II. CIVILISATION DES ARYAS ET DES SEMITES
Rome n'aurait pu devenir la proie des flammes lors de l'invasion des Gaulois si elle n'avait été composée en majeure partie de maisons de bois(124).
Les Celtes habitaient encore à l'époque de Strabon des huttes rondes, faites de planches et de joncs tressés et couvertes enpaille(125). Ils n'employaient les quartiers de rochers que pour leurs remparts et, même à l'époque de César, ne connaissaient pas encore les murs pleins en pierre (126); des moellons et de la terre remplissaient les vides des carcasses en bois de leurs demeures.
Les Germains étaient encore plus arriérés que les Celtes. Tandis que ceux-ci possédaient déjà de grandes villes fortifiées(,a7), ils habitaient des hameaux ouverts et des maisons de bois construites de façon à pouvoir se démonter et se charger sur des chars à bœufs, pendant leurs migrations. L'exemple des Cyziques, cité tout à l'heure, permet de conclure que cette organisation inconnue du peuple père aryen, est postérieure à la séparation du peuple fils. Aussi les Germains comprennent-ils la maison dans Y avoir mobilier. Elle forme le pendant de la tente des nomades, et nous montre un peuple chez lequel la tendance au déplacement est toujours vivante. Si les Germains avaient connu la maison de
(lîi) A cette époque, on devait déjà connaître la bâtisse en pierre pour les maisons privées. Cela résulte de ce que, d'après Titk Live, V, 55, on avait accordé à tous les citoyens qui voulaient ériger des maisons de pierre le droit : saxi materiaeque caedendae, unde quisque velleû, et que les briques devaient à cet effet leur être fournies par l'Etat. L'incendie de la ville qui se place à cette époque doit avoir été le point culminant de la transition de la bâtisse de bois à la bâtisse générale en pierres.
C25) Hki.bio, 1. c, p. 2.
(,26) Caes, de bello gall., VII, 23. D'après Helbig, p. 3, ils auraient fait leurs fortifications exclusivement en bois et en pierre, mais César dit expressément: inter valla grandilut m fronte saxis efarctunlur. . . sùigulis saxis interjectis.
(**7) Je rappelle Alksia, p. 108.
pierre, ils n'auraient pas si facilement changé de résidence. Toute l'histoire allemande aurait une autre physionomie, car la pierre, je le répète, enchaîne l'homme au sol. Un peuple arrivé à avoir des maisons, ou seulement des remparts de pierre, n'abandonne pas si aisément le produit de son travail qui y reste enfermé; une partie de la masse peut émigrer lorsqu'il y a excès de population, mais le peuple ou la tribu n'émigre point. Si les Germains avaient connu la construction de pierre, tout le chapitre de la migration des peuples manquerait probablement dans l'histoire. A la maison de bois du Germain correspondait aussi son habitation isolée que Tacite(128) signale comme une particularité. On a voulu en voir le motif dans la tendance à l'isolement particulière aux Germains plus qu'à tout autre peuple. La même cause devrait faire admettre cette propension chez le Grec, car lui aussi, comme le Germain, demeurait à l'époque la plus antique dans des hameaux ouverts, et cet usage, au témoignage de Thucydide, s était conservé chez les peuplades arriérées du nord-ouest de l'Hellade, jusqu'à l'époque de la guerre du Péloponèse. Le véritable motif a été indiqué par Tacite, c'était la nécessité de se garer de l'incendie (129). La plus simple réflexion indique que partout où la place le permet, comme à la campagne (,3°), il faut pour
(128) Germ. 16: colunt discreti ac diversi; il ajoute même nepati quidem inter sejunctas aedes, c.-à-d. en langage moderne : c'était une prescription de police qu'aucune maison ne pût se trouver immédiatement à côté d'une autre.
(129) Adversus casus igni remedium. Les mots qu'il ajoute : sive insutia aedificandi, peuvent avoir en vue l'omission de l'emploi de la pierre.
(d3°) On a vu des exemples effrayants des effets de l'agglomération des maisons de bois, dans les incendies dévastateurs de Constantinople et des villes russes. A Constantinople, d'après un fait divers qui fait en ce moment le tour de la presse, le local de la corporation allemande a été trois fois brûlé en trente ans ; à Moscou dans un incendie, en 1834, plus de 1000 maisons sont devenues la proie des flammes; à St-Pétersbourg les incendies