, l'opulence s'est changée en disgrâce pour i'Aryas — la nature lui avait donné trop de richesses !
Les briques se faisaient de deux manières ; en séchant l'argile au soleil (brique crue) ou par cuisson dans des fours (briques cuites). La brique crue, le produit le plus
(l0f) Une preuve non encore aperçue jusqu'ici nous est offerte par la relation babylonienne du déluge par rapport à la prise dans l'arche des « bêles sauvages des champs » (et non des forêts) V. $ 28,
simple, le plus imparfait, mais d'une façon facile, doit avoir existé d'abord; la brique cuite, plus artificielle et plus parfaite, est venue en dernier lieu, mais à coup sûr elle était déjà connue à une époque reculée)110). La cuisson exigeait un four spécial, et nous pouvons admettre que dans chaque ville il y avait des appareils de ce genre, il en fallait pour cuire non seulement les briques, mais aussi les tablettes d'argile servant à l'inscription des contrats (§ 25). L'ancien testament en fait souvent mention ; le célèbre « four ardent » assez grand pour recevoir trois hommes, ne peut avoir été qu'un four à briques.
La terre cuite au feu a sur la brique crue l'avantage de la dureté, de la solidité, de la durée. Les trouvailles faites à Babylone, à Ninive et ailleurs montrent jusqu'à quel point on avait réussi à leur donner ces qualités; aujourd'hui encore leur indestructible durée excite l'étonnement. La cuisson offrait un autre avantage, elle permettait de couvrir la pierre d'une glaçure et d'obtenir un effet décoratif au moyen de vernis colorés que l'on employait dans ce but (M M. D'autre part la confection de la brique cuite, à raison de la cherté du combustible dans une contrée pauvre en bois, était infiniment plus dispendieuse que celle de la brique crue, que
(* ,0) L'ancien testament en fait déjà mention à l'occasion de la construction de la tour de Babel. Genèse, 11-3, d'après la traduction de Luther : « Et ils se dirent l'un à l'autre : Allons, faisons des briques et les cuisons « au feu. Et ils eurent des briques au lieu de pierres, et du bitume au lieu « de chaux; et la brique cuite leur servit au lieu de moellons, et l'asphalte « leur servit de mortier, n V. la traduction exacte dans Franz Delitzsch Neuer Kommentar über die Genesis. Leipzig, 1887, p. 230.
(411) On en trouve un aperçu dans les relations des anciens sur le temple à étages de Nabuchodouosor. Dans ce temple dédié aux sept sphères du ciel et de la terre, chaque étage était revêtu d'une couleur distincte, du bas en haut : noir, orange, rouge, or, blanc, bleu foncé, argent. Hommel, 1. c. p. 116.