‹ Les Indo-Européens avant l'histoireChapitre 85 sur 235 · II. CIVILISATION DES ARYAS ET DES SEMITES · texte numérisé non relu

II. CIVILISATION DES ARYAS ET DES SEMITES

ingénieuse. On divisait en deux parties égales la quantité d'eau qui avait passé par un étroit roseau pendant l'intervalle séparant deux levers de soleil; cette première opération fournissait une mesure pour le jour et pour la nuit. En subdivisant la masse en 24 parties on obtenait les heures. La théorie est celle de notre horloge : division du temps d'après le mouvement dans l'espace, chez nous à l'aide du pendule, chez les Babyloniens au moyen de l'eau, ou du sable dans le sablier. Si je ne me suis pas trompé en disant que la computation babylonienne, impossible sans ces instruments, doit trouver sa première origine dans les bâtisses, l'invention de l'horloge, une des plus importantes que l'humanité ait jamais faites, remonterait jusqu'à Babylone. En tout cas les Babyloniens ont le mérite d'avoir résolu les premiers dans l'histoire le difficile problème d'établir un rapport exactement mesurable entre le temps et l'espace.

Le jour, disais-je tout à l'heure, était considéré comme étalon du travail. Aussi commencait-il à six heures du matin pour finir à six heures du soir. A ces heures, même au solstice d'hiver, il faisait assez clair pour travailler (142). Nous avons déjà vu que l'activité ne peut être prolongée sans interruption pendant toute la journée, il faut non seulement le loisir de manger, mais aussi celui de se délasser. Conformément à leur système duodécimal, les Babyloniens doivent avoir établi par trois les alternances de travail et de repos : une triple reprise de la tâche pendant trois heures

(4*2) Même sous nos latitudes où il fait clair bien plus tard, la journée de 12 heures des Babyloniens s'est conservée pour le journalier à la campagne, ainsi que dans l'exploitation des forêts. En Suède, elle commence même à 5 heures et ne finit qu'à! heures. D'après le jugement de personnes compétentes, on y fait plutôt moins d'ouvrage, le temps du travail est trop long pour les forces. Les Babyloniens avaient exactement reconnu dans leur semaine do six jours de travail et dans leur journée de 12 heures la mesure qui ne peut être dépassée sans épuiser les forces.

consécutives, avec deux repos d'une heure et demie ou des interruptions d'une et de deux heures. Je vois une confirmation du trait de trois heures dans la durée semblable de la veille nocturne à Rome [vigilia). Les Romains, on le sait, ont emprunté leur division du temps aux Babyloniens; chez eux aussi le jour et la nuit ont douze heures, le jour commence à 6 h. du matin et finit à 6 h. du soir ; rien de plus raisonnable que d'expliquer par l'identité d'origine la concordance qui existe entre la faction nocturne, travail du soldat, et la tâche de l'ouvrier en bâtiments à Babylone?

Toute la division babylonienne du travail se résume ainsi en Cette unique idée: organisation par l'état des corvées pour les constructions publiques. Qu'il ait fallu pareille réglemention, cela ne peut être l'objet d un doute, car tous les faits constatés par nous se concilient de la manière la plus naturelle avec ce système : semaine avec six jours de travail et un jour de repos; décomposition du jour astronomique en deux parties égales, la première commençant à l'aurore, la seconde au crépuscule; subdivision du jour et par suite aussi de la nuit en douze heures égales. Tout cela ne concorde pas avec l'hypothèse qui attribue l'élaboration de ces principes aux astronomes chaldéens. La division de la semaine : ils ont pu certes recourir aux sept planètes pour donner leurs noms aux sept jours, mais quel lien entre elles et le fait du travail pendant 6 jours et du repos le septième? La décomposition du jour astronomique en deux moitiés : pour l'astronome il constitue un tout unique, les moitiés n'ont pas la moindre importance. Le commencement du jour à 6 h. du matin et de la nuit à 6 h. du soir : le jour de l'astronome se mesure d'après le plus haut point du soleil, et lorsqu'il veut distinguer le jour et la nuit il le fait d'après le lever et le coucher du soleil, pour lui ils ont donc une longueur toujours variable. L'idée d'une mesure égale pour le jour et la nuit est donc une institution en tous points civile; ce qui ne Test pas moins c'est la fixation du corn-

