II. CIVILISATION DES ARYAS ET DES SEMITES
J'abandonne provisoirement la construction en pierres des Babyloniens, me réservant d'y revenir plus tard d'une manière approfondie; il me suffit pour le moment d'avoir établi que la construction en pierres était pratiquée à Babylone à l'époque primitive.
Que le peuple père aryen l'ignorât dans sa patrie originaire c'est ce que, faute de preuve directe (p. 36), on pourrait déjà conclure de ce qu'elle était encore inconnue du peuple émigré lorsqu'il se fixa en Europe, et même très avantdans l'époque historique pour plusieurs de ses branches. Néanmoins, le fait est trop important pour que je puisse négliger de l'établir en détail. A l'antithèse de la construction de bois et de la construction de pierre se rattache pendant des milliers d'années l'écart de la civilisation des Aryas et des Sémites. Ce fait a une portée qu'au premier abord on jugerait à peine possible, et qui, à mon avis, n'a pas, de loin, été reconnue jusqu'ici.
C'est chez les Grecs, en premier lieu, que la construction de bois a fait place à la construction de pierre, empruntée par eux aux Phéniciens et aux Egyptiens, avec lesquels ils ont été les premiers de tous les Indo-européens à entrer en relations. D'après le jugement des savants, l'influence de la bâtisse en bois se manifeste encore clairement dans l'architecture grecque de l'époque postérieure, par les colonnes et les entablements qui étaient des motifs de bois traduits en pierre. Le plus antique sanctuaire de Delphes était une hutte façonnée en branches de laurier, et à l'époque historique encore, d'après Pline (H. N., XXXVI, 15-23) la maison communale des Cyziques [ßovXevr^m) était une construction en bois démontable à la façon des maisons germaniques.
Les Italiotes à leur tour, lors de leur immigration, ne connaissaient que la maison de bois; dans les restes de leurs établissements conservés sous terre dans la plaine du Pô, on ne trouve aucune trace d'emploi de pierres et
de briques (<20), et il en était de même des Romains à l'époque royale. Le temple de Vesta était originairement une hutte, aux parois en clayonnage, au toit en paille (*21). La casa Eomuli, la curia Saliorum, les chapelles romaines des Lares compilâtes (122) n'étaient pas autrement. Ce qui montre combien la construction de bois s'est longtemps conservée à Rome, c'est la disposition connue des XII tables, qui identifie sans distinction les matériaux d'autrui employés dans une bâtisse, avec tignum c.-à-d. avec des poutres de bois, et je ne tiens nullement pour impossible que la maison de bois ne fût alors comptée par les Romains, comme chez les Germains, parmi les choses mobilières. Ainsi s'expliquerait pourquoi la loi qui partout ailleurs s'exprime si correctement, ne mentionne, dans la disposition connue sur Tusucapion des choses immobilières, que le fundus, alors qu'il eût été si simple d'ajouter aedes(i25).
(<20) W. Helbig, Die Italïker in der Poebene. Berlin, 1879, p. 12.
(»2<) Helbig, 1. c.,p. 53.
(4î2) Le même, p. 52.
(i23) Ciceron, Top. IV, 23, a donc raison lorsqu'il remarque : at in lege aedes non appellantur et sunt ceterarum rerum omnium, quarum annuus est usus. L'application analogique de la loi défendue par lui avait été faite depuis longtemps par les juristes, par suite de l'apparition de la maison de pierre, et ils ne semblent pas s'être doutés qu'à l'époque de la maison de bois une autre règle a dû s'appliquer à la maison, à savoir la même que pour le cas de la L. 60 de A. R.D. (41-1): ex tabulis ligneis factum mobile. C'est ainsi que Gaius, II, 42-52, en arrive à placer déjà dans les XII tables l'assimilation de Vaedes avec le fundus. Les étymologistes font dériver aedes de la racine idh (aid)= embraser, brûler (Vaniczek, I, 85), et cela pourrait faire supposer que le mot est basé sur l'idée de l'inflammabilité de la construction de bois — les Germains la rangent parmi les choses que détruit la torche — mais il est plus exact de le mettre en rapport avec le feu du foyer {aedes = place du foyer).