II. CIYILISATION DES ARYAS ET DES SEMITES
évidemment qu'ils ont été poussés par l'intérêt scientifique qui guide le savant moderne ; une fois qu'ils avaient commencé, il est certain qu'ils ont dû poursuivre le même but. Mais autre chose est de savoir ce qui a inspiré leurs premiers travaux ; à cet égard, j'ai mon opinion particulière. Babylone n'était point le sol de la science pure^ s'occupant exclusivement de la recherche de la vérité^ sans souci de sa valeur pratique; les Babyloniens n'ont jamais abordé la philosophie, même ses principes élémentaires. A leurs yeux lâ seule science qui eût de la valeur, était celle qui pouvait être utile à l'existence, l'esprit pratique forme le trait fondamental de leur caractère. Les mathématiques chez eux durent leur origine, ainsi que nous l'avons démontré (p. 154), aux nécessités de la vie. Les Chaldéens les premiers en ont fait une science, après un long usage empirique dans le bâtiment. Je crois qu'il en fut exactement ainsi en astronomie ; de même que Varchitecte, le marin fut le précurseur de leur science.
Représentons-nous la situation de ce dernier en pleine mer. La condition indispensable pour s'orienter était la connaissance des points cardinaux ; il devait savoir en tout temps où était le nord, le sud, l'est, l'ouest. Le jour, il était instruit à cet égard par le soleil, mais la nuit ? Les astres seuls pouvaient le renseigner, et pour se diriger d'après eux, il devait être familiarisé avec leur position et leur cours. Sans cette aide il était perdu, exposé à gouverner dans la direction diamétralement opposée à celle qu'il voulait suivre.
Et il a possédé cette connaissance. Lorsque le pieux Ulysse partit de la Béotie pour son voyage au long cours, Calypso lui indiqua comment il devait calculer sa route d'après les astres (**'^). Ainsi faisaient déjà les Grecs à l'époque la
(*") Homère, Od., 5, 872 à 275.
plus reculée. Eux-mêmes TaYâient appris des PhéoiciensC") et d'après Topinion des anciens(*'') c'étaient ceux-ci qui avaient utilisé les premiers les étoiles pour leurs traversées. J'ai déjà expliqué ci-dessus comment ils devinrent marins (p. 198}. De même que les Phéniciens ont emprunté au peuple père le bateau de mer et la colombe (p. 204), de même ils lui ont emprunté la connaissance des astres. S'il est vrai que le peuple père pratiquait déjà la navigation maritime vers le milieu du quatrième millénaire, tandis que le plus ancien établissement des Phéniciens à Sidon ne date que de Tan 3000, et que sans l'observation du ciel étoile le marin s'égarait en pleine mer, la conclusion que déjà à cette époque on s'est servi de ce mojen d'orientation est irréfragable. La haute antiquité de l'astronomie des Chaldéens concorde avec cette opinion. Avant de songer à élever l'astronomie à l'état de science, une longue période expérimentale avait dû s*écouIer ; Tétude du firmament par le marin dans son bateau, avait précédé les constatations poursuivies par les savants au sommet des temples à étages. Le navigateur a été le premier astronome au monde, et il l'est devenu parce qu'il était contraint par la nécessité. Ses observations furent la contribution primordiale et le rudiment élémentaire de l'astronomie scientifique ; ses questions adressées aux sages du pajs, qui pouvaient se vanter d'un plus grand savoir que lui et surtout de la connaissance des mathématiques — aux Chaldéens, dans le langage des anciens — furent l'impulsion qui détermina ceux-ci à approfondir leurs études et à le guider de leur savoir plus exact. L'astronomie des Chaldéens est la fille de la nautique, de même que leur science mathématique est la fille de Tart de bâtir, — la somme des notions réunies par les Chaldéens s'utilisait sur la mer. Appelée à la vie par des motifs pratiques, la science
(•»»)Strabon, 16, 2, 24.
(«07)Plikb,H. N., 7, 56.