mencement de l'un et de l'autre à 6 h. du matin et du soir contrairement aux données astronomiques, seules correctes, qui exigeaient midi et minuit. Si la division babylonienne du temps remontait aux Chaldéens, elle aurait une toute autre physionomie ; son aspect réel prouve qu'elle n'est pas née sur un sol scientifique, mais qu'elle est une résultante pratique, une institution publique dont il s'agit de découvrir le but comme il convient de le faire pour tous les organismes politiques. Parmi tous les facteurs imaginables du travail, aucun n'a plus d'importance que le temps; sa fonction de mesurer la tache, le place incontestablement en première ligne. Comme l'expérience apprend que toutes les institutions naissent là où elles sont le plus nécessaires, et non là où elles le sont moins, j'en conclus que la division babylonienne du temps avait en vue le travail, et même la corvée. L'ouvrier libre n'avait pas besoin d'une mesure légale pour son travail ni de la fixation officielle d'un jour de repos, mais pour le corvéable, l'une et l'autre étaient indispensables; la relâche d'un jour de repos qui lui est accordée est mise à l'abri de tout doute par le témoignage de l'ancien testament concernant les Juifs sous la servitude égyptienne. Aux raisons produites pour prouver l'origine pratique du système babylonien, l'opinion dominante qui le ramène à la science ne peut rien opposer. Cette théorie est une hypothèse aussi bien que la mienne, et n'a pas de témoignage historique pour l'origine qu'elle préconise. Comme moi elle est réduite à la voie des déductions, mais sa conclusion : puisque les Chaldéens ont traité scientifiquement la computation du temps, ils doivent aussi en être les initiateurs, ne vaut pas plus que de dire : puisque la nourrice a élevé l'enfant, elle doit l'avoir mis au monde. Tout cela est réfuté par ce fait que dans cette hypothèse la computation babylonienne, aurait, comme je viens de le démontrer, une toute autre physionomie. Il ne reste donc plus qu'à admettre une cause originaire pratique; j'attends qu'on en produise une

plus péremptoire que celle de la fixation de la mesure du travail en corvée pour les constructions publiques établie dans l'intérêt de la conservation des forces des ouvriers. Toute la division babylonienne du temps : la semaine, — le jour civil, — l'heure, ne poursuit qu'un seul but : l'organisation du travail dans la bâtisse des monuments publics.

b. L'art de bâtir. — La mesure de longueur. — Importance politique.

XXIV. La hutte de l'Aryas ne demandait ni travail pénible ni adresse. Chacun pouvait édifier lui-même sa demeure. Mais les puissantes constructions de Babylone supposaient une grande habileté ; à côté de l'ouvrier, du maçon, elles réclamaient un technicien expérimenté, un architecte. Le plan devait être projeté d'avance, l'esquisse tracée, les dimensions fixées, le poids gigantesque imposé au sol calculé et les fondations établies en conséquence (**3). Bref, l'architecte à Babylone devait satisfaire aux mêmes exigences que celui de nos jours. Il fut le premier au monde qui pût se glorifier d'avoir un art : l'âop^rixrwy, comme l'appellent les Grecs, celui qui commence l'art, car l'architecture est historiquement le premier de tous les arts; or c'est à Babylone qu'elle a vu le jour.

En examinant, comme je vais le faire, l'architecture des Babyloniens, je n'ai pas en vue d'en apprécier le côté esthétique. Sous ce rapport elle n'offre rien de remarquable et est très inférieure à l'architecture grecque. Admirablement inventifs en pratique, grandioses dans la technique de l'art de bâtir, les Babyloniens n'ont pas dépassé au point de vue des beaux-arts un niveau réellement infime. L'objectif qu'ils poursuivaient dans leurs constructions n'était pas le beau,

(4*3) P. ex. pour les tours de 80 pieds de la forteresse royale, les fondations étaient de 30 pieds.

Page 1