II. CIVILISATION DES ARYAS ET DES SEMITES
opinion se confirme par un parallèle où l'intention est incontestable ; les soi-disant jardins suspendus de Sémiramis. Ils ne se distinguaient du temple à étages que par une plantation d'arbres sur les gradins. Un des rois de Babylone les avait fait construire pour son épouse persane, afin de lui mettre sous les yeux une image de sa patrie : une montagne couverte de forêts. Le temple à étages représente une montagne nue, ces jardins offraient l'image d'une montagne boisée. Au sommet extrême du temple se trouvait, d'après Hérodote, I, 181, un « vaste sanctuaire avec un grand lieu de repos garni « de lits, et d'une table d'or. Personne ne pouvait y rester la « nuit sauf une femme que Dieu avait choisie entre toutes ». A cette hauteur, loin du tumulte et du bruit de la rue, dans le même air pur que sur les montagnes, le Dieu pouvait jouir du repos avec son élue, sans être troublé par personne. Nous rencontrons la même croyance au séjour nocturne de la divinité sur les cimes et à la nécessité de l'y laisser sans trouble, dans un passage de Strabon (III, 1 , § 4) concernant le « promontoire sacré » (Gibraltar). Les Dieux, dans la persuasion du peuple, y reposaient la nuit, et nul ne pouvait les y troubler; un seul jour il était permis d'y monter. Si Ton considère que le promontoire sacré se trouvait dans le rayon de l'empire et de la civilisation de Gades(i4C), la puissante ville des Tyriens, et était visité continuellement par des navigateurs phéniciens qui y jetaient l'ancre avant de passer le détroit, je ne crois pas me tromper en mettant cette tradition populaire au compte des Phéniciens c.-à-d. indirectement des Babyloniens.
On peut résumer en deux mots la signification du temple à étages de Babylone; c'était la montagne de Dieu. C'est sous ce nom que le temple est expressément désigné dans l'ancien testament ; il est appelé la « montagne sainte j>
C*8) Circonstance significative, le détroit de Gibraltar porte le nom do freCum Gaditanum.
(Psaumes 48, 2, Ezéchiel 28, 14); le hébr. lama signifie à la fois sanctuaire et montagne. Peut-être le déchiffrement des inscriptions cunéiformes montrera-t-il encore ce nom en usage chez les Babyloniens; en tout cas l'explication que j'ai tentée du temple à étages et que je puis rendre par les mots connus : gloria Deo in excelsis, ne peut souffrir le moindre doute. L'idée qui guida le Babylonien dans cette construction était de refaire artificiellement pour le Dieu la montagne à laquelle il était accoutumé. En ce sens donc on peut dire : le modèle choisi par tous les autres peuples pour la construction de leurs temples, la demeure de la divinité, a servi également chez les Babyloniens, avec cette seule différence que ceux-ci ont pris pour type, non pas la demeure de Yhomme : la maison, mais la demeure de Dieu : la montagne.
Le motif pour lequel j'ai compris les constructions des Babyloniens dans le cadre de mon étude n'était point l'intérêt direct qu'elles offrent comme telles, mais l'intérêt indirect qu'elles présentent pour tout ce qui s'y rapporte, en d'autres termes pour la solution de la question de savoir ce que le Babylonien doit à son architecture. Pour une branche de celle-ci, pour le métier, j'ai déjà répondu (§ 23). Je vais m'occuper de l'art de bâtir.
L'architecte est soumis à d'autres exigences que l'ouvrier en bâtiment. La première condition, et la plus indispensable, pour lui était la possession d'un étalon de longueur, pour fixer d'avance la mesure de sa construction, et pour contrôler l'exécution par les ouvriers. Me laissant guider ici, comme partout, par la conviction que toutes les institutions naissent là où elles sont nécessaires, et non là où l'on peut au besoin s'en passer, j'en arrive à conclure que le système babylonien des mesures de longueur doit son origine aux bâtiments.
Les langues grecque, latine et allemande sont unanimes pour appliquer aux champs les premières mensurations (yeo-pèrpyjç, agrimensor , feldmesser), la mesure de longueur.