la soumission de contrées entières, p. ex. Rhodes
En matière d'organisation du commerce extérieur, les Phéniciens dépassaient donc les Babyloniens, tandis que pour le reste, sauf des inventions industrielles isolées, ils ne furent pas supérieurs au peuple père, et c'est ainsi que l'on peut résumer leur importance pour l'histoire de la civilisation, comparée à celle des Babyloniens, en ces deux mots : Les Babyloniens ont créé la civilisation, les Phéniciens l'ont colportée.
A Carthage, la culture babylonienne trouva un nouveau centre de propagation plus favorable que celui qu'elle possédait antérieurement à Sidon et à Tyr. Le choix de Carthage témoigne de la vue pénétrante du marchand expérimenté, il n'aurait pu trouver une situation plus favorable, car elle le mettait dans le voisinage immédiat de l'Europe et lui ouvrait le bassin occidental de la Méditerranée, moins exploité par les Phéniciens que le bassin oriental, plus rapproché. Les avantages ne tardèrent pas à se manifester ; la ville nouvelle surpassa bientôt Sidon et Tyr. Admettre qu'elle dut cette supériorité à l'adresse et à l'activité plus grandes de sa popu-
(**^) Je n'ajoute pas les preuves de ce qui suit ; celui qui les désire les trouvera chez Movbrs, dans son ouvrage sur les Phéniciens» que j'ai lu antérieurement mais n*ai plus revu à l'occasion présente,
260 LIYRR II. — ARTAS BT SJSMITBS.
lation ne repose sur rien ; la seule explication reste dans la faveur de sa situation.
Carthage nëanmoins^ a fait une chose qui ne doit point être attribuée à sa position exceptionnelle mais uniquement au génie de sa population. Elle a créé une œuvre politique de premier rang : sa coTistituiion républicaine ; c'est à Carthage que la république a vu la lumière du jour('**). De même que les Phéniciens avaient progressé sur les Babyloniens en organisant le commerce extérieur, les Carthaginois, à leur tour, avaient fondé ainsi une institution spécifiquement neuve ; mais pour le reste (art, science, religion) ils n'ont pas plus qu'eux augmenté l'héritage des ancêtres, de sorte que leur rôle dans l'histoire de la civilisation se réduit, comme celui des Phéniciens, à avoir colporté la culture née à Babylone sans faire eux mêmes rien d'important (sauf en un seul point).
Par eux, par leur commerce maritime, cette culture a été propagée en Europe, et par cela même transmise aux Arjas qui y avaient immigré. Les Aryas d'Asie, les Indiens, les Perses l'ont prise directement à Babylone, les Aryas d'Europe l'ont reçue des Phéniciens. L'apparition de ceux-ci signale le commencement de la vie civilisée sur le sol de l'Europe ; partout où ils se montrent, la vie s'éveille; s'ils restent éloignés, elle sommeille ; il fallait l'apparition des Phéniciens pour tirer l'Europe du sommeiU
Ainsi s'explique qu'à une époque où les Grecs et les Romains avaient déjà atteint leur apogée, les Germains et les Slaves se trouvaient encore au degré le plus inférieur. Les Phéniciens ne sont jamais arrivés jusqu'à eux; ils ne pouvaient les atteindre. Mais les premiers ont été de bonne heure en contact avec les Phéniciens. Pour eux la vole
C*^) Je me réserve de montrer à une antre place, mienx appropriée, quelle était T importance de ce (kit.
m. TRANSPORT AUX ARTA8. § 32. 261
maritime était la plus courte et la plus facile, pour aller en Grèce et dans l'Asie mineure, et au témoignage de Tbistoire ils j ont abordé dès l'époque hi plus reculée. De là le premier essor de la civilisation dans ces contrées. Les Grecs euxmêmes admettent cette origine: la civilisation leur vint des Phéniciens, ce fut Cadmus (c.-à-d. l'oriental) qui la leur apporta.
Les navigateurs phéniciens ont même poussé jusqu'en Espagne et en Gaule, mais, à ce qu'il paraît, sans y exercer une influence durable, sinon les habitants de ces contrées auraient dû être plus avancés lorsque les Romains vinrent dans leur pays. On trouverait des traces du phénicien, ne fût-ce qu'un seul mot, dans la langue celtique, mais aucun indice ne peut donner une certitude à cet égard. Pour tout, les Celtes sont tributaires des Grecs et des Romains.
De ce qui précède, il résulte que les Aryas d'Europe ne doivent pas à eux-mêmes leur entrée dans le monde civilisé. S'ils avaient eu une initiative propre, leurs congénères qui n'ont pas été en contact avec les Phéniciens l'auraient eue également, et il eût été impossible que les Grecs et les Latins eussent sur eux une avance aussi extraordinaire. Cette supériorité ne s'explique que par un contact avec une civilisation étrangère qu'ils ont eu la souplesse de s'approprier rapidement. Cette puissance d'assimilation, ils la possédèrent en efiet à un haut degré, elle constitue, comme nous le verrons plus tard, un trait caractéristique qui distingue la race aryenne de la race sémitique. C'est à elle que l'Âryas doit d'avoir porté l'héritage sémitique à une hauteur qui devait rester inaccessible au Sémite, avec son naturel exclusivement tourné vers les choses pratiques. L'écolier fut supérieur à son maître par la réceptivité et la complexité de ses facultés intellectuelles ; armé des connaissances acquises à son école, il se mit bientôt à marcher de lui-même, suivit sa voie propre et dépassa de loin le maître.
262 LIVRB II. — ARYAS ET SEMITES.
Dëjà, lors de la description du monde babylonien, j'ai en Toccasion de signaler plusieurs preuves de Técart qui existait entre la civilisation des Babyloniens et celle des Aryas avant leur contact avec les Sémites, et de la propagation par ceux-ci de la culture babylonienne. Mais pour avoir une impression d'ensemble, il me semble utile de dresser un tableau généraU comme je l'ai fait plus haut (p. 251 s.) par rapport au nexus causal entre les influences du sol et la civilisation de Babylone. Il nous montrera ce que les Aryas doivent aux Sémites (Babyloniens, Phéniciens, Carthaginois). On ne peut établir historiquement quand^ où, et comment cette civilisation leur a été communiquée ; la preuve d'une transmission résulte de ce raisonnement : chez les Sémites la culture existait, chez les Aryas elle faisait défaut, à l'époqne primitive, mais elle s'est introduite plus tard, en conséquence^ elle leur a été transmise par le contact que nous connaissons. Je dois accorder que cette conclusion n'est pas sûre pour toutes les institutions auxquelles elle pourrait s'appliquer. Pour quelques unes, je la considère comme absolument péremptoire; pour d'autres, je ne lui concède qu'un degré plus ou moins grand de vraisemblance. Je n'ai même fait aucune mention de certaines particularités, comme le navire de mer, l'emploi du cheval comme monture, l'eau pour l'irrigation des champs, parce qu'elles ont pu naître par expérience personnelle et sans aucune tradition, ou être parvenues aux Indo-européens par une autre voie : telle Tagriculture qui n'était pas encore connue du peuple père aryen. Cette réserve faite, il reste à l'actif de Babylone :
1 . Le remplacement de la maison de bois aryenne par la maison de pierre babylonienne, et par suite
2. l'abandon de la construction de maisons isolées et la substitution de la ville au village.
3. L'emploi, inconnu des Aryas à l'époque primitive, de la pierre pour fortifier les villes,