La tradition
XXXVII. L'institution à laquelle j'espère pouvoir emprunter des renseignements sur les circonstances du départ des Aryas de leur patrie est le ver sacrum des Romains. Le fait que cette institution se représente également chez les Grecs, les Italiotes autres que les Romains, même chez les Germains{"*), prouve que nous avons afiaire, non à un usage né sur le sol de l'Italie, mais à une coutume remontant à l'origine de tous les peuples indo-européens. Nous nous en tiendrons dans ce qui suit à la physionomie qu'elle revêtait chez les Romains.
(***) Sur les Grecs et les Italiotes : Schweolbr Rôm* Gesch., I, p. 240, sur les Germains : Friedrich Franz, 8* Jahresbericht des K, K, Stoats^ gymnasiums in Wien, IV. Bezirk, publié par Flbischmann, en tiré à part, 1888, p. 7 s. Dans une des attestations citées par lui, Tusage est désigné comme veterrimus ritus. Chez les Grecs, il prenait la forme de dîmes offertes aux dieux ; chez les Scandinaves, le sort décidait qui devait émigrer ; chez eux, dans des cas de grande famine, le tiers, une fois même la moitié de la population aurait émigré ; d*après la légende des dieux» ce serait de cette façon qu*Odin avec les Ases serait venu d'^AHe (Troie !)• Nous avons déjà dit ce qu'il faut en penser (p. 12).
290 LIVRB III. — DEPART DBS ARYAS.
Les sources nous offrent deux points d* appui : les relations des écrivains romains et grecs; en première ligne celle de Fbstus, et la formule officielle reproduite par Tite Liye (XXII, 10) du vœu du ver sacrum^ tel qu'il était soumis au peuple par le magistrat, pour la rédaction de son décret. En présence de sa contexture précise et détaillée, Taathenticité de ce texte ne peut être Tobjet du moindre doute. Gomme toutes les autres formules solennelles, celle-ci se trou- Tait évidemment en possession du collège des Pontifes ('"], et vu sa haute importance pour notre étude, j'en reproduis littéralement les passages décisifs ('*'). Rogatus in hœc verha populus: Velitis jubeatisne haec sic fieri? Si res publica populi Romani quiritium ad quinquennium proximum^ sicut velim eam, salva seroata erit hisce duelliSt quod bellum populo Romano cum Garthaginiensi est^ quaeqte duella cum Oallis sunt^ qui ds Alpes sunt^ quod ver attulerit ex suillo, ovillo, caprino, bovillo grege^ quaejue profana sunt^ Jovi fieri^ ex qua die senatus populusque Jusserit ?
D'après l'exposé de Fbstus, admis par l'archéologie moderne, le ver sacrum avait l'aspect que voici.
En cas de nécessité extrême, on vouait aux dieux, au nom de l'État, afin d'implorer leur pitié pour le peuple, tous les êtres, hommes et animaux, dont on attendait la naissance jusqu'au printemps suivant. Les enfants étaient épargnés jusqu'à ce qu'ils fussent adultes ('*^); la jeunesse nubile des
(t6«) £i]e doit 8*être trouvée comme toutes les autres formules de nature religieuse dans les archives du collège des Pontifes, d'où Tite-LiTe l'a directement ou indirectement tirée ; il mentionne expressément la coopération du Pontifex maœimus.
(«•T) Je reviendrai plus loin, à leur place, sur quelques points de détail.
(*<s) Môme Jusqu'à l'âge de 21 ans, dans le cas mentionné par Tita- Live, XXXIII, 44 de Tan 567 de Rome ; jusqu'à 20 ans d'après Fbstus: Mamertinii d 158